Introduction
Le XVIIe siècle représente une période charnière dans l'histoire de l'écriture française. Caractérisée par une évolution constante des pratiques manuscrites, cette époque voit l'essor de la paléographie, de la sténographie et d'un système complexe d'abréviations. Cet article explore les particularités de l'écriture contractée au XVIIe siècle, en mettant en lumière les défis de la paléographie, l'essor de la sténographie et l'utilisation des abréviations.
La Paléographie : Déchiffrer les Écritures Anciennes
La paléographie, définie comme l'art de déchiffrer les écritures anciennes, est essentielle pour comprendre les documents manuscrits du XVIIe siècle. Comme le souligne l'expérience menée dans deux classes de seconde, la contraction engage deux compétences majeures : la compréhension et la reformulation condensée d’une argumentation. Or, lorsqu’ils découvrent l’exercice, certains élèves ont tendance à privilégier une reformulation ligne par ligne au détriment de la compréhension globale de l’argumentation. Les productions des élèves peuvent témoigner de leurs difficultés à comprendre le raisonnement de l’auteur, à restituer la progression logique du propos, à équilibrer leur contraction pour ne pas privilégier les premières lignes du texte au détriment des suivantes. L’objectif de la démarche proposée est de favoriser, par l’échange oral entre pairs, la compréhension du texte à contracter ainsi que l’appropriation des consignes. Les élèves sont invités à travailler ensemble sur l’explication orale du texte : chaque élève est chargé d’une étape de l’argumentation qu’il doit expliquer aux autres. Au terme de cet échange, le texte est appréhendé dans sa globalité par l’ensemble des élèves et la progression de l’argumentation est explicitée. Ce processus coopératif d’explication (expansion) est conçu comme un préalable à l’écriture individuelle de la contraction (réduction).
Défis et Particularités de la Paléographie au XVIIe Siècle
La paléographie du début du XVIIe siècle présente des défis spécifiques. Cette période se situe à la jonction entre les écritures gothiques de la fin du Moyen Âge et les réformes calligraphiques qui émergent au cours du siècle. L’écriture est moins rigide et évolue continuellement. L'écriture manuscrite connaît des variations importantes, liées surtout à la personne qui écrit. Le généalogiste peut se heurter rapidement pendant ses recherches à des difficultés de lecture des documents anciens, des registres paroissiaux et des documents notariés.
La première difficulté réside dans la transition entre les écritures gothiques cursives, rapides et exubérantes, et les écritures plus lisibles prônées par les réformes de l'écriture. Comme le souligne Paul Delsalle, archiviste et professeur d’histoire moderne, « une lecture difficile ». Bien sûr, il faut nuancer ces propos, certains textes du début du XVIIe sont plus faciles à déchiffrer que des textes de la fin du siècle.
Les abréviations constituent un autre défi majeur. Souvent codifiées, mais parfois propres au scribe, elles peuvent rendre le déchiffrement complexe. Les ratures, fréquentes dans les manuscrits, ajoutent une difficulté supplémentaire, obligeant le lecteur à interrompre sa lecture pour déchiffrer le texte raturé.
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Méthodes et Ressources pour la Paléographie
Pour étudier l'ancienne écriture manuscrite, il importe d'avancer avec méthode, afin de surmonter les obstacles linguistiques et de jongler avec les mots abrégés et les notes tironiennes. L’apprentissage des différentes formes de lettres, qui changent d’un siècle à l’autre ou d’une décennie à l’autre, est fastidieux. L’élaboration d’un abécédaire permet une reconnaissance facilitée des différentes lettres d’un mot. De la même manière, la rédaction d’un répertoire des abréviations aide à déceler les formes abrégées des mots dont les manuscrits anciens regorgent afin de mieux les retenir.
Pour la résolution des abréviations latines, consulter : Cappelli (Adriano), Lexicon abbreviaturarum.
La Sténographie : Un Art d'Écriture Rapide
La sténographie, du grec stenos (serré) et graphê (écriture), est l'art de se servir de signes conventionnels pour écrire d'une manière aussi rapide que la parole. Elle connaît un regain d'intérêt à la veille de la Révolution.
Histoire et Évolution de la Sténographie
La sténographie a son histoire. Dès l'Antiquité, on l'enseigne dans les écoles et elle est très en faveur auprès des tribunaux qui l'utilisent pour la notation des procédures. En Grèce, 400 avant JC, Xénophon recueille par signes abréviatifs, les entretiens de son maître Socrate. A Rome en l'an 63 avant JC, Tiron (affranchi et secrétaire de Cicéron) relève le discours dans la conjuration de Catalina. Tiron ayant laissé son nom au système de son invention, le nom des "notes tironiennes" demeure pour désigner généralement les procédés d'écriture abrégée de ce temps. Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, les pères de l'Eglise sont de fervents adeptes de la sténographie. C'est aux bénédictins que nous devons la conservation des Lettres de Saint Augustin et des Actes des Martyrs. Du Moyen Age à la Renaissance, l'art sténographique est presque totalement oublié. On ne connaît de cette période que quelques manuscrits difficiles à déchiffrer.
En 1787, Coulon de Thévenot présente à l'Académie des Sciences, un système d'écriture abrégée connu sous le nom de "tachygraphie". En dépit de son nom (écriture rapide), ce système qui représente chaque voyelle et chaque consonne par un signe particulier est lisible mais peu rapide. En 1792, Théodore-Pierre Bertin adapte à la langue française le système anglais de Samuel Taylor. A l'inverse du précédent, ce nouveau système qui n'exprime généralement que les consonnes est rapide pais peu lisible. Un 3ème système s'impose, qui réunit et la lisibilité de l'un et la rapidité de l'autre. Il est trouvé par Hippolyte Prévost en 1826. La caractéristique du système Prévost est de ne pas exprimer les voyelles finales qui s'entendent et de représenter toujours le même son par le même signe. A son tour perfectionné et mis au point par Albert Delaunay, disciple de Prévost et praticien d'une valeur incontestée, le système Prévost devient en 1878, le système Prévost-Delaunay. En 1981 le système Prévost Delaunay est simplifié pour s'adapter aux possibilités et aux besoins actuels et prend le nom de système Prévost Delaunay de base.
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Les Notes Tironiennes
Les notes tironiennes, améliorées par Sénèque, furent en usage dans tout l'empire romain. Marcus Tullius Tiro appelé Tiron affranchi de Cicéron dont il devint le secrétaire et confident, se rendit célèbre par ses améliorations qu'il apporta à la tachygraphie, système d'écriture rapide par abréviations qui seraient originaire de Grèce et que le poète Ennius aurait été le premier à utiliser à Rome. Tiron aurait ainsi composé une méthode de 1100 signes. Mais la sténographie moderne n'en a tiré aucune leçon, s'inscrivant dans un autre système de signes.
Les Abréviations : Gagner de l'Espace et du Temps
L’abrégement des mots constitue un expédient naturel dès que l’espace vient à manquer ou que l’on veut s’épargner la répétition de mots connus du lecteur. Les signes abréviatifs " sorte de dactylographie" avant la lettre, les signes particuliers ont été adoptés par les scribes de l'ancienne société pour gagner de l'espace et du temps et remplacer les mots ou les parties de mots qui étaient le plus fréquemment abrégés.
Types d'Abréviations
Outre la technique d'abréviation assez élémentaire qui consiste à surmonter d'un "tilde" (trait horizontal) le mot, les signes forment un véritable code d'écriture, à ne pas confondre avec un cryptage. Plusieurs systèmes d'abréviation existent : indications d'abréviation pour les finales, signes abréviatifs pour les notes tironiennes, signes de l'abréviation Le titulus d'abréviation est la méthode la plus usitée : il s'agit de placer un trait horizontal, un tilde, au dessus du mot. Les abréviations par suspension quand le mot est inachevé ou par contraction si le mot est tronqué de quelques lettres (Mr, Mme, Bd …..). Le cumul des procédés d'abréviation : on peut combiner les diverses possibilités entre la contraction et le tilde par exemple.
L'Utilisation des Abréviations
La pratique de l'abréviation avait pour but de gagner de l'espace. Après le papyrus, matériau souple pouvant supporter l'écriture, mais très vite fragile, ce fut la peau de mouton, d'agneau ou de veau, plus résistante et plus facile à conserver qui devait l'emporter. D'autant que le parchemin servait à recevoir plusieurs textes ; les palimpsestes, manuscrits dont la première écriture est effacée pour en recevoir une autre. Mais le prix des peaux était très élevé ; rédiger en conséquence un ouvrage représentait une fortune. Il fallait donc gagner de la place pour faire des économies. D'où l'apparition des règles d'abréviation! Mais seuls les mots les plus courants seraient abrégés. Comme le système se mit en place durant la basse Antiquité et le haut Moyen Age, les abréviations concernèrent le latin. Quand les langues nationales dont le français arrivèrent en Europe, les mots de ces langues furent abrégés selon le même procédé. La conjonction "et" qui est identique en latin et en français fut sans doute la première à subir cette évolution, étant sans aucun doute, la plus utilisée. Tout mot abrégé comporte un signe graphique indiquant l'abréviation.
La première catégorie est représentée par les notae iuris, en usage dès l’Empire romain : l’épigraphie nous fournit une abondante illustration de ces abréviations qui procèdent essentiellement par sigle et par suspension. Au-delà de ces classifications, il existe un certain nombre d’abréviations primordiales ; leur omniprésence leur fera jouer un rôle capital dans l’évolution du système. Elles sont marquées par des signes qui s’appliquent aux mots-outils les plus fréquents (prépositions, conjonctions), généralement monosyllabiques, et se distinguent par leur forme et position par rapport à la lettre concernée (per, pro, prae, qui, quod). En outre, deux signes particuliers provenant de la sténographie romaine (notes tironiennes) s’y ajoutent : les « et » en forme de 7 (qui donnent aussi et[iam]) et l’antisigma en forme de « c » inversé, qui prendra ultérieurement la forme d’un 9, exprimant « con » (contra, conversus, etc.). À partir de ces éléments se développe un système complexe qui atteint son apogée au début du xive siècle, et se manifeste dans des domaines spécifiques (manuscrits philosophiques, théologiques, juridiques), portant à la fois sur des substantifs (anima, substantia, etc.), et sur des éléments du discours (locutions) (quaeritur, responditur). Ce sont les mots qui reviennent le plus souvent qui supportent les abrégements les plus graves ; leur fréquence et leur sévérité ne s’accroissent qu’au fur et à mesure que le lecteur s’est familiarisé avec les thèmes traités et leur vocabulaire spécifique. Dans certains de ces textes, les abréviations permettent d’escamoter plus de 50 % des lettres ; la lecture en est donc particulièrement malaisée, surtout s’il faut suivre une argumentation serrée. Lorsqu’apparaît l’imprimerie, le jeu des abréviations fait à ce point partie intégrante de l’écriture, qu’il est reproduit tel quel, à quelques aménagements près.
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L'Orthographe et la Ponctuation au XVIIe Siècle
Ceux qui ne maîtrisent pas la langue écrite sont désemparés à la lecture de textes français écrits sans tenir compte de nos règles d'orthographe. Pourtant la réglementation de la langue date au mieux du XVème siècle et que l'acquisition de l'écriture donc de l'orthographe est une conquête relativement récente. Souvent dans les textes anciens, les mots sont écrits avec des "relents" étymologiques vu que la plupart des personnes sachant écrire avaient appris le latin.
Jusqu'au XVIIème siècle, il n'y a pas d'accent sur le "e", et l'accent circonflexe est remplacé par un "s". L'absence de ponctuation est due à une longue tradition qui s'explique par le souci d'économiser de l'espace. Le premier traité de traduction et ponctuation est écrit par Etienne Dolet en 1540 à Lyon. Autre particularité, autre difficulté, est la coupure des mots qui paraît autrefois aléatoire. La règle de rattachement et de coupe des mots n'est pas la nôtre.
L'Écriture Cursive
L'écriture cursive Nom donné aux graphies au tracé rapide résultant de la simplification des écritures calligraphiées, l'adjectif "cursif" provient du latin "currere" qui signifie courir. Par définition les écritures cursives ont été conçues pour courir sur le papier. L'écriture cursive s'oppose à l'écriture scripte qui est celle qui se rapproche le plus des caractères d'imprimerie. La cursive d'aujourd'hui est issue de l'écriture anglaise, sans les pleins et les déliés puisque nous n'utilisons plus de plume. De toutes les écritures, c'est évidemment celle qui laisse le plus de place à la personnalisation.
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