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Hubertine Auclert : Pionnière du féminisme français

Hubertine Auclert, souvent qualifiée de « suffragette française », fut une figure emblématique du féminisme en France. Son engagement inlassable pour l'égalité des droits, et plus particulièrement pour le droit de vote des femmes, a marqué l'histoire du mouvement féministe. Son parcours, jalonné d'actions audacieuses et d'une vision radicale, a contribué à structurer les revendications féministes du début du XXe siècle.

Une figure singulière dans la Troisième République

Selon son biographe Steven C. Hause, Hubertine Auclert se distingue par sa singularité dans le contexte politique de la Troisième République. En effet, elle considérait que la participation des femmes à la décision politique, à l'élaboration et au vote des lois, était essentielle pour remettre en cause la hiérarchie entre les sexes. Cette revendication, qui peut sembler légitime aujourd'hui, était particulièrement audacieuse à l'époque et témoigne de l'originalité de son engagement.

Le terme de «suffragette» est souvent associé à son nom, soulignant ainsi son avant-gardisme et son obstination. Cependant, ce qualificatif ne rend pas pleinement compte de la rigueur et de la cohérence de son engagement.

Un engagement né de la lecture de Victor Hugo

Hubertine Auclert est venue au féminisme par la lecture de Victor Hugo. Fervente républicaine, elle condamne un régime qui n’a pas su aller au bout de sa propre logique, un régime dans lequel le suffrage universel demeure un idéal à atteindre. Lorsque de maigres progrès égalitaires voient le jour, elle s'engage pour de nouveaux droits et devient la première à souhaiter que les femmes puissent concourir pour les emplois publics.

En 1882, elle se ré-approprie le terme de "Féminisme", jusqu'ici méprisé par les détracteurs de la cause, pour lui donner une valeur positive et désigner la lutte pour améliorer la condition féminine. Pendant longtemps, on attribuera par erreur la création de ce terme au socialiste français Charles Fourier.

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La langue comme outil de lutte

Hubertine Auclert est sensible aux mots. Tout au long de sa vie, elle revendique la nécessité de féminiser la langue afin de dénoncer l’exclusion des femmes de la sphère publique. Pour elle, «l’omission du féminin dans le dictionnaire contribue, plus qu’on ne croit, à l’omission du féminin dans le code. (…) L’émancipation par le langage ne doit pas être dédaignée. N’est-ce pas à force de prononcer certains mots qu’on finit par en accepter le sens qui, tout d’abord, heurtait ?»

Elle dénonce un usage dans lequel l’expression « Tout français » exclue les femmes quand il s’agit de voter, mais pas quand il s’agit de payer des impôts. C’est en jouant sur cette incohérence qu’elle demandera son inscription sur les listes électorales et refusera de payer ses impôts. En contrepartie, elle devient une ardente partisane de la féminisation des noms de métier et de fonction.

Stratégies de communication et actions militantes

Pour faire comprendre ses idées et assurer leur diffusion auprès du plus grand nombre, Hubertine Auclert s'est efforcée de les traduire en formules, en images et en actes. À une époque où le débat public a principalement lieu dans la presse, elle a su faire parler d’elle.

Elle réclame le droit de vote, condition de la liberté, et combat avec tous les moyens imaginables : une association, des pétitions, un journal, mais aussi une grève de l'impôt, des manifestations, des coups d'éclat médiatiques.Elle se présente sur les listes électorales et entame une grève de l’impôt. Si les femmes ne sont pas représentées légalement, alors elles ne sont pas imposables ! En 1908, elle décide de briser symboliquement une urne pendant les élections municipales de Paris. Puis, en avril 1910, elle se présente aux élections législatives aux côtés de Marguerite Durand. Leur candidature rejetée, Hubertine appelle à boycotter le recensement : « Si nous ne comptons pas, pourquoi nous compte-t-on ? ».

Parcours et engagements d'Hubertine Auclert

Née le 10 avril 1848 à Saint-Priest-en-Murat (Allier), Hubertine Auclert grandit dans une France rurale, catholique et patriarcale. Cinquième d’une fratrie de sept enfants, elle évolue entre un père républicain opposé au Second Empire et une mère qui se consacre aux filles-mères. Dès l’âge de neuf ans, Hubertine est placée dans un couvent de Montmarault. Elle suivra tout son cursus scolaire chez les religieuses. L’histoire raconte même qu’à ses 13 ans, notre protagoniste envisageait de s’engager chez les Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul. Elle n’y sera pas acceptée. Des années plus tard, après la mort de ses parents en 1864 et 1866, son frère la place dans un couvent à Montluçon. Couvent dont elle sera à nouveau écartée en 1869. Ces expériences font d’Hubertine une anticléricale affirmée.

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Elle s'enthousiasme pour la République naissante, prend au sérieux la promesse d'égalité et s'indigne qu'on refuse aux femmes l'égalité des droits. Elle arrive à Paris en 1873. L’avènement de la Troisième République explique ce nouvel engouement pour le militantisme féministe. Ces femmes veulent réviser le Code Napoléon qui rend la femme mineure à vie et soumise à son mari. Très vite notre militante adhère à l’Association pour les droits des femmes. Hubertine y travaille un temps comme bibliothécaire avant de s’opposer à Léon Richer, fondateur de l’association. Elle s’engage et exige que les femmes puissent se présenter aux élections, ce qui pourrait éviter un régime civil si inégal entre hommes et femmes. Cet activisme la pousse à écrire des articles dans plusieurs journaux et à fonder la société Le Droit des femmes en 1876 - qui deviendra Le Suffrage des femmes en 1883.

Dès 1877 déjà, Hubertine s’exprime directement envers les femmes : « Femmes de France, nous aussi nous avons des droits à revendiquer : il est temps de sortir de l'indifférence et de l'inertie pour réclamer contre les préjugés et les lois qui nous humilient. Unissons nos efforts, associons-nous ; l'exemple des prolétaires nous sollicite ; sachons nous émanciper comme eux ! ».

Hubertine Auclert, qui avait des conceptions politiques républicaines, fut remarquée par Victor Hugo qui la fit entrer au journal l'Avenir des femmes, dirigé par Maria Deraismes et Léon Richer. Cependant, sa vision plus radicale de l'émancipation des femmes - exprimée notamment dans ses essais : le Droit politique des femmes (1878) ; l'Égalité sociale et politique (1879) - ne put s'accommoder longtemps des opinions modérées défendue par ce journal. Mise à l'écart du mouvement féministe après son mariage avec Antonin Levier (1888), elle accompagna ce dernier en Algérie.

Entre 1888 et 1892, Hubertine quitte la France pour l’Algérie avec son futur mari Pierre Antonin Lévrier. Ce nouveau pays aux codes encore bien différents de la France sera un vrai terrain d’observation pour la militante. Ses écrits, qu’elle conserve précieusement, sont d’autant plus importants que très peu de féministes s’étaient intéressées à la colonisation, au racisme et à l’antisémitisme. Hubertine parle de « double patriarcat, français et arabe » et elle estime même que le colonialisme français a aggravé la situation des femmes en Algérie. De retour en France suite au décès de son mari, Hubertine continuera de s’engager en faveur des droits des femmes arabes.

De retour en France après la mort de son mari (1892), ses différends avec la rédaction du journal entraînèrent la fin de la publication de la Citoyenne (1892). Des raisons financières l'ayant amenée à arrêter la publication de la Citoyenne, Hubertine Auclert poursuit néanmoins son activisme de militante féministe. Elle fait partie, en 1900, des fondatrices du Conseil national des Françaises, une organisation ayant pour but de fédérer les groupes féministes en France. En 1908, les Françaises mariées obtiennent le contrôle de leurs propres salaires, mais cela n'est pas suffisant pour Hubertine Auclert qui recherche l'égalité complète.

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tags: #aubertine #auclert #résumé

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