L'affaire Barbarin-Preynat, l'un des plus grands scandales de pédocriminalité dans l'Église catholique française, a profondément ébranlé le diocèse de Lyon et l'Église de France tout entière. Elle a marqué un virage dans la lutte contre les violences sexuelles, conduisant à une libération de la parole et à des réformes significatives.
Genèse de l'Affaire : Révélations et Premières Plaintes
L'affaire éclate en janvier 2016, lorsque d'anciens scouts de la paroisse de Sainte-Foy-Lès-Lyon dénoncent des agressions sexuelles commises par le père Bernard Preynat pendant 20 ans, du début des années 1970 au début des années 1990. Pierre-Emmanuel Germain-Thill témoigne des agissements de Bernard Preynat, qu'il n'avait pas osé dénoncer à l'époque. Avec François Devaux et d'autres victimes, il fonde l'association La Parole libérée, dont il fut le porte-parole.
Dès les premiers mois après l'éclatement de l'affaire, quatre personnes déposent plainte et le père Preynat est mis en examen pour atteinte sexuelle sur mineurs. En garde à vue, il reconnaît les agressions, avoue même trois viols aujourd'hui prescrits et précise que ses supérieurs étaient au courant de ses penchants. Les victimes s'interrogent alors : comment les agissements pédophiles du père Preynat ont-ils pu perdurer si longtemps ?
L'Implication du Cardinal Barbarin : Non-Dénonciation et Procès
L'affaire Preynat en entraîne une autre : celle du cardinal Barbarin. Au courant des actes pédocriminels de Bernard Preynat, prêtre dans son diocèse, Philippe Barbarin est accusé de ne pas les avoir dénoncés à la justice. L'archevêque est jugé en 2019 et condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'abus sexuels.
Il était particulièrement reproché au Cardinal Barbarin de s’être abstenu de porter assistance, par son intervention personnelle ou en alertant les secours, laissant ainsi des enfants et des adolescents en contact avec le père Preynat, alors qu’il pouvait mettre fin à cette situation, ces enfants et adolescents se trouvant ainsi en danger d’être victimes d’agressions sexuelles. Pour caractériser une telle infraction, la jurisprudence depuis longtemps exige que le péril soit imminent et constant, de sorte qu’une intervention immédiate soit nécessaire. Philippe Barbarin ne pouvait se trouver dans une telle situation dans la mesure où les abus commis par le père Preynat avaient eu lieu plus de dix ans avant son entrée en fonction et qu’il s’était assuré lui-même, en rencontrant le père Preynat en mars 2010, que celui-ci n’avait pas commis de nouveaux actes depuis 1991.
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Durant le procès devant le Tribunal Correctionnel puis devant la Cour d’Appel, entre mars 2019 et janvier 2020, plusieurs médias ont affirmé que le cardinal Barbarin avait sciemment cherché à dissimuler des faits de pédophilie à la justice. Cette accusation découlait de l’accusation de non-dénonciation de mauvais traitements (C. pén., art. 434-3) pour laquelle le cardinal Barbarin était mis en cause.
Chronologie des Faits et Procédures Judiciaires
L’affaire est aujourd’hui connue : entre la fin des années 60 et le début des années 90 un prêtre, Bernard PREYNAT, agressait sexuellement des dizaines, voire des centaines d’enfants, en particulier au sein du groupe scout qui lui était confié. L’affaire finissait par éclater en juin 2014, quand l’une des anciennes victimes du père PREYNAT, Alexandre HEZEZ, découvrait que celui-ci était toujours en place et toujours au contact d’enfants.
Alexandre HEZEZ prenait alors attache avec le Diocèse, avait un entretien avec le Cardinal BARBARIN, et exigeait que le prêtre soit écarté de toutes fonctions. Le Cardinal BARBARIN informait le VATICAN de cette situation. Le Cardinal BARBARIN prenait alors la décision d’écarter le Père PREYNAT au mois de septembre 2015, afin qu’un « changement d’affectation » paraisse plus naturel à cette date. Constatant au mois de juin 2015 que Bernard PREYNAT était toujours en place, Alexandre HEZEZ se rendait auprès des services de police pour déposer plainte.
La plainte déposée contre le Cardinal BARBARIN pour non-dénonciation de violences sexuelles sur mineurs était classée sans suite par le Parquet de LYON le 1er août 2016. Me Jean BOUDOT était alors sollicité par l’avocate de l’association La Parole Libérée, Me Nadia DEBBACHE, du Barreau de LYON, qui portait depuis l’origine cette affaire sur ses épaules. Durant six mois, les six avocats qui avaient finalement accepté d’accompagner les victimes désireuses de poursuivre cette action contre le Cardinal (dont Elsa LOIZZO, en son nom personnel et non en qualité de collaboratrice du Cabinet BOUDOT) allaient engager une analyse minutieuse du dossier, en fait et en droit.
Au terme de cette analyse ainsi que de longues discussions-réflexions entre eux, une décision réellement audacieuse allait être prise : celle de ne pas saisir le Doyen des juges d’instruction d’une plainte avec constitution de partie civile, ce qui est d’usage dans ce type de situation, mais de poursuivre directement le Cardinal BARBARIN devant le tribunal correctionnel, par la voie d’une citation directe, ainsi que six autres membres de l’églises, laïcs, évêques ou cardinaux à qui il était reproché d’avoir su et de n’avoir pas dit. Parmi eux le Cardinal Luis LADARIA FERRER, n°3 en rang protocolaire du VATICAN, en raison de l’instruction qu’il avait donnée d’éviter le scandale public.
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Réactions et Conséquences
La condamnation du Cardinal BARBARIN a provoqué un « tremblement de terre », un « coup de tonnerre », un « séisme » pour l’église catholique. Le Cardinal BARBARIN a présenté sa démission au Pape François. A la suite de l’arrêt rendu par la Cour d’Appel, le Cardinal BARBARIN présentait de nouveau sa démission au Pape François, qui l’acceptait le 6 mars 2020.
Cette affaire restera évidemment un moment marquant des carrières professionnelles de Me Jean BOUDOT et Me Elsa LOIZZO. Une des conséquences les plus visibles de cette affaire est qu’elle a participé, outre bien sûr à la libération de la parole de certaines victimes, à la modification réelle - et non plus seulement dans les déclarations d’intention - des comportements : en novembre 2018 la Conférence des Evêques de France créait une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).
Le Verdict et ses Implications
Le 14 avril, l’annonce par la cour de cassation du rejet du pourvoi contre la relaxe du cardinal Barbarin a mis fin à près de cinq ans et demi de procédures judiciaires menées par des victimes du père Preynat. Bien que relaxé en appel, le Cardinal Barbarin continue souvent d’être présenté dans les médias comme coupable d’avoir couvert les agissements d’un prêtre pédophile. Dans un livre publié jeudi et intitulé « En mon âme et conscience », il livre le récit de la façon dont il a traversé ces événements.
Contrairement à ce que laissent entendre plusieurs médias, et ce que croit parfois de bonne foi une partie de l’opinion publique, le cardinal Barbarin n’était pas en poste comme archevêque de Lyon lorsqu’ont eu lieu les agressions sexuelles pour lesquelles le père Preynat a été condamné le 16 mars dernier. En effet, les faits ont été commis dans les années 70, 80 et 90 et, s’agissant des parties civiles qui ont fait citer à comparaître le Cardinal Barbarin, aucun des faits litigieux n’est postérieur à 1991. Soit onze ans avant que le cardinal ne soit en poste à l’archevêché de Lyon.
La Prescription et la Question de la Non-Dénonciation
Était au cœur du débat judiciaire la question de savoir si le cardinal Barbarin était coupable de non-dénonciation d’abus sexuels sur mineurs ou sur une personne vulnérable. Dans sa version en vigueur entre 2002 et 2016, cette infraction se définissait comme « le fait pour quiconque ayant eu connaissance de mauvais traitements ou d’atteintes sexuelles infligés à un mineur de quinze ans ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique ou d’un état de grossesse, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives » (C. pén., art. 434-3).
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D’une part, si l’obligation de dénoncer reposait sur les épaules de l’ancien archevêque, encore fallait-il que la justice puisse être saisie. En effet, lorsque Philippe Barbarin avait pris connaissance d’abus sexuels en novembre 2014, ces faits, qui remontaient pour les plus récents aux années 90, étaient touchés par la prescription, de sorte qu’il n’était plus possible de les dénoncer à la justice. La décision de relaxe avait d’ailleurs souligné que la prescription enlevait aux faits leur caractère délictueux, ce qui rendait les poursuites impossibles.
Le Décès de Bernard Preynat et l'Héritage de l'Affaire
L’ancien prêtre et chef scout, condamné en mars 2020 à cinq ans de prison pour « agressions sexuelles sur mineurs », a été retrouvé mort à son domicile. Le quadragénaire Pierre-Emmanuel Germain-Thill a souligné que « c’était un soulagement de pouvoir clôturer tout cela » et souhaite que « cette histoire puisse aider les gens à agir contre ce fléau qu’est la pédophilie, pas que dans l’Eglise ».
L’affaire Preynat a bouleversé le diocèse de Lyon et l’Église de France tout entière, pour qui elle a marqué un virage dans sa lutte contre les violences sexuelles.
Les Réformes et Initiatives Post-Affaire
Une des conséquences les plus visibles de cette affaire est qu’elle a participé, outre bien sûr à la libération de la parole de certaines victimes, à la modification réelle - et non plus seulement dans les déclarations d’intention - des comportements : en novembre 2018 la Conférence des Evêques de France créait une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), dont les résultat de l’enquête sont déjà effarants (entre juin et février 2020 plus de 4500 personnes ont signalé les violences sexuelles dont elles ont été victimes au sein de l’église sur les dernières décennies).
Au mois de septembre 2019 une première convention était signée à Paris entre un Diocèse et le parquet, afin que tout signalement d’infraction de nature sexuelle au sein de ce Diocèse soit immédiatement et systématiquement transmis au Procureur de la République.
Rapport Sauvé : Un Tournant Majeur
Le rapport Sauvé, rendu public le 5 octobre 2021, marque un tournant majeur dans l’histoire de l’Église catholique. Fruit de près de trois ans d’enquête, ce rapport a produit un effet puissant. Les chiffres qu'il a révélés ont provoqué une onde de choc. 330.000 mineurs ont été victimes d’agressions sexuelles dans l’Église catholique en France depuis 1950.
Depuis le rapport Sauvé, plusieurs personnes sont devenues référentes sur le sujet et sont souvent intervenues dans les médias, comme Véronique Margron, la présidente de la Corref, la théologienne Marie-Jo Thiel, le jésuite Patrick Goujon ou encore la victimologue Isabelle Chartier-Siben. Tous ont donné du poids aux témoignages des victimes.
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