Introduction
La contraction de la demande mondiale est un phénomène économique complexe aux multiples facettes. Depuis la crise financière de 2008, le monde a été témoin de périodes de ralentissement économique, de tensions commerciales et de perturbations des chaînes d'approvisionnement. Cet article se propose d'analyser en profondeur les causes et les conséquences de cette contraction, en explorant ses implications à court et à long terme pour les économies et les échanges mondiaux.
Causes de la Contraction de la Demande Mondiale
Chute de la Demande Globale
La cause première du repli du commerce mondial est la chute de la demande, amenée par « une nette diminution de la richesse provoquée par la récession », expliquent les économistes de l'OMC. Les entreprises et les ménages ont donc été conduits à réduire leurs achats, notamment de biens de consommation durables et de biens d'équipements. En conséquence, la demande de matières premières utilisées pour ce type de produits finis a, elle aussi, diminué. Les exportations de fer et d'acier ont par exemple enregistré une baisse de 40 % sur les trois premiers trimestres de 2009.
La contraction de la demande a été amplifiée par plusieurs caractéristiques de l'économie mondialisée, à savoir le développement de chaînes d'approvisionnement mondiales et des technologies de l'information. « Cela favorise généralement la prospérité en encourageant l'utilisation la plus efficace de ressources limitées, mais dans un contexte d'effondrement des échanges, la propagation de la récession en a été peut-être accélérée », concluent les économistes de l'OMC.
Facteurs Déclencheurs de la Contraction Économique
Plusieurs facteurs peuvent déclencher une contraction économique, notamment :
- Taux d'intérêt élevés : Les banques centrales augmentent souvent les taux d'intérêt pour contrôler l'inflation. Cela peut entraîner une diminution des dépenses de consommation et des investissements des entreprises.
- Affaiblissement de la confiance des consommateurs : Lorsque les consommateurs craignent le chômage ou l'instabilité économique, ils réduisent généralement leurs dépenses.
- Politiques gouvernementales : Des politiques fiscales ou monétaires peu judicieuses peuvent indirectement entraîner une contraction de l'économie.
Mécanismes de la Contraction Économique
La transmission de ces causes en une contraction économique réelle est un processus complexe. Les principaux moteurs de la contraction économique sont les mécanismes du côté de la demande et du côté de l'offre.
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- Côté de la demande : Une augmentation des taux d'intérêt peut rendre les prêts plus chers, décourageant les entreprises d'investir et réduisant la demande globale. De même, une baisse de la confiance des consommateurs entraîne une diminution des dépenses et une augmentation de l'épargne.
- Côté de l'offre : La contraction peut résulter de facteurs qui rendent la production moins rentable, tels que des taxes ou des réglementations élevées, ou un ralentissement mondial entraînant une diminution de la demande étrangère.
Ces changements dans la demande et l'offre peuvent être représentés mathématiquement à l'aide du modèle de la demande globale (AD) et de l'offre globale (AS). Une diminution de l'AD et de l'AS entraîne une baisse des niveaux de production, symbolisant une contraction de l'économie.
Tensions Géopolitiques et Protectionnisme
Au cours des dernières années, les tensions géopolitiques ont joué un rôle majeur dans la remise en question du processus de mondialisation. Un des exemples les plus marquants est la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, initiée en 2018 par l’administration Trump. Ce conflit a été déclenché par une série de mesures protectionnistes américaines visant à réduire le déficit commercial avec la Chine et à contrer ce que les États-Unis considéraient comme des pratiques commerciales déloyales. Les droits de douane américains sur environ 360 milliards de dollars d’importations chinoises ont entraîné des représailles de la part de la Chine, notamment par des taxes sur des produits américains, tels que le soja, l’automobile et le vin.
Pandémie de Covid-19 et Perturbations des Chaînes d'Approvisionnement
La pandémie de Covid-19 a révélé les fragilités des chaînes d’approvisionnement mondiales, finissant par le même coup d’ancrer la volonté des États de se replier sur eux-mêmes. En effet, les restrictions liées aux confinements ont provoqué des perturbations massives dans la production et le transport de biens essentiels, comme les équipements médicaux (masques et Doliprane, par exemple) et électroniques (microprocesseurs notamment). Ces perturbations ont incité les États et les entreprises à relocaliser certaines productions pour garantir la sécurité des approvisionnements et réduire leur dépendance vis-à-vis de partenaires étrangers.
Conflit en Ukraine et Crise Énergétique
Le conflit en Ukraine a exacerbé les problèmes déjà présents sur le marché mondial de l’énergie, en particulier en Europe, qui dépendait fortement des approvisionnements en gaz russe. Face à cette crise, les pays européens ont réagi en cherchant à diversifier leurs sources d’énergie et à accélérer la transition vers des énergies renouvelables.
Défis de la Coopération Internationale
L’un des grands paradoxes de la mondialisation est que, malgré l’intensification des échanges économiques et des interdépendances, les nations peinent à s’accorder sur des règles communes. Cet échec est particulièrement visible dans le Cycle de Doha, lancé en 2001 dans le cadre de l’OMC. Ce cycle de négociations, qui visait à libéraliser davantage les échanges commerciaux tout en intégrant des préoccupations de développement, n’a jamais abouti à un accord final.
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Le dumping, dans ses différentes formes, est un autre facteur qui complexifie grandement la coopération internationale. À ce titre, le dumping environnemental en est un exemple frappant. Il s’agit d’une pratique où des pays adoptent des normes environnementales plus laxistes pour attirer des entreprises, ou stimuler leur économie au détriment des engagements globaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Cette situation reflète le problème du passager clandestin, théorisé par Mancur Olson. Certains pays bénéficient des efforts de réduction des émissions d’autres nations, tout en ne prenant pas eux-mêmes de mesures suffisantes.
Inégalités Croissantes
Bien que la mondialisation ait permis une croissance économique spectaculaire et l’émergence de nouvelles puissances économiques, elle a aussi creusé les inégalités au sein des pays, en laissant de nombreux individus sur le bord de la route. Dans leur ouvrage Morts de désespoir : l’avenir du capitalisme, les économistes Anne Case et Angus Deaton soulignent comment les populations ouvrières, particulièrement aux États-Unis, ont été durement affectées par la mondialisation. Ils décrivent un phénomène de « morts de désespoir » parmi les classes ouvrières, notamment dû à la désindustrialisation, à l’effritement des filets de sécurité sociale et à la baisse des opportunités économiques.
L’économiste Branko Milanović, dans ses travaux sur les inégalités mondiales, illustre cette réalité avec ce qu’il appelle « la courbe de l’éléphant ». Si les classes moyennes des pays émergents (notamment en Asie) ont bénéficié de manière significative de la mondialisation, ce n’est pas le cas des classes moyennes inférieures des pays développés, dont les revenus ont stagné ou même régressé.
Conséquences de la Contraction de la Demande Mondiale
Impacts à Court Terme
- Taux de chômage élevés : L'une des premières conséquences de la contraction économique est l'augmentation des taux de chômage. Lorsque les entreprises sont confrontées à une baisse de la demande, elles réagissent en réduisant leur production, ce qui entraîne des pertes d'emploi.
- Inflation ou déflation : Les changements de prix sont un autre impact immédiat de la contraction économique. Si la baisse de la demande globale est plus forte que la réduction de l'offre globale, elle peut conduire à la déflation. À l'inverse, si l'offre globale diminue plus rapidement que la demande globale, les prix peuvent augmenter, conduisant à l'inflation.
- Diminution du PIB réel : Lors d'une contraction économique, le ralentissement général de l'activité économique est appréhendé par la diminution du produit intérieur brut (PIB) réel.
- Déficits budgétaires : En période de contraction économique, les recettes publiques diminuent souvent, tandis que les dépenses gouvernementales peuvent augmenter pour soutenir les personnes touchées par la contraction, conduisant à des déficits budgétaires.
Impacts à Long Terme
- Chômage structurel : Si les contractions persistent, elles peuvent entraîner un chômage structurel où les travailleurs n'ont pas les compétences nécessaires pour les nouvelles opportunités d'emploi.
- Dette publique : Pour financer les déficits budgétaires, les gouvernements peuvent emprunter, ce qui entraîne une augmentation de la dette publique.
- Baisse du niveau de vie : Une contraction prolongée entraîne souvent une baisse du niveau de vie en raison de taux de chômage élevés et de l'inflation ou de la déflation.
- Stagnation économique : La répercussion à long terme la plus grave d'une contraction économique peut être la stagnation économique, lorsqu'une économie connaît une croissance faible ou nulle pendant une période significative.
Remise en Cause de la Spécialisation Internationale
La mondialisation a permis aux pays de se spécialiser dans les secteurs où ils disposent des meilleures dotations factorielles. Avec la démondialisation, cette spécialisation est remise en cause, car les économies cherchent à relocaliser leurs industries stratégiques pour réduire leur dépendance vis-à-vis de l’étranger.
Lionel Fontagné, dans son article « La feuille de paie et le caddie », souligne que la démondialisation contribue à une hausse des coûts de production qui se répercute directement sur les prix à la consommation. En relocalisant certaines industries, les pays renoncent aux économies d’échelle offertes par les chaînes d’approvisionnement mondialisées. Cette augmentation des coûts de production alimente l’inflation, en particulier pour les produits de consommation courante. L’inflation qui en résulte affecte d’autant plus les ménages que leurs salaires ne suivent pas toujours cette augmentation des prix.
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Impacts sur les Transferts de Technologies
Sur le long terme, la démondialisation pourrait avoir des répercussions majeures sur les transferts de technologies, en particulier vers les pays en développement. Avec la démondialisation, ces transferts se réduisent. Les pays développés relocalisent leurs industries stratégiques, ce qui prive les pays en développement d’un accès direct aux technologies de pointe. Ce phénomène est illustré par la parabole des oies sauvages de l’économiste Kaname Akamatsu.
Vers une Reconfiguration des Échanges Mondiaux
Bien que certains indicateurs montrent une contraction des échanges commerciaux mondiaux, il serait exagéré de conclure que nous assistons à une véritable démondialisation. Sarah Guillou, dans La Souveraineté économique à l’épreuve de la mondialisation, met en lumière un regain de souveraineté nationale dans le contexte actuel de la mondialisation. Cela ne signifie pas la fin des échanges internationaux, mais plutôt une reconfiguration des flux commerciaux autour de la notion d’autonomie stratégique ouverte. Ce concept consiste à renforcer la capacité d’un pays à garantir son indépendance dans des secteurs critiques (énergie, technologie, alimentation) pour éviter les pénuries vécues lors de la Covid-19, tout en restant intégré à l’économie mondiale.
Un aspect central de cette réorganisation est le concept de friend-shoring, introduit par Janet Yellen, l’actuelle Secrétaire du Trésor des États-Unis, qui désigne le fait de relocaliser les chaînes d’approvisionnement dans des pays alliés ou des partenaires de confiance. Cela permet aux États de sécuriser des chaînes de valeur critiques, tout en continuant à coopérer au sein de blocs régionaux ou politiques partagés.
Loin d’être une rupture brutale avec la mondialisation, s’apparente plutôt à une lente métamorphose des échanges mondiaux. Nous assistons à un monde où la souveraineté nationale reprend ses droits, mais sans renoncer totalement aux bienfaits du commerce global.
Théories Économiques et Crises Financières
Théorie de Minsky et Instabilité Financière
Minsky s’y est inspiré, d’une part de la théorie de l’investissement et du cycle économique, présentée dans le chapitre 12 de la Théorie générale de Keynes, et d’autre part de la théorie des actifs financiers et des immobilisations du chapitre 17. Dans la mesure où elles sont prises dans des conditions fondamentalement incertaines, les décisions d’investissement sont sources de cycles économiques et d’instabilité. Des vagues successives d’optimisme et de pessimisme affectent la quantité globale de l’investissement, qui va déterminer à son tour le niveau global de la production et de l’emploi, à travers l’effet multiplicateur.
Selon Minsky, l’instabilité des marchés financiers est inhérente au comportement des acteurs financiers et des entreprises. Le principal mécanisme qui pousse l’économie capitaliste vers l’instabilité financière et vers les cycles économiques est l’accumulation de la dette par les entreprises.
Paradoxes de l'Économie en Crise
- Paradoxe de l’épargne : les agents vont lors d'une crise être davantage incités à épargner.
- Paradoxe du labeur : il survient avec un choc d’offre positif, au lieu de se traduire par une élévation de l’output, ce paradoxe va au contraire entraîner une chute des prix et par conséquent une contraction de l’activité selon le mécanisme de la déflation par la dette.
- Paradoxe de la flexibilité : lorsque l’économie connaît un processus de désendettement, une flexibilité accrue des prix et salaires ne facilite pas la reprise de l’activité économique, mais décuple au contraire les effets récessifs.
Crise de 1929 : Un Cas d'École
La crise de 1929 est unanimement considérée aujourd'hui comme la première crise systémique de l’histoire du capitalisme. Sa composante financière est incontestable. Pour autant, la crise présente des déterminants endogènes longs qui sont à rechercher au début de la décennie 1920.
Facteurs Déclencheurs de la Crise de 1929
- Les conséquences économiques de la paix (Traité de Versailles) et les réparations imposées à l'Allemagne.
- L'impossible retour à l’étalon-or d'avant-guerre.
- Les effets déstabilisants de la croissance économique intensive américaine.
Déroulement de la Crise de 1929
La crise se révèle par le krach boursier du jeudi 24 octobre 1929 (Black Thursday) qui dépasse rapidement, par son ampleur financière et géographique, tous les phénomènes du même type qui s'étaient produits plus tôt dans l’histoire des pays industrialisés.
À partir du début de l’année 1929, l'indice du cours des actions au New York Stock Exchange (NYSE) augmente de manière considérable et nettement plus que proportionnelle à la hausse des profits sur la même période. Une spéculation facilitée par la pratique de l'achat à la marge (call loan). Toutes les crises financières commencent par des excès de crédits qui alimentent la formation d'une bulle spéculative.
Conséquences de la Crise de 1929
Si, sur le plan financier, la crise est essentiellement américaine, sur le plan de l'activité économique, la dépression des années 1930 affecte de nombreux pays dans le monde : l'indice de production mondial de 1932 est 35 % plus faible que celui de 1929.
D'autre part, une amplification de la spirale déflationniste par le canal de la contraction du commerce international qui se combine avec le mécanisme de la déflation par la dette.
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