Introduction
La question de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est au cœur de vifs débats, oscillant entre avancées significatives et reculs préoccupants à travers le monde. Alors que certains pays renforcent ce droit fondamental, d'autres le fragilisent, voire l'interdisent, soulevant des inquiétudes quant à la santé et à l'autonomie des femmes. Cet article explore les conséquences de ces reculs, les risques encourus et les enjeux cruciaux qui se dessinent.
Le Revirement aux États-Unis: Un Signal d'Alarme
Le 24 juin, la Cour Suprême des États-Unis a annulé l'arrêt Roe v. Wade, une décision historique qui garantissait le droit à l'IVG depuis 1973. Cette révocation a laissé les États fédéraux libres de légiférer sur la question, ouvrant la voie à des interdictions ou des restrictions sévères dans de nombreux États. Huit États américains ont déjà aboli le droit à l'IVG (Missouri, Dakota du Sud, l'Oklahoma, l'Arkansas, le Kentucky, l'Alabama, la Louisiane et le Wisconsin).
Cette décision a provoqué une onde de choc à travers le monde, suscitant l'indignation et la crainte de voir d'autres pays emboîter le pas. Elle a également mis en lumière la fragilité de ce droit, même dans les démocraties établies.
Les Risques de la Clandestinité
L'interdiction de l'IVG n'empêche pas les femmes d'avorter, mais les pousse à le faire dans la clandestinité, dans des conditions dangereuses pour leur santé et leur vie. Comme le soulignent les rapports de l'OMS et de l'ONU, les avortements clandestins sont responsables d'environ 40 000 décès par an et de graves séquelles physiques chez des milliers de femmes et de filles.
En interdisant l’IVG sécurisé et encadré, on met en danger de mort des milliers de femmes. La santé des femmes est mise en danger ; l’histoire a montré que l’interdiction du droit à l’avortement ne met jamais fin à cette pratique, mais la confine à la clandestinité. L’IVG n’en demeurant pas moins pratiquée, les distances de déplacement vont se multiplier, contraignant les Américaines à se rendre dans un Etat ou un pays voisin pour avorter.
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Les femmes les plus vulnérables, notamment celles issues de minorités et les femmes précaires, sont les premières victimes de ces restrictions. Elles sont confrontées à des obstacles financiers, géographiques et sociaux qui limitent leur accès à des soins sûrs et légaux.
L'Érosion du Droit à l'IVG en Europe et Ailleurs
Si des avancées positives ont été observées en Europe et en Amérique latine, avec la légalisation de l'IVG en Irlande et en Argentine, ainsi que sa dépénalisation en Colombie et au Chili, le droit à l'avortement reste fragile et menacé dans de nombreux pays.
En Hongrie, les femmes souhaitant avorter doivent désormais écouter les battements de cœur du fœtus, une mesure considérée comme une forme de pression psychologique. L'Italie pourrait être le prochain pays à limiter ou interdire ce droit fondamental.
Ces évolutions juridiques doivent alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l’avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200%. Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes, sur les réseaux sociaux, à travers des sites dédiés et des “lignes d’écoute” qui font concurrence à une information claire et objective.
L'IVG en France: Un Droit Constamment Remis en Question
En France, bien que le droit à l'IVG ait été renforcé récemment, il reste menacé par une forte minorité qui s'y oppose. La loi Veil, qui encadre l'IVG, est régulièrement remise en question, et des décrets d'application se font attendre.
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Certains acteurs de la santé remettent en question la suppression du délai de réflexion avant l'IVG, arguant qu'il permet aux femmes de prendre une décision éclairée. D'autres s'inquiètent de la banalisation de l'IVG, qui pourrait être considérée comme une simple méthode de contraception.
Il est important de s’intéresser également à la localisation de la production des pilules abortives et de ne pas laisser cette production aux mains de pays qui sont défavorables à l’IVG. Le HCE recommande que l’Europe et la France retrouvent leur souveraineté en matière de production de la pilule abortive.
La Nécessité de Protéger et de Renforcer le Droit à l'IVG
Face à ces menaces, il est impératif de protéger et de renforcer le droit à l'IVG, en France et dans le monde. Cela passe par plusieurs actions :
- Inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution française, pour le reconnaître comme un droit fondamental et humain. Le 24 novembre 2022, une proposition de loi pour inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution était adoptée par l’Assemblée nationale, avec 337 voix pour et 32 contre. Le 29 octobre 2023, le chef de l’État annonçait ainsi la présentation en conseil des ministres d’ici fin 2023 d’un projet de loi qui reprendrait le contenu de la proposition de loi pour inscrire dans la Constitution de 1958 la liberté des femmes de recourir à l’IVG. Ce projet de loi sera ensuite voté à l’Assemblée nationale le 24 janvier et la navette parlementaire se poursuivra devant le Sénat le 26 février.
- Inscrire le droit à l'IVG dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
- Harmoniser les conditions et les délais légaux pour avorter au sein de l'Union européenne, en s'alignant sur les États membres les plus progressistes.
- Soutenir les organisations qui défendent le droit à l'IVG et qui fournissent des informations claires et objectives sur la sexualité, la contraception et l'avortement. Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l’avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l’égalité de genre, sur tout le territoire français. Ce tchat est un outil efficace pour contrevenir à des méthodes menaçant les droits des femmes et informer les femmes sur leurs droits concernant la sexualité, la contraception et bien sûr l’avortement.
- Lutter contre la désinformation et les discours anti-IVG, qui mettent en danger la santé et l'autonomie des femmes.
- Garantir l'accès à la contraception, pour éviter les grossesses non désirées.
- Assurer la souveraineté de la France en matière de production de la pilule abortive, pour éviter les pénuries et les pressions économiques. Le HCE recommande également aux pouvoirs publics de faire retrouver à la France sa souveraineté en matière de production de la pilule abortive. Comme cela s’est déjà produit par le passé, l’entreprise acquéreuse pourrait subir des intimidations importantes des mouvements anti-IVG, provoquant ainsi des risques de ruptures de production et d’approvisionnement, ou encore de tensions sur les prix.
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