Philippe "Doudou" Cuillerier, figure marquante du jazz manouche, nous a quittés récemment des suites d'une longue maladie, laissant derrière lui un héritage musical riche et une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui l'ont connu. Né en 1961 et disparu à l'âge de 62 ans, Doudou a embrassé la musique dès son plus jeune âge, évoluant tout au long de sa carrière pour devenir un accompagnateur prisé, un leader de groupe respecté et un créateur de spectacles pour enfants.
Un Parcours Musical Éclectique
Issu d'une famille de musiciens, Doudou Cuillerier a d'abord exploré le saxophone avant de se tourner vers la guitare. Ses influences musicales étaient vastes, allant de la chanson française au folk picking, en passant par les bals populaires, le jazz et le blues. C'est sa rencontre et sa collaboration avec le guitariste Angélo Debarre dans les années 1980 qui l'ont propulsé sur la scène du jazz manouche.
Dès 1984, Doudou fait ses classes aux côtés d’Angélo Debarre. Son drive impeccable en fait rapidement un accompagnateur très recherché. Il se produit et enregistre avec tous les cadors du style : Angélo, bien sûr, mais aussi Romane, Babik Reinhardt, Rodolphe Raffali, Tchavolo Schmitt, Christophe Lartilleux (Latcho Drom mais aussi Aman Michto avec deux musiciens nord africains), Patrick Saussois, Christian Escoudé, Lemmy Constantine, Ludovic Beier…
Un Accompagnateur de Talent
Le talent de Doudou Cuillerier en tant qu'accompagnateur était indéniable. Son jeu précis et son sens du rythme en ont fait un partenaire recherché par les plus grands noms du jazz manouche. Il a partagé la scène et enregistré avec des artistes tels que Romane, Babik Reinhardt, Rodolphe Raffali, Tchavolo Schmitt, Christophe Lartilleux (Latcho Drom), Patrick Saussois, Christian Escoudé, et bien d'autres.
Doudou Swing et l'Esprit de Django
Au début des années 90, Doudou fonde avec le guitariste Max Robin, le Fernando Jazz gang, formation qui met aussi en avant ses talents de chanteur ; sur fond de jazz gitano parisien pointe un crooner avec des accents à la Michel Legrand. En 94 le groupe enregistre un album qui deviendra une référence pour beaucoup d’aficionados, faisant connaitre à pas mal de monde les belles chansons en romanès de Schnuckenack Reinhardt ( Fuli tschaï, O letschto gurgo, Tu Djaial..).
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Plus tard, Doudou a monté « Doudou swing », trio composé de Victorine Martin à la guitare et Antonio Licusati à la contrebasse (et parfois des invités) avec lequel il enregistra deux disques chez Frémeaux, qui font la part belle aux chansons (Doudou en a toujours écrit et il aime chanter, faire swinguer les textes avec légèreté et un ton frais, personnel) dont un destiné aux enfants « Monsieur Django et Mme Swing » (Doudou a toujours eu un feeling particulier avec les gosses).
Doudou ne se cantonne pas seulement dans un rôle d’accompagnateur de renom influent, contribuant à faire entendre sa voix pour épicer les concerts de scat-singing, chansons swing et manouches.
Avec sa propre formation, "Doudou Swing", il a exploré son propre univers musical, mettant en valeur ses talents de chanteur et d'auteur-compositeur. Ses albums, notamment celui destiné aux enfants, témoignent de sa créativité et de sa capacité à transmettre sa passion pour le jazz manouche à un public de tous âges.
Mr Django et Mme Swing : Un Spectacle pour les Jeunes
Doudou Cuillerier s'est également illustré dans la création de spectacles pour enfants. Son spectacle "Mr Django et Mme Swing", coécrit avec Victorine Martin, a permis de faire découvrir la musique de Django Reinhardt aux plus jeunes générations de manière ludique et pédagogique.
Présentée en trois parties et prenant le parti de la Djangologie, les deux auteurs ont notamment réussi une gageure : simplifier tout en gardant l’essence de la musique du génial manouche.
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Un Pédagogue Passionné
Outre ses activités de musicien, Doudou Cuillerier était également un pédagogue passionné. Il a participé à la création de la revue "French Guitar" et a dirigé son propre bulletin, "L'Echo des Cuillères", contribuant ainsi à la diffusion et à la promotion du jazz manouche.
Pionnier de la promotion de ce swing dit manouche, à une époque où il n’était pas encore à la mode, grand connaisseur de cette musique, Doudou a participé à la création de « French guitar », revue fondée par Romane, avant de diriger lui-même un petit bulletin « L’Echo des cuillères », tout ceci avant internet.
Django All Stars : Une Reconnaissance Internationale
Ces dernières années il faisait partie du bien nommé Django all stars (Samson Schmitt, Ludovic Beier, Pierre Blanchard, Antonio Licusati), formation top niveau invitée chaque année aux Etas Unis. Il venait d’enregistrer « Django 70 » avec Ludo Beier et Antonio Licusati.
La reconnaissance du talent de Doudou Cuillerier a dépassé les frontières françaises lorsqu'il est devenu membre du "Django All Stars", un ensemble de musiciens de renom invités chaque année aux États-Unis. Cette collaboration a permis de faire rayonner son talent sur la scène internationale.
L'Héritage de Django Reinhardt
Doudou Cuillerier était un fervent défenseur de l'héritage de Django Reinhardt. Sa musique était imprégnée de l'esprit du maître, tout en apportant une touche personnelle et créative. Il a contribué à faire vivre et à transmettre la musique de Django aux générations futures.
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Une méthode de guitare manouche à son image existe, elle plaira autant au débutants et aux curieux qu’à ceux qui souhaitent s’aventurer au cœur de la musique du grand Maître en apprenant à rejouer certains de ses grands solos.
Le premier chapitre intitulé Jouer manouche s’attache d’abord à la technique de l’instrument : une intéressante présentation de l’instrument typique est suivie d’un inventaire des accessoires, des conventions de notation, des techniques du médiator, des effets, de la manière de lire une grille et d’effectuer "la pompe" (swing, valse, boléro).
Le second chapitre constitue le corps de l’ouvrage et son intérêt principal : il s’agit d’un relevé de dix soli de Django. Chaque titre est succinctement introduit et présenté dans son contexte historique, et bénéficie d’un travail de préparation technique sur certaines difficultés ou traits spécifiques du style. Thèmes, solo facile et/ou solo de Django intégral sont alors proposés. On appréciera tout particulièrement la qualité du répertoire qui alterne grands standards (Minor swing, I’ll see you in my dreams, Swing 42), et pièces plus confidentielles (Swingtime in springtime, Louise, Chez Jacquet).
Cerise sur le gâteau, un cahier central s’attache à décrire une histoire de la musique de Django : origine des tziganes, précurseurs et valse musette, biographie de Django et héritiers du style.
La méthode est bien entendu accompagnée d’un support CD reprenant chaque exercice et tous les chorus.
Hommages et Souvenirs
La disparition de Philippe "Doudou" Cuillerier a suscité une vive émotion dans le monde du jazz manouche. De nombreux musiciens et amis ont rendu hommage à sa mémoire, soulignant son talent, sa gentillesse et sa passion pour la musique.
Line Renaud évoque quelques souvenirs des bons moments passés avec son mari Loulou Gasté et leur copain Django Reinhardt. On y apprend notamment quelques détails sur l’enregistrement de « Saint-Louis Blues » et « Bouncing Around ». Cet enregistrement mythique n’était en fait pas prévu ! Django Reinhardt et Loulou Gasté ont improvisé cette séance, juste après avoir enregistré le même jour (9 septembre 1937) aux Studios Pathé pour l’orchestre de Philippe Brun. Line Renaud évoque également de beaux souvenirs lorsque Django venait chez elle et Loulou pour jammer.
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