Depuis le début de la pandémie de COVID-19, la recherche scientifique s'est activement concentrée sur la compréhension de son impact, en particulier sur les populations vulnérables telles que les femmes enceintes. Bien que les connaissances aient évolué et que toutes les études ne présentent pas un niveau de preuve élevé, elles contribuent à une compréhension de plus en plus précise de la maladie. Cet article vise à fournir un aperçu des connaissances actuelles concernant les risques associés à la COVID-19 au cours du troisième trimestre de la grossesse, ainsi que des recommandations pour assurer la santé de la mère et du nouveau-né.
Impact de la COVID-19 sur les femmes enceintes
Sensibilité accrue aux infections pulmonaires
Les femmes enceintes, en particulier au troisième trimestre, présentent une sensibilité accrue aux infections pulmonaires en raison de modifications anatomiques (élévation du diaphragme), histologiques (œdème de la muqueuse des voies respiratoires), métaboliques (augmentation de la consommation d'oxygène) et physiologiques (système immunitaire plus vulnérable). C'est pourquoi la Haute Autorité de Santé (HAS) a inclus les femmes enceintes parmi les populations à risque pour la COVID-19.
Risque de formes graves de COVID-19
Plusieurs études indiquent que les femmes enceintes présentent un risque plus élevé de développer une forme grave de COVID-19, avec un risque relatif de décès accru. Les femmes enceintes présentant des comorbidités telles que le surpoids, l'hypertension ou le diabète semblent particulièrement vulnérables aux formes sévères, surtout au cours du troisième trimestre. La COVID-19 pendant la grossesse est également associée à un risque accru de complications spécifiques à la grossesse, notamment la pré-éclampsie, la naissance prématurée et la mortalité périnatale.
Études rassurantes
Cependant, les dernières études sont encourageantes, ne décrivant aucune forme sévère de la maladie ni aucun décès chez les mères et leurs enfants. Une petite étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a montré que les femmes enceintes touchées par le coronavirus ne sont généralement pas plus malades que les autres individus contaminés. De même, le Dr Philippe Deruelle a noté que le coronavirus donne lieu à des signes cliniques identiques à ceux rapportés par des patientes adultes non enceintes, contrairement à la grippe et à d'autres infections respiratoires.
Transmission de la COVID-19 de la mère au bébé
Transmission intra-utérine
Une étude parisienne publiée dans la revue Nature communication a révélé un cas de transmission intra-utérine de la COVID-19, bien qu'il s'agisse de la première infection de ce type selon les médecins. Le bébé a présenté des symptômes neurologiques, mais s'est rétabli en trois semaines. Les chercheurs pensent que le virus pourrait utiliser une autre porte d'entrée pour infecter le bébé, potentiellement liée à l'état inflammatoire de la mère. Des études comparatives d'échantillons placentaires et de sérum maternel sont en cours pour évaluer l'impact de l'inflammation placentaire sur la santé des bébés.
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Allaitement maternel
L'allaitement maternel est généralement encouragé, car les données disponibles ne montrent aucun cas de transmission de l'infection par le lait maternel. Dans une vingtaine de prélèvements, le virus n'a été retrouvé dans le lait que dans un seul cas, positif 24 heures après la naissance, puis négatif au troisième jour. Le risque de contamination du bébé semble davantage lié à la proximité avec sa mère infectée. L'allaitement est possible en respectant des précautions standard telles que le port d'un masque et le lavage fréquent des mains.
Impact du confinement sur les naissances prématurées
Des observations intéressantes ont été faites concernant le nombre de naissances prématurées pendant les périodes de confinement. À Calgary, au Canada, le nombre de naissances prématurées a été divisé par deux pendant le confinement. Des constats similaires ont été faits à Melbourne (Australie) et à Nashville (États-Unis). Les hypothèses avancées pour expliquer ce phénomène incluent la réduction du stress lié au travail, la diminution de la pollution atmosphérique et la réduction du risque d'infections en raison de la diminution des contacts sociaux. Il est important de noter que ces observations nécessitent d'être confirmées par des études menées dans d'autres pays.
Dépression postnatale et COVID-19
La pandémie de COVID-19 a également eu un impact sur la santé mentale des femmes enceintes et des nouvelles mères. Le stress lié à l'épidémie, l'isolement lié au confinement, la peur d'être contaminée ou d'infecter son bébé, l'angoisse d'accoucher à l'hôpital avec des patients atteints de la COVID-19, un suivi de grossesse perturbé, l'absence de séances de groupe de préparation à la naissance, des conditions d'accouchement inédites et l'impossibilité d'être aidée par la famille sont autant d'éléments qui peuvent déclencher une dépression postnatale. Une étude américaine a établi un lien entre le coronavirus et l'augmentation des cas de dépression post-partum, soulignant également que les inégalités sont exacerbées par la crise de la COVID-19, les femmes pauvres afro-américaines étant les plus à risque. Des études sont en cours dans d'autres pays pour évaluer l'impact de la pandémie sur le vécu des couples pendant la grossesse et l'accouchement. Il est essentiel de dépister et de prendre en charge précocement les douleurs psychiques de la mère et du bébé pour favoriser le bien-être de la maman et le bon développement du nouveau-né.
Vaccination contre la COVID-19 pendant la grossesse
Efficacité et sécurité des vaccins ARNm
La vaccination pendant la grossesse est désormais vivement recommandée dès le premier trimestre. Une étude publiée dans The Lancet a confirmé que la vaccination protège les femmes enceintes contre le surrisque de mortalité et de morbidité maternelle et fœtale, en particulier lorsqu'elle est liée aux infections causées par le variant Omicron de la COVID-19. Les vaccins à ARNm (Pfizer/BioNTech ou Moderna) présentent le meilleur profil d'efficacité. Chez les patientes diagnostiquées positives au SARS-CoV2, la vaccination par ARNm permettrait de réduire le passage à une forme grave dans 79% des cas avec un schéma initial et 94% des cas en cas de rappel récent. Les études chez l'animal n'ont pas mis en évidence d'effets délétères sur la gestation, le développement embryonnaire et fœtal. Chez la femme enceinte, les études n'ont pas montré d'augmentation des effets indésirables locaux et systémiques ni des complications de la grossesse par rapport à la population générale.
Recommandations vaccinales
La HAS, soutenue par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français, recommande une dose de rappel vaccinal chez les femmes enceintes, quel que soit le terme de la grossesse, lorsque la dose précédente date de plus de 6 mois. Malgré ces recommandations, la couverture vaccinale reste plus faible chez les femmes enceintes.
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Vaccination pendant l'allaitement
L'allaitement peut être poursuivi après une vaccination par un vaccin à ARNm. Une étude a montré de très faibles quantités d'ARNm dans le lait maternel, sans possibilité de différencier les résidus des ARNm fonctionnels. En revanche, des anticorps spécifiques anti SARS-CoV2 sont sécrétés dans le lait après la vaccination, offrant potentiellement une protection au nouveau-né. La HAS stipule que la vaccination par un vaccin à ARNm est envisageable chez une femme qui allaite.
Protection des nouveaux-nés
Des études ont montré que les nouveaux-nés de mères vaccinées par un vaccin à ARNm présentent un taux de contamination par le SARS-CoV2 inférieur et une diminution du nombre et de la gravité des infections COVID-19. La protection semble maximale lorsque la deuxième injection est réalisée au troisième trimestre.
Recommandations générales pour les femmes enceintes
En période de COVID-19, il est essentiel que les femmes enceintes suivent les recommandations suivantes :
- Appliquer rigoureusement les gestes barrière (port du masque, lavage fréquent des mains, distanciation sociale).
- Se faire vacciner contre la COVID-19 dès le premier trimestre de la grossesse et effectuer une dose de rappel selon les recommandations.
- Assurer un suivi de grossesse régulier en contactant sa maternité pour connaître les protocoles spécifiques mis en place.
- Être attentive à sa santé mentale et ne pas hésiter à demander de l'aide en cas de besoin.
- Éviter les contacts avec des personnes présentant des symptômes de la COVID-19.
- Rester à distance des centres commerciaux et supermarchés, surtout pendant le premier mois de vie du bébé.
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