Introduction
Les crapauds, membres de la famille des Bufonidés, présentent une diversité fascinante en matière de reproduction. Bien que la fécondation externe soit la méthode la plus courante, certaines espèces ont développé des adaptations uniques, telles que la viviparité, pour assurer la survie de leur progéniture. Cet article explore en détail le processus de reproduction des crapauds, en mettant l'accent sur la fécondation externe et les variations observées chez différentes espèces.
La Fécondation Externe chez le Crapaud Commun (Bufo bufo)
Chaque année, dès la fin du mois de février, le crapaud commun (Bufo bufo) sort de son site d’hibernation terrestre. Immédiatement après sa sortie, les adultes prennent le chemin d’une mare bocagère ou forestière ou encore d’un étang. Arrivés à destination dans la pièce d’eau, les crapauds communs entament leur phase de vie aquatique annuelle le temps de se reproduire. Les couples se forment rapidement, parfois avant même de rejoindre l’eau ou directement dans l’eau. Le mâle, généralement plus petit, s’agrippe alors à une femelle avec ses membres antérieurs par les aisselles de la femelle. L’objectif est assez simple : rester agrippé à la femelle fermement en attendant la fin de la maturation des œufs dans son abdomen.
Chez le crapaud, il n’y a pas d’accouplement proprement dit, à savoir pas de pénétration puisque le mâle ne dispose pas d’organe sexuel externe. La fécondation est externe. La femelle expulse ses œufs sous forme de deux chapelets correspondant aux deux ovaires et le mâle libère sa semence dans l’eau pour les féconder.
La reproduction du crapaud commun suit celle des grenouilles rousses et il est parfois possible d’observer des tentatives d’accouplements interspécifiques. En ce moment, c’est la saison des amours pour les amphibiens. Crapauds et grenouilles rejoignent la mare de leur naissance pour s’y reproduire.
Vu que les crapauds mâles n’ont pas d’organe copulateur, la fécondation est externe et s’effectue dans l’eau. Le mâle, positionné sur le dos de la femelle, arrose de son sperme les ovocytes mûrs qui sortent du cloaque féminin. Les spermatozoïdes nagent dans tous les sens pour atteindre les ovocytes et les féconder.
Lire aussi: Identifier Têtards et Grenouilles
Le Processus de Ponte et de Fécondation
L’activité reproductrice est à son comble lorsque la nuit est douce, autour de 8° Celsius, et entrecoupée d’averses. La mare s’agite. Le mâle agrippé sur le dos de la femelle l’enserre vigoureusement sous les aisselles avec ses bras, plantant ses poings dans les flancs de cette dernière. La ponte peut commencer. Deux longs chapelets comprenant jusqu’à 10 000 ovules sortent ainsi du cloaque de la femelle pour y être fécondés par le mâle.
Deux cordons d'œufs sont émis par le cloaque de la femelle (1 par ovaire). Le mâle les féconde immédiatement dans l'eau (fécondation externe). Une fois dans l'eau, la gangue protectrice autour des œufs gonfle, leur donnant leur aspect habituel.
Le Développement des Têtards
Les têtards, d'abord aveugles, s'accrochent à la végétation environnante et utilisent leurs réserves. A ce stade, les pertes sont très nombreuses, car ils constituent une ressource alimentaire primordiale à beaucoup d'autres habitants aquatiques.
Le têtard âgé se transforme peu à peu en jeune grenouille ou crapaud (ici Bufo calamita). Les transformations les plus visibles lors de la métamorphose sont l'apparition des pattes puis la disparition de la queue.
Si la ponte a été déposée en fin d’hiver, il faudra près de deux mois, deux mois et demi pour que les têtards se métamorphosent. Les nouveau-nés sortent de leur gangue sur laquelle ils viennent se placer. Les têtards sont petits et entièrement noirs (chez les crapauds communs), avec une queue étroite prenant naissance à l’arrière du corps dont l’extrémité est arrondie. Le têtard se nourrit de végétaux mais aussi d’animaux morts. La transformation ou métamorphose du têtard en petit crapelet intervient entre deux et trois mois plus tard. On assiste alors à l’émergence de plusieurs centaines de tout petits crapauds d’un centimètre de long.
Lire aussi: Exploration littéraire: "Berceuse Crapaud Grelot"
Diversité des Modes de Reproduction chez les Anoures
Les crapauds, grenouilles et rainettes font partie de l’ordre des anoures. En grec oura signifie « queue » et a en indique l’absence. Les amphibiens (du grec amphíbios, “qui vit dans deux éléments”) sont à l’aise sur terre comme dans l’eau. A l’âge adulte, les anoures vivent principalement, voire pour beaucoup exclusivement, sur terre. Ils ne retournent alors vers la zone humide dans laquelle ils sont nés que lors de la saison des amours. Après avoir attiré des femelles par leur chant, les mâles, plus petits que les femelles, s’accrochent fermement au dos de ces dernières. Il arrive que plusieurs mâles montent sur une femelle, parfois jusqu’à l’étouffer ! L’étreinte des mâles stimule la ponte des femelles, qu’ils aspergent de sperme : la fécondation est donc externe. Les œufs fécondés resteront alors dans l’eau jusqu’à l’éclosion des têtards, qui se métamorphoseront en quelques semaines…
Il existe toutefois quelques exceptions moins connues. Chez certaines rares espèces d’anoures vivipares ou ovovivipares, les femelles mettent bas des petits déjà complètement formés. Parmi les anoures ovulipares - dont la fécondation est externe - certains prennent grand soin de leur progéniture. Plus insolite encore : la grenouille de Darwin du Sud mâle garde ses jeunes têtards dans son large sac vocal pendant plusieurs semaines, jusqu’à leur métamorphose, avant de les régurgiter. Les femelles Rheobatrachus, espèce australienne désormais éteinte, avalaient même complètement leurs œufs et les laissaient se développer dans leur estomac, sans pouvoir donc se nourrir pendant plusieurs semaines car leur système digestif était à l’arrêt.
La Viviparité chez les Crapauds Arboricoles (Nectophrynoides)
Selon une récente étude publiée dans Vertebrate Zoology, ce n'est cependant pas le cas pour tous. Ces espèces appartiennent au genre des nectophrynoides, soit les "crapauds arboricoles", et ont été découvertes dans les forêts de l'Arc oriental en Tanzanie. Elles se caractérisent par leur peau couverte de pustules colorées et sont nommées nectophrynoides luhomeroensis, nectophrynoides uhehe et nectophrynoides saliensis. La particularité de ces crapauds est surtout qu'ils donnent naissance à des petits vivants, qui ne sont donc pas dans des œufs et qui ne passent pas par le stade de têtard, les larves d'amphibiens. Ils pratiquent la viviparité, l'embryon se développant à l'intérieur du corps, comme pour les humains. Les petits sortent ainsi déjà complètement formés.
"La viviparité est exceptionnellement rare chez les grenouilles et les crapauds, pratiquée par moins de 1% des espèces de grenouilles, ce qui rend ces nouvelles espèces exceptionnellement intéressantes", a déclaré dans un communiqué Christoph Liedtke, co-auteur de l'étude et chercheur qui étudie l'évolution des amphibiens. Les femelles peuvent même porter jusqu'à cent petits à la fois. Les embryons profitent ainsi d'une meilleure protection pour survivre plus longtemps. "Un inconvénient potentiel pourrait être une baisse des taux de reproduction, bien que l'on sache très peu de choses sur la survie des embryons et de la progéniture chez ces crapauds, et sur la façon dont cela se compare finalement aux taux de survie des espèces de crapauds de la même famille qui peuvent pondre des dizaines de milliers d'œufs", a cependant nuancé Christoph Liedtke à IFLScience.
Le Cas Spécifique de Nectophrynoides occidentalis
Quelques Km2 dans les monts Nimba en Guinée abritent une espèce particulière, Nectophrynoides occidentalis. La reproduction de ce crapaud est influencée par son environnement spécifique, caractérisé par un brouillard pratiquement constant et une faible teneur en oxygène dans l'air. Les pierres restent saturées d'humidité, ce qui est essentiel pour la survie de cette espèce.
Lire aussi: Remèdes populaires et Crapaud Bouillie
Le Cycle Reproducteur de N. occidentalis
Le cycle reproducteur de N. occidentalis est étroitement lié aux saisons. L'ovulation est due à la mucification intense de sa muqueuse. Des cils contribuent à la progression des œufs vers l'utérus, où ils s'accumulent, distendant leur paroi. L'utérus apparaît alors fortement gonflé. La gestation dure pendant toute la gestation, les œufs s'accumulent dans les utérus, distendant leur paroi.
La vitellogenèse, ou croissance des ovocytes, est maximale d'octobre à juin de l'année suivante, durant le développement fœtal. Les femelles sont gravides jusqu'à trois, voire quatre fois. L'utérus subit continuellement des remaniements avec des villosités régulières.
La Nutrition et le Développement Fœtal
Le développement fœtal s'effectue essentiellement grâce à des apports nutritifs maternels. De fait, les échanges entre mère et fœtus sont importants. La parturition est assurée par deux muscles abdominaux, l'autre myoabdominal. Le ventre gonfle progressivement, remplissant les poumons.
La parturition s'étend sur les douze jours qui suivent la parturition. Des stimulus de croissance favorisent le développement des fœtus. L'autre corne vide reste toujours peu développée. Chez les femelles pseudo gestantes, l'utérus évolue peu et demeure semblable.
Régulation Hormonale
La régulation des fonctions ovariennes est assurée par des hormones elles-mêmes placées sous le joug hypophysaire, assurant l'équilibre hormonal indispensable à la gravidité. Des cellules prolactines contribuent à l'interruption de la croissance folliculaire, liée à la présence des embryons dans les utérus. La progestérone est essentielle à la poursuite de la gestation après l'estivation, permettant la mise en place du réseau sanguin sous-épithélial.
Menaces et Conservation
Malheureusement, avec la dégradation des milieux humides indispensables à leur reproduction, les populations des crapauds comme celle de tous les amphibiens déclinent à grande vitesse. Les espèces de crapauds arboricoles sont, par ailleurs, menacées puisque leur habitat est touché par la déforestation et l'expansion agricole.
Chaque année, des millions d’amphibiens quittent leurs forêts à l’abri du froid pour se diriger vers les zones humides où ils sont nés afin de s’y reproduire. Le principal danger vient alors de cette migration, les amphibiens traversent les routes et la circulation pour rejoindre les mares ou les étangs. Ils perdent alors la vie par centaine, ce qui n’arrange pas leur sort compte tenu des autres menaces qu’ils encourent comme la destruction de leur habitat ou l’utilisation généralisée des pesticides.
Pour les aider, les naturalistes installent des crapauducs. Des barrières directionnelles canalisent les animaux vers un piège, un seau en général. Le lendemain matin, les naturalistes les lâchent de l’autre côté de la route. Evidemment, cela nécessite une main d’œuvre importante. Alors n’hésitez pas à donner un coup de mains aux associations.
tags: #crapaud #reproduction #fécondation #externe