La question de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour toutes les femmes a ravivé les clivages politiques en France, notamment au sein de la majorité présidentielle. Si Emmanuel Macron a fait de cette mesure une promesse de campagne, sa mise en œuvre se heurte à des convictions personnelles et des positionnements politiques antérieurs, y compris au sein de son propre gouvernement. L'évolution de la position de Gérald Darmanin sur la PMA est particulièrement révélatrice de cette complexité.
La PMA: Un Sujet Sensible au Cœur des Débats Bioéthiques
La PMA est une technique médicale permettant à un couple infertile ou à une femme seule de concevoir un enfant. Son ouverture aux couples de femmes et aux femmes célibataires est une revendication portée par une partie de la gauche et par des associations LGBT+. Cependant, cette extension suscite des interrogations éthiques et des oppositions, notamment à droite, où certains craignent une remise en cause de la famille traditionnelle.
Le mariage pour tous n'a pas fini de diviser la classe politique. Sans surprise, à gauche, on se réjouit de l'avancée obtenue avec la validation par la Cour de cassation de l'adoption des enfants nés sous PMA par le conjoint homosexuel. Une décision "qui met fin à plusieurs mois d'insécurité juridique pour les familles homoparentales", a salué la garde des Sceaux Christiane Taubira. "C'est évidemment un nouveau pas vers l'égalité d'accès de toutes à ce dispositif déjà largement utilisé par les couples hétérosexuels", a également souligné Europe Ecologie les Verts dans un communiqué.
En revanche, à droite, la question promet de faire débat. Nombreux sont ceux qui redoutent, en effet, que la loi sur le mariage homosexuel n'ouvre la voie à la légalisation de la PMA et la GPA pour ces couples en France. Après les propos virulents de Nicolas Sarkozy - "je n'utiliserai pas les familles contre les homosexuels, comme on a utilisé les homosexuels contre les familles" - de nombreux cadres de l'UMP se sont prononcés pour l'abrogation de la loi Taubira si le parti revient au pouvoir.
Candidat à la présidence de l'UMP, Hervé Mariton, qui s'est toujours farouchement opposé à la loi sur le mariage homosexuel, a estimé que la décision de la Cour de Cassation rendait nécessaire l'abrogation de cette loi. "On a un enchaînement mariage-filiation-PMA. La filiation va avec le mariage et la Cour a dit que la PMA va avec", a déclaré le député de la Drôme, qui pense que "pour éviter cela, il faut un retour sur la loi Taubira". Une position partagée par Laurent Wauquiez, soutien affiché de Nicolas Sarkozy pour la présidence de l'UMP. "Je veux qu'on respecte la communauté homosexuelle, qu'on propose des outils juridiques qui permettent de protéger l'union de deux homosexuels. Mais je suis attaché à la famille, je suis contre la PMA et la GPA", s'est justifié le député-maire du Puy en Velay. D'autres, plus réalistes, estiment un retour en arrière impossible. "L'option de l'abrogation et du retour pur et simple à la situation antérieure aboutirait à une nouvelle fracture de la société française qui n'est pas souhaitable", plaidait François Fillon. "Revenir en arrière sur la loi, je ne le souhaite pas du tout", a déclaré Nathalie Kosciusko-Morizet, tout en regrettant "j'aurais voulu qu'on dise plus clairement qu'on n'empruntera pas le chemin de la GPA et la PMA, ce n'est pas un bon chemin".
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Alors qu'un nouvel appel de la "Manif pour tous" est lancé, Nicolas Sarkozy refuse de trancher cette question délicate. Sur ce sujet où s'expriment "des convictions très profondes", l'ancien président ne devrait pas "prendre position pendant la campagne UMP", a confirmé son porte-parole Gérald Darmanin. "Nicolas Sarkozy pense que c'est une question trop compliquée pour répondre par oui ou par non", a affirmé le député-maire de Tourcoing. S'il est élu président du parti fin novembre, Nicolas Sarkozy devrait "discuter entre les différentes options" : abroger, faire un contrat d'union civile, etc, a-t-il poursuivi. A l'UDI, on se dit "unanimement opposés à la PMA et à la GPA". Pour autant, Philippe Vigier, patron des députés du parti de centre-droit, "ne croit pas que le texte sur le mariage pour tous sera annulé demain, il ne faut pas le faire croire aux Français. Maintenant, le texte est là et s'applique".
Gérald Darmanin: D'une Opposition Ferme à une Évolution "Personnelle"
Comme d'autres figures de la droite ralliées à Emmanuel Macron, Gérald Darmanin a connu une évolution notable sur la question de la PMA. En 2013, alors député du Nord, il s'était fermement opposé au mariage pour tous et avait même déposé un amendement visant à interdire explicitement le recours à la PMA pour les couples de même sexe. Il avait publié sur son blog un article intitulé "le tour de passe-passe du gouvernement sur la PMA".
Cependant, au fil du temps, sa position a évolué. Interrogé sur ce changement, il a déclaré avoir "un certain nombre de préventions devant les questions sociétales" et a même regretté d'avoir voté contre le mariage pour tous. Il a justifié son évolution en expliquant qu'il avait "cheminé" et qu'il était désormais "pour" la PMA pour toutes.
Cette évolution n'est pas un cas isolé au sein du gouvernement. D'autres ministres issus de la droite, comme Édouard Philippe et Bruno Le Maire, ont également exprimé des réserves sur la PMA par le passé avant de nuancer leur position ou de se déclarer favorables à son ouverture.
D'ailleurs, tous les ministres débauchés dans les rangs des Républicains ou du MoDem, notamment Edouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, s'étaient opposés à l'ouverture à la PMA au moment des débats sur le mariage pour tous. « Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins », clamait ainsi en 2013 le Premier ministre, qui a depuis assuré qu'il avait « évolué ».
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Bruno Le Maire était opposé à la PMA pour toutes au moment de la primaire de la droite. Aujourd’hui, il dit avoir toujours des questionnements. Un autre ministre issu des Républicains, Gérald Darmanin, parle lui d’une question difficile, sur laquelle il a évolué.
Même basculement pour le Premier ministre lui-même : Édouard Philippe était d'abord contre la mesure mais a changé d'avis "au fil de l'eau, comme le pays", selon la formule poétique de l'un de ses conseillers. Pour la ministre des Territoires Jacqueline Gourault, issue du MoDem, un déclic sur le sujet s’est produit il y a quelques mois, après un échange avec son entourage personnel : elle a revu sa position.
Une Nomination Controversée dans un Contexte de Tensions
La nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l'Intérieur a suscité des réactions contrastées, notamment en raison de ses positions passées sur les questions LGBT+ et des accusations de viol dont il fait l'objet. Certains ont dénoncé un signal négatif envoyé à la communauté LGBT+ et aux femmes, tandis que d'autres ont souligné son évolution sur ces sujets et sa capacité à exercer ses fonctions avec impartialité.
La nomination de Gérald Darmanin, qui s'était positionné contre les droits LGBT+ et accusé de viol, est perçue comme une claque contre la communauté LGBT+ et contre les femmes. L'ancien secrétaire d'État aux Comptes publics a été promu ministre de l'Intérieur, et cette nomination fait grincer des dents pour plusieurs raisons. Des internautes ont déterré des prises de position homophobes du maire de Tourcoing. À propos du mariage et de l'adoption, Gérald Darmanin s'interroge "faut-il tout accepter sous prétexte que 'la société évolue' ?". Dans un tweet de 2013 et effacé depuis, l'élu annonce que "si je suis Maire de Tourcoing, je ne célébrerai pas personnellement de mariages entre deux hommes et deux femmes". Plus tard, il avait qualifié Christiane Taubira de "tract ambulant pour le FN" en raison de sa politique pénale.
Gwen Fauchois, ancienne vice-présidente d'Act Up-Paris, considère qu'avec "un ministre homophobe et visé par une enquête pour viol, on voit très bien quel ordre on veut maintenir". Le nouveau ministre est en effet accusé de viol, de harcèlement sexuel et d'abus de confiance. La plaignante, Sophie Patterson-Spatz, l'accuse de l'avoir violé. Elle s'était adressée auprès de lui en 2009, alors qu'il s'occupait des affaires juridiques de l'UMP. Il lui aurait fait miroiter son appui auprès de la Garde des sceaux en échange de faveurs sexuelles. Une habitante de Tourcoing a aussi porté plainte pour abus de faiblesse.
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Selon les féministes difficile de croire donc que le gouvernement compte vraiment continuer le travail amorcé contre les violences sexuelles. Alors que lors de la passation de pouvoir entre Marlène Schiappa et sa successeure, Elisabeth Moreno, aucune n'a fait mention des questions LGBT+, difficile de croire que la lutte contre les discriminations LGBTphobes, et le soutien aux personnes queers les plus précarisées soit une priorité.
La PMA pour Toutes: Un Enjeu Politique et Sociétal Majeur
L'ouverture de la PMA à toutes les femmes est un enjeu politique et sociétal majeur, qui divise les partis et les opinions. Si une majorité de Français y est favorable, des réticences persistent, notamment sur les questions de filiation et de l'accès aux origines pour les enfants nés de PMA.
Promesse de campagne d'Emmanuel Macron, la PMA pour toutes les femmes divise les différents partis… et même au sein de certains d'entre eux.La députée La République en Marche de l'Oise Agnès Thill ne cache pas ses réserves sur cette mesure, même si elle semble assez isolée au sein du groupe LREM qui a fixé fin juillet ses positions pro-PMA. Une cinquantaine de députés de la majorité avait d'ailleurs publié en juillet une tribune en faveur de cet « acte d'égalité ». Mais, preuve que ce sujet lié à des questions éthiques est particulièrement délicat, le groupe a déjà promis une liberté de vote à ses députés. Ce qui pourrait permettre à ceux qui sont issus de la droite ou du centre de s'abstenir, voire de voter contre.
Même refus de la part du Rassemblement national : Marine Le Pen a estimé ce dimanche que la PMA devait être réservée aux cas d'infertilité ou de risque de transmission de maladies graves. Sans surprise, c'est dans les rangs de la gauche que l'on trouve la plus forte proportion de partisans à l'ouverture de la PMA. Le parti socialiste l'avait inscrite dans son programme pour 2012 même si François Hollande ne l'avait pas reprise dans ses propres engagements de campagne. Et, durant son mandat, l'ancien président n'était pas allé plus loin que le mariage pour tous, qui avait profondément fracturé la société - ce qu'il a finalement regretté par la suite, jugeant la réforme « inéluctable ». Sur ce sujet, on assiste ainsi à une sorte de retour du clivage droite/gauche, que l'élection d'Emmanuel Macron avait semblé dynamiter.
Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité des hommes et des femmes, a récemment remis le sujet de la PMA sur la table. Cela embarrasse ses collègues Édouard Philippe, Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin, qui se sont jadis prononcés contre. Le 12 septembre dernier, Marlène Schiappa annonçait que le gouvernement prévoyait d’ouvrir la PMA pour les femmes homosexuelles et célibataires « en 2018, probablement avec les révisions de la loi bioéthique ». Face aux réserves exprimées jusque dans les rangs de la majorité, elle a depuis temporisé, affirmant que « nous ne sommes pas en train de débattre, pour l’instant, de la PMA. Ce n’est pas notre actualité, ce le sera au moment des États généraux de la bioéthique. » La jeune secrétaire d’État devra affronter les réticences du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui a estimé que cette réforme posait « sans doute un certain nombre de problèmes ».
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