Le Cytotec (misoprostol) est un médicament initialement conçu pour traiter les ulcères gastriques et duodénaux. Cependant, il a été détourné de son usage premier, notamment dans le domaine de l'obstétrique et de la gynécologie, pour induire des accouchements, des interruptions volontaires de grossesse (IVG) ou gérer des fausses couches. Cette utilisation non conforme aux indications a soulevé de sérieuses préoccupations quant à la sécurité des patientes et a conduit à des restrictions et des mises en garde. Cet article explore les risques associés à l'utilisation du Cytotec, en particulier en cas de grossesse avec embryon mort, et met en lumière les enjeux de pharmacovigilance qui en découlent.
Retrait du marché français et raisons de cette décision
A partir du 1er mars 2018, le Cytotec n'est plus commercialisé en France en raison de son utilisation détournée et des risques qu'il représente pour la santé de la mère et du bébé. Bien qu'il soit peu onéreux et efficace, son usage pour déclencher le travail a été associé à des conséquences dramatiques lors de l'accouchement.
Utilisations détournées du Cytotec
Le Cytotec a été utilisé dans plusieurs contextes, notamment :
- Déclenchement de l'accouchement : Certaines maternités ont utilisé le Cytotec pour déclencher le travail, malgré les risques encourus.
- Interruption volontaire de grossesse (IVG) : Il a été utilisé comme alternative au curetage.
- Gestion des fausses couches : Pour faciliter l'évacuation du contenu utérin après une fausse couche.
Risques et complications liés à l'utilisation du Cytotec
L'utilisation du Cytotec, en particulier dans des contextes non autorisés, a été associée à divers risques et complications :
- Conséquences dramatiques pour l'accouchement : Céline, souffrant d'hypertension, a vécu un accouchement traumatisant après l'administration de Cytotec, entraînant une césarienne d'urgence et une hémorragie. Sa fille avait le cordon enroulé autour du cou.
- Douleurs terribles : Julie a décrit son expérience d'IVG avec le Cytotec comme la plus traumatisante de sa vie, marquée par des vomissements et des douleurs insoutenables. Elle aurait préféré un curetage. Certaines femmes continuent de souffrir d'effets secondaires pendant leur cycle menstruel.
- Hémorragies dangereuses : Sophie a été retrouvée évanouie dans son sang après avoir pris du Cytotec pour une fausse couche, nécessitant une hospitalisation d'urgence. Lyly a subi une hémorragie sévère lors d'une IVG, nécessitant un curetage.
- Conséquences psychologiques : Camille a subi une interruption médicale de grossesse (IMG) et regrette d'avoir choisi le Cytotec plutôt que le curetage, car elle a vécu une expérience moralement difficile en voyant ce qui était auparavant son bébé.
- Manque d'information : Marion, ayant utilisé le Cytotec dans le cadre d'une fausse couche, déplore le manque d'information concernant les risques et la marche à suivre. Nadège, sous anticoagulant, a subi une hémorragie grave en raison de la prescription de Cytotec, nécessitant une hospitalisation et une transfusion.
L'absence d'AMM et les doses utilisées
Il est important de noter que le Cytotec n'a pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l'évacuation du contenu utérin. Les comprimés sont dosés à 200 microgrammes, alors que certaines études suggèrent que des doses de 25 microgrammes seraient plus sûres.
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Cas clinique illustratif
Une patiente de 36 ans, mère de trois enfants, a consulté un médecin généraliste pour des céphalées et des épigastralgies au début de sa grossesse. Le médecin lui a prescrit du Cytotec, malgré sa grossesse. Après la prise du médicament, elle a constaté des saignements et a consulté en urgence en obstétrique. L'échographie a montré une grossesse évolutive. Cependant, quelques semaines plus tard, l'échographie a confirmé l'absence d'activité cardiaque de l'embryon. Elle a reçu du Cytotec en vue d'une évacuation utérine, mais en raison de saignements importants, elle a subi un curetage en urgence.
Contre-indications et mises en garde
Le Cytotec est contre-indiqué chez la femme enceinte, car il peut induire des avortements, des malformations congénitales, des morts fœtales et des naissances prématurées. Des cas de rupture utérine et d'hémorragies ont été rapportés lors de l'administration du Cytotec par voie vaginale. L'ANSM met en garde contre les risques liés à l'utilisation hors AMM du Cytotec dans le déclenchement de l'accouchement et toute autre utilisation gynécologique.
Alternatives et recommandations
En France, le déclenchement artificiel du travail à partir de 37 semaines d'aménorrhée peut être envisagé pour indication médicale ou non médicale dans certaines conditions et dans le respect des règles de bon usage des spécialités qui ont démontré un rapport bénéfice/risque favorable dans cette indication. La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié des recommandations professionnelles qui rappellent les conditions qui permettent un déclenchement artificiel du travail et les méthodes utilisées pour ce déclenchement, parmi lesquelles figurent le décollement des membranes et le recours à des spécialités (contenant du dinoprostone) approuvées dans cette indication.
Complications possibles des IVG
Les IVG constituent généralement des interventions sécurisées, mais des complications peuvent survenir :
- Saignements prolongés
- Saignements excessifs ou lésions de l'utérus
- Infections
- Test de grossesse positif lors de la consultation de contrôle
Impact sur la fertilité
Il n'est pas scientifiquement prouvé que les IVG entraînent une baisse de la fertilité. La stérilité est généralement causée par une infection utérine.
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Mifépristone et Cytotec
La mifépristone est un autre médicament utilisé dans le cadre de l'interruption de grossesse. Elle antagonise les effets de la progestérone et sensibilise le myomètre aux contractions induites par les prostaglandines. Des données cliniques ont démontré que la mifépristone facilite la dilatation cervicale.
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