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Conservatisme et Avortement : Analyse d'un débat polarisé

Introduction

La question de l'avortement est au cœur de vifs débats, traversant les clivages politiques et idéologiques. L'annulation de l'arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême des États-Unis a ravivé les tensions et mis en lumière les profondes divergences entre les conservateurs et les progressistes sur cette question. Cet article se propose d'analyser les enjeux du conservatisme face à l'avortement, en explorant les arguments des différents camps et en examinant les implications de cette polarisation sur les sociétés.

Qu'est-ce que le conservatisme? Qu'est-ce que la réaction?

Au quotidien, nous avons, semblerait-il, une propension à confondre et rendre ces deux termes interchangeables. À première vue, le conservateur, comme le réactionnaire, sont des individus classés à droite, qui entendent préserver un certain ordre moral auquel ils sont attachés, quitte à chercher à y revenir si celui-ci se trouve mis à mal. Historiquement, l’apparition des deux courants se confond d’ailleurs : l’un comme l’autre n’existent que par opposition à la Révolution française. Les conservateurs sont alors ceux qui regardent d’un œil critique le renversement opéré par les révolutionnaires de 1789, qui ont détruit manu militari la société d’Ancien Régime, aboli les privilèges, proclamé les droits de l’homme et mis un terme à la monarchie. Louis de Bonald, Joseph de Maistre dans un premier temps, Charles Maurras plus tard… les premiers conservateurs et leurs successeurs sont, en France, des adversaires acharnés du nouveau système en place. Attachés à la monarchie absolue et aux caractéristiques de l’Ancien Régime, ennemis des Lumières, ils souhaitent revenir à l’ordre ancien.

La décision de la Cour suprême américaine : conservatisme ou réaction ?

La décision de la Cour suprême américaine de revenir sur le droit à l’avortement relève-t-elle d’une attitude conservatrice ou d’une posture réactionnaire ? On a beaucoup entendu parler, à la suite des décisions successives de la Cour suprême américaine entérinant le droit à porter une arme et, surtout, complexifiant sérieusement celui à avorter, d’un tour de vis conservateur. Les conservateurs jubileraient devant ces choix de société, portés par des juges nommés par Donald Trump et eux-mêmes qualifiés d’ultra-conservateurs. Mais ce qualificatif est-il le bon ? Ne serait-il pas plus juste d’utiliser un autre vocable - celui de réactionnaire - pour désigner ces formes de retour en arrière ?

Le conservatisme et l'avortement : un aperçu global

Le conservatisme, en général, prône la préservation des valeurs traditionnelles, de la famille et de l'ordre moral. Dans cette optique, l'avortement est souvent perçu comme une atteinte à la vie et aux fondements de la société. Les arguments des conservateurs contre l'avortement s'articulent autour de plusieurs axes :

  • La sacralité de la vie : Selon cette perspective, la vie humaine commence dès la conception, et l'avortement est considéré comme un acte mettant fin à une vie innocente.
  • La protection de l'enfant à naître : Les conservateurs estiment que l'enfant à naître a droit à la protection de la loi et que la société a le devoir de défendre les plus vulnérables.
  • La promotion de la famille traditionnelle : L'avortement est parfois perçu comme une menace pour la famille traditionnelle, car il remet en question le rôle de la femme en tant que mère et l'importance du mariage.

La situation aux États-Unis : un tournant historique

L'annulation de l'arrêt Roe v. Wade par la Cour suprême américaine en juin a marqué un tournant historique dans la lutte pour le droit à l'avortement aux États-Unis. Cette décision a mis fin à près de 50 ans de protection fédérale de l'avortement et a laissé chaque État libre de légiférer sur cette question.

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Les conséquences de la décision

La décision de la Cour suprême a eu des conséquences immédiates et considérables. Plusieurs États ont rapidement interdit ou sévèrement restreint l'accès à l'avortement, tandis que d'autres ont réaffirmé leur engagement à protéger ce droit. Cette situation a créé une fracture géographique et sociale, avec des femmes vivant dans des États conservateurs contraintes de se déplacer pour avorter.

Les réactions politiques et sociales

La décision de la Cour suprême a suscité de vives réactions politiques et sociales. Les défenseurs du droit à l'avortement ont dénoncé une atteinte aux libertés fondamentales des femmes et ont appelé à la mobilisation pour défendre ce droit. Les opposants à l'avortement ont salué une victoire historique et ont promis de continuer à lutter pour l'interdiction totale de l'avortement.

La mobilisation en faveur du droit à l'avortement

Face à cette situation, la mobilisation en faveur du droit à l'avortement s'intensifie. Des manifestations sont organisées dans tout le pays, des organisations de défense des droits des femmes se mobilisent et des initiatives législatives sont lancées pour protéger l'accès à l'avortement. La France est devenue, la semaine dernière, le premier pays au monde à inscrire "la liberté garantie de la femme à recourir au droit à l'interruption volontaire de grossesse" dans sa Constitution. Cette initiative a été lancée par les parlementaires après l'abrogation, le 24 juin 2022, de l'arrêt Roe v. Wade qui protégeait l'accès à l'avortement aux États-Unis.

Des États résistants, protégeant les libertés

Face à ces mesures, la mobilisation se met en place. Après des manifestations organisées dans différentes villes du pays, le président Joe Biden (depuis 2021) s’est engagé à protéger les informations de santé susceptibles d’être utilisées à l’encontre de femmes ayant eu recours à l’IVG. Il a également annoncé que son gouvernement veillerait à défendre les cliniques mobiles réalisant des avortements dans les États voisins de ceux ayant interdit cette pratique, tout en œuvrant à la constitution d’un réseau d’avocats destiné à apporter un soutien juridique aux femmes qui en auront besoin.

La résistance s’organise aussi au niveau des États, en particulier en Californie, « sanctuaire » autoproclamé du droit à l’avortement. Le gouverneur démocrate Gavin Newsom (depuis 2019) a promulgué une loi protégeant les femmes ayant avorté dans cet État de poursuites intentées par leur État de résidence. Il entend également créer un fonds de solidarité destiné à financer le droit à l’IVG de l’ensemble des Américaines. D’autre part, il s’est engagé à durcir la législation relative au port d’arme.

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Le rôle des médias conservateurs

Les médias conservateurs jouent un rôle important dans le débat sur l'avortement. Ils contribuent à diffuser les arguments des opposants à l'avortement, à mobiliser leur public et à influencer l'opinion publique. Paradoxalement, depuis l’émergence du conservatisme dans les médias accessibles au grand public (talkshows radiophoniques, chaîne câblée Fox News), les questions relatives à la justice reproductive n’ont longtemps occupé qu’une place relativement marginale dans le discours des animateurs et animatrices, pourtant très largement hostiles à l’avortement.

Toutefois, la faible importance de l’avortement dans le discours des commentateurs de droite n’est en rien significative de l’intensité d’un style qui se définit avant tout par l’esthétique de « l’indignation tapageuse » (outrage) (Berry J.M. et S. Sobieraj, 2014) typique de médias qui, au-delà de leur parti pris conservateur, sont « le plus facilement identifiables par [une] rhétorique […] dont la marque de fabrique est le fiel, la diffamation de l’adversaire, et la réinterprétation hyperbolique des événements de l’actualité » (Ibid., p. 5). Ainsi, les acteurs de l’establishment médiatique conservateur poussent à leur extrême des logiques de cadrage qui activent l’affectivité des publics pour réduire ces débats à un antagonisme identitaire et moral entre progressistes et conservateurs.

Figure de proue de la Deuxième génération de talkshows radiophoniques conservateurs qui émerge à l’été 1988, Rush Limbaugh n’est pas un conservateur moral à proprement parler : il fait peu état de sa foi, ne fréquente pas les églises et, à partir des années 1990, ne consacre que peu de temps aux questions de moralité (Mort S., 2012 : 492). Pour autant, au cours des deux premières années qui suivent le lancement du Rush Limbaugh Show au niveau national, la question de l’avortement est régulièrement évoquée à l’antenne.

Limbaugh active plus nettement encore les ressorts du tapage lorsqu’il affirme que l’intention cachée des féministes est d’imposer l’avortement aux femmes, ce qu’il nomme « the abortion agenda ». « L’avortement, tempête-t-il, est le carburant qui fait avancer leur ordre du jour politique. C’est le sacrement de leur religion féministe. C’est comme ça que se définissent les feminazis et leur ordre du jour : des féministes radicales dont l’objectif est de veiller à ce qu’il y ait autant d’avortements que possible. C’est le mécanisme premier dans l’affirmation de leur pouvoir » (Limbaugh R., 1992 : 55). Cette position fait écho à un contexte sociétal fortement marqué par les culture wars au tournant des années 1990 qui ravivent les antagonismes autour de l’avortement, plus précisément à l’automne 1989, lorsque dans l’arrêt Webster v. Reproductive Health Services la Cour Suprême dispose que les États ont titre à restreindre l’accès à la procédure.

En recourant à la mise en scène, la stratégie des opposants à l’avortement revêt une forte dimension visuelle et théâtrale. Ainsi, dans le comté de Ventura en Californie, les activistes d’Operation Rescue ont aménagé un « cimetière des avortés », où ils viennent se recueillir depuis 1984 à l’occasion de Memorial Day et du Jour des Morts ; en 1989, l’une d’entre eux se met en quête d’un fœtus avorté pour l’enterrer au cours de funérailles publiques. La stratégie déployée par Limbaugh fait écho à cette théâtralité. À ses débuts, il élabore une mise en scène radiophonique qu’il nomme « l’avortement d’appelant » (caller abortion) (Ibid., p. 62) : lorsqu’il se trouve en désaccord avec une personne intervenant à l’antenne, il met un terme à la conversation par un son d’aspirateur doublé d’un hurlement poussé par une femme, avant de déclarer solennellement que l’appelant a été « avorté ». Si vous ne pensiez pas dans votre for intérieur que l’avortement est un acte sauvage et violent, cet acte ne vous aurait pas gêné autant. Je vous ai emmenés dans une usine à avorter, et certains d’entre vous n’ont pas pu le supporter. Vous ne pouvez pas le supporter alors que ce n’était qu’une mise en scène. Pourtant, vous n’êtes pas gênés par l’avortement quand ça arrive pour de vrai.

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Réémergence de la question pendant la présidence de George W. Bush

Après une décennie où l’importance de l’avortement dans le discours des figures médiatiques conservatrices semble marginale, la question ressurgit au début des années 2000 avec la présidence de George W. Bush, moment où le secteur de la radio conservatrice devient plus concurrentiel - Limbaugh voit son monopole remis en cause par le lancement des émissions de Laura Ingraham et Sean Hannity en 2001 - et doit rivaliser avec la chaîne câblée Fox. Cette concurrence accrue entre les relais de la parole conservatrice contraint les figures de l’establishment médiatique conservateur à surenchérir discursivement les uns sur les autres.

À la radio, animateurs et animatrices s’accordent sur l’illégitimité de la Cour suprême à intervenir dans le débat. « Je trouve absolument révoltante l’affirmation selon laquelle l’avortement serait un choix, affirme Hannity, et que, d’une manière ou d’une autre, notre magnifique Constitution confère ce droit à une mère » (Hannity S., 2002 :174). Pour l’animateur du deuxième talkshow radiophonique le plus écouté après celui de Limbaugh, l’idée que le droit à la vie privée (privacy) comprend également la possibilité de poursuivre ou non une grossesse n’est rien d’autre qu’une « fiction créée par les juges pour mettre la Constitution sens dessus dessous […] » (Ibid., p. 173). Dans le même ordre d’idée, Ingraham voit dans l’arrêt Roe v.

Autre élément commun du discours, Planned Parenthood, organisme de planification familiale et santé publique, est continuellement la cible de l’acharnement de l’establishment médiatique conservateur. En avril 2010, une activiste anti-avortement et webmestre de liveaction.org se fait passer pour une adolescente de 14 ans enceinte, piège une infirmière d’une clinique du Wisconsin et publie des images de leur échange prises en caméra cachée (Live Action, 2010). Est-ce qu’ils touchent une commission sur chaque avortement ? Est-ce que c’est comme quand vous travaillez chez Gap et que vous vendez un treillis en plus, on vous donne une commission supplémentaire ? Est-ce qu’elle a touché une commission supplémentaire pour ça ? Elle ne fait que vendre, vendre, vendre ! […] Est-ce qu’ils vont mettre l’affiche comme chez McDonald’s, « Plus d’un milliard de servis » ?

L’objectif de Planned Parenthood ne serait donc pas de venir en aide à l’adolescente en détresse mais de vendre un produit à tout prix.

Enfin, le discours se focalise en grande partie également sur la procédure de dilatation et évacuation, à laquelle peuvent recourir les femmes après le premier trimestre de grossesse, le plus souvent du fait de complications médicales graves ou en cas de fausse couche. La procédure s’impose à l’ordre du jour des médias conservateurs en 2003 à l’occasion des débats au Congrès sur un projet de loi visant à l’interdire. À la faveur d’un processus de recatégorisation sémantique, animateurs et animatrices la désignent par le terme « d’avortement par naissance partielle » (partial birth abortion) et la décrivent à l’antenne dans les moindres détails. « [La procédure] intervient au cours du deuxième ou du troisième trimestre, explique Major Garrett dans Special Report with Brit Hume sur Fox. Un médecin retire le fœtus de l’utérus par les pieds, perfore la base du crâne et insère un tube dans l’utérus. Le cerveau est alors aspiré et le crâne s’effondre » (Jamieson K.H. et J.N. Cappella, 2008 : 181). De conserve avec les figures de la radio conservatrice - principalement Ingraham, qui dénonce une méthode « au-delà de la barbarie » -, Fox parvient à réduire l’avortement à cette procédure, cela même alors qu’elle représente moins d’1 % de tous les avortements pratiqués aux États-Unis.

Pendant la présidence de Donald Trump, qui fait de la nomination à la Cour suprême de juges opposés à l’avortement une promesse de campagne phare, Fox pousse plus loin encore la logique de l’indignation tapageuse. Lors du passage du Reproductive Health Act début janvier 2019 (loi de l’État de New York qui autorise l’avortement après 24 semaines lorsque le fœtus n’est pas viable ou qu’il y a un risque pour la mère) et des débats sur un projet de loi visant à assouplir les conditions pour accéder à l’avortement au cours du troisième trimestre en Virginie, les talkshows politiques du soir œuvrent activement à faire accréditer la thèse que des médecins pratiqueraient des « procédures d’avortement extrêmes » telles que « l’avortement post-naissance » (post-birth abortion) ou l’avortement au « quatrième trimestre ». La loi promulguée par le gouverneur de New York Mario Cuomo autoriserait l’avortement « jusqu’au moment de la naissance », affirme Ingraham dans The Ingraham Angle. « L’État de New York a légalisé les avortements tardifs, jusqu’à neuf mois. On parlera alors d’infanticide », déclare quant à lui l’animateur éponyme de Hannity (North A., 2019). Kann S. et J.

Surtout, tout comme lors du débat sur l’avortement dit « par naissance partiel », Fox joue une fonction de mise à l’agenda intermédiale par laquelle les contenus erronés migrent vers MSNBC et CNN, qui, lorsqu’elles évoquent l’avortement à leur tour, ne font que réagir aux controverses lancées par la chaîne conservatrice : c’est donc cette dernière qui définit les termes et les contenus du débat pour l’ensemble de l’information câblée.

Marginale au cours des années 1990, la place de l’avortement dans le discours des commentateurs conservateurs grand public devient plus importante à partir des années 2000 lorsque se durcit la concurrence au sein de l’écosystème des médias de droite et que les logiques commerciales amènent certaines émissions, comme le Laura Ingraham Show, à définir leur identité en se positionnant comme relais des controverses morales et culturelles. Par la convergence idéologique qui existe entre ces médias et le Parti républicain, la place qu’accordent les premiers à la question semble être fonction également de son importance dans la stratégie électorale du parti. Ainsi, bien que George W. Bush soit opposé à l’avortement, il a aussi conscience de la diversité de l’électorat républicain et de la nécessité d’élargir la base de ses soutiens potentiels, dont tous ne sont pas farouchement anti-avortement ; du reste, pendant sa présidence, l’électorat républicain ne se confond pas entièrement avec les publics des médias conservateurs. Ces deux situations s’inversent au moment où Trump fait son entrée sur la scène politique : l’avortement s’impose alors comme élément central de sa stratégie électorale et l’électorat républicain coïncide quasi-intégralement avec les publics de Fox et de la radio conservatrice. La relation intégrée qui se noue alors entre Fox et la Maison-Blanche permet à Trump d’imposer certaines thématiques à l’ordre du jour de la chaîne, qui a la capacité par ailleurs de faire légitimer ses positions par le président. En témoigne la façon dont ce dernier accrédite l’existence de « l’avortement post-naissance » dans son Discours sur l’état de l’Union de février 2019.

Les mouvements anti-genre et leur financement

« Les organisations antigenres sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus riches, et c’est principalement le résultat de l’argent européen. » C’est un des principaux constats faits par Neil Datta, directeur exécutif du Forum parlementaire européen sur la population et le développement (EPF), un réseau de parlementaires engagé·es dans la protection des droits sexuels et reproductifs dans le monde. Spécialiste des mouvements antigenres (dit aussi antidroits), il est l’une des rares personnes à documenter leurs financements en détail.

France : un consensus en faveur du droit à l'avortement

En France, le débat sur la constitutionnalisation de l’IVG a le mérite de mettre en exergue le « gap » culturel entre les deux nations : la société française est aujourd'hui tellement plus sécularisée que les discours « pro-Life » n’impriment pas au-delà des milieux religieux catholiques, évangéliques et musulmans. Contrairement aux États-Unis où les positions des partisans et opposants à l’IVG sont plus ou moins figées depuis 50 ans, l’opinion publique française est, elle, massivement attachée à l’avortement aussi bien dans son principe que dans le détail de ses conditions d’application. Ce consensus autour d’un des principaux droits sexuels et reproductifs des femmes explique le soutien massif à la démarche actuelle de constitutionalisation qui rencontre d’ailleurs peu de freins dans les électorats conservateurs : seul le zémmourisme, expression de la fraction la plus traditionaliste et réactionnaire de la droite radicale, émet une certaine résistance.

L'évolution de l'opinion publique française

Dans un contexte marqué par les démarches visant à « graver dans le marbre » ce droit acquis il y a près de cinquante ans, l’Ifop a reposé une question soumise aux Français quelques mois avant le vote de la loi Veil par l'Assemblée nationale. Et la comparaison des résultats permet de mesurer à quel point les positions des Français ont évolué sur le sujet : plus des trois quarts des Français (77%) sont aujourd'hui favorables à un accès sans restriction à l’avortement alors que cette position n’était pas encore majoritaire dans l’opinion au moment du débat sur la loi Veil (48% en septembre 1974). Dans ce contexte de montée de la tolérance et de la liberté de choix, la société française est donc aujourd'hui nettement plus attachée à une législation « libérale » de l’avortement que la société américaine. En effet, la position « libérale » en la matière est aujourd’hui partagée par près de huit Français sur dix (81% des Français soutiennent le droit d’avorter librement) contre à peine la moitié des Américains (50%).

Un consensus politique

Au regard de cette tolérance croissante des Français sur les questions de mœurs et de vie privée, il se dégage dans l’hexagone un très net consensus autour du projet - porté par des députés macronistes et NUPES - de constitutionnaliser le droit à l’avortement. En effet, 86% des Français sont favorables à l’inscription de l’accès à l’IVG dans la Constitution française, soit une proportion largement supérieure au nombre d’Américains qui, eux, désapprouvent la décision de la Cour suprême de révoquer le droit constitutionnel d’avorter (61%). En France, le quasi-consensus observé autour de la démarche constitutionnelle soutenue par toutes les forces progressistes au parlement est d’autant plus fort qu’il est encore plus élevé aujourd'hui (86%) qu’au mois de juin (81% - source Ifop-Fondation Jean Jaurès). Et politiquement, tous les électeurs représentés à l’Assemblée nationale soutiennent massivement cette idée, que ce soient des sympathisants de la gauche (85% des sympathisants LFI, 99% des sympathisants EELV, 91% des sympathisants socialistes) et du centre (90%), mais aussi ceux situés plus à la droite de l’échiquier politique (82% des sympathisants LR, 86% des sympathisants RN).

Les différences culturelles entre la France et les États-Unis

Le fossé qui sépare les deux rives de l’Atlantique sur l’avortement tient à des visions globalement très différentes sur les questions de genre et de féminisme. En effet, la mise en perspective historique de leurs positions sur ces sujets depuis une vingtaine d’années montre une certaine inflexion sur des enjeux comme les relations sexuelles en dehors du mariage (-14 points depuis 2001), les aventures extraconjugales (-9 points depuis 2001), la pornographie (-10 points depuis 2011) ou les relations entre personnes du même sexe (-18 points depuis 2001). En effet, 13% seulement des Français se considèrent « conservateurs » aujourd'hui, contre 30% des Américains.

Les visions du genre et du féminisme

Le fossé qui sépare les deux rives de l’Atlantique sur l’avortement tient à des visions très différentes des questions de genre et de féminisme. Ainsi, la proportion de personnes qui condamnent moralement l’avortement est trois fois plus élevée aux Etats-Unis (45%) qu’en France (15%). Il faut dire que le féminisme bénéficie d’un soutien plus élevé dans la société française que dans une société américaine beaucoup plus polarisée sur ce sujet.

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