Introduction
La présence de condylomes acuminés, causés par le virus du papillome humain (VPH), peut soulever des questions complexes lorsqu'elle survient pendant la grossesse, en particulier lorsqu'une interruption thérapeutique de grossesse (ITG) est envisagée. Cet article vise à explorer les liens entre ces deux aspects, en abordant la prévalence des condylomes chez les femmes, leur gestion pendant la grossesse, et les considérations spécifiques dans le contexte d'une ITG.
Prévalence et Facteurs de Risque des Condylomes
Les condylomes acuminés sont des lésions génitales courantes, résultant d'une infection par le VPH. Une étude prospective publiée dans The Lancet met en évidence une incidence élevée de condylomes acuminés et de néoplasies intraépithéliales vulvaires et périanales chez les femmes infectées par le VIH. Dans cette étude, des condylomes acuminés ou des néoplasies intraépithéliales ont été retrouvés à l'inclusion chez 6 % des patientes infectées par le VIH, contre 1 % chez les patientes non infectées. Au cours du suivi, le risque de développer ce type de lésions était significativement plus élevé pour les patientes infectées par le VIH. Les auteurs ont identifié quatre facteurs de risque principaux : l'infection par le VIH, l'infection par le papillomavirus, une diminution des CD4 et un passé d'usage de drogue par injection.
Les résultats de cette étude soulignent l'importance d'un examen gynécologique complet à chaque visite pour les patientes infectées par le VIH. Cela inclut la colposcopie et la recherche de papillomavirus.
Condylomes pendant la grossesse: diagnostic et prise en charge
La grossesse peut influencer l'évolution des condylomes. L'éruption peut disparaître spontanément au cours des 6ème ou 8ème dernières semaines de la grossesse. Cependant, dans certains cas, ils peuvent augmenter en taille et en nombre en raison des changements hormonaux et de l'immunosuppression relative associée à la grossesse.
Le diagnostic des condylomes est généralement clinique, basé sur l'aspect des lésions. La colposcopie peut être utilisée pour évaluer l'étendue des lésions et rechercher d'éventuelles néoplasies intraépithéliales associées.
Lire aussi: Disparition et retrouvailles : Récit complet
La prise en charge des condylomes pendant la grossesse vise à soulager les symptômes et à prévenir la transmission au nouveau-né lors de l'accouchement. Plusieurs options thérapeutiques peuvent être envisagées, en tenant compte de leur innocuité pour la mère et le fœtus :
- Excision chirurgicale: Cette option peut être envisagée pour les lésions volumineuses ou résistantes aux autres traitements. Les auteurs rapportent un cas de condylome géant péri-anal et vulvaire traité par excision à l’Hôpital Général de Douala.
- Cryothérapie: La cryothérapie consiste à congeler les lésions avec de l'azote liquide.
- Imiquimod: L'imiquimod est un immunostimulant topique qui peut être utilisé pour traiter les condylomes. Cependant, son utilisation pendant la grossesse est généralement déconseillée, en raison du manque de données sur sa sécurité. Dans certains cas, l'imiquimod à 5% peut être utilisé en association avec la cryothérapie.
- Acide trichloroacétique (TCA): Le TCA est un agent chimique qui peut être appliqué sur les condylomes pour les détruire.
Condylomes et Interruption Thérapeutique de Grossesse (ITG)
L'ITG est une interruption de grossesse pratiquée pour des raisons médicales, lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la santé de la mère ou du fœtus. La présence de condylomes peut influencer la décision et la gestion d'une ITG dans certains cas spécifiques :
- Condylomes volumineux ou compliqués: Dans de rares cas, des condylomes très volumineux ou compliqués peuvent rendre l'accouchement par voie basse difficile ou impossible. Dans ce cas, une césarienne peut être envisagée. Si une ITG est envisagée, la présence de ces lésions peut influencer la technique utilisée pour l'interruption.
- Infection active au moment de l'ITG: En cas d'infection active par le VPH au moment de l'ITG, une attention particulière doit être portée à l'hygiène et à la prévention de la transmission du virus.
- Impact psychologique: La présence de condylomes peut avoir un impact psychologique important sur la patiente, en particulier si elle est déjà confrontée à la difficile décision d'une ITG. Un soutien psychologique adapté doit être proposé.
Prévention et Éducation à la Santé Sexuelle
La prévention des condylomes repose sur la vaccination contre le VPH et sur l'adoption de comportements sexuels à moindre risque. La vaccination est recommandée pour les jeunes filles et les jeunes garçons avant le début de leur vie sexuelle.
L'éducation à la santé sexuelle est également essentielle pour informer le public sur les modes de transmission du VPH, les moyens de prévention et l'importance du dépistage régulier. Plusieurs initiatives visent à améliorer l'accès à l'information et aux services de santé sexuelle, en particulier chez les jeunes.
Par exemple, Tumeplay est une expérimentation du ministère de la Santé, lancée à la suite de la Stratégie nationale de santé sexuelle dans plusieurs territoires pilotes en France. Cette application permet d'en apprendre plus sur la sexualité, avec des rubriques telles que « Découvre ton corps », « Les premières fois », « Explore ta sexualité ». Le site a pour but d’être informatif et d’enclencher un parcours : une fois renseigné, le jeune peut répondre à des quiz et gagner des points convertibles en une box de prévention.
Lire aussi: Résolutions de disparitions
Le service de protection maternelle et infantile (PMI) joue également un rôle important dans l'accès à la contraception, à l'IVG et à l'information sur la santé sexuelle.
Autres affections cutanées pendant la grossesse
Il est important de différencier les condylomes d'autres affections cutanées qui peuvent survenir pendant la grossesse, telles que :
- Herpès gestationis: L'herpès gestationis est une dermatose auto-immune spécifique de la grossesse, caractérisée par une éruption prurigineuse de petites papules. Les modifications biologiques sont peu spécifiques. Il existe une prédisposition génétique pour l'herpès gestationis. Les complications chez le fœtus et le nouveau-né sont extrêmement rares.
- Dermatite papuleuse de la grossesse (DPG): La DPG se manifeste par des papules érythémateuses plus importantes, presque de type urticariennes, avec un prurit plus intense.
- Pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG): La PEAG est caractérisée par des pustules à la périphérie des plaques érythémateuses. Les examens bactériologiques confirment qu'il s'agit de pustulose amicrobienne. L'histologie cutanée n'est pas spécifique.
- Impétigo herpétiforme: L'impétigo herpétiforme est considéré comme un psoriasis pustuleux de la grossesse.
- Lupus érythémateux: Le lupus érythémateux chronique ne semble pas être influencé par la grossesse. Un lupus néo-natal peut survenir chez les nouveau-nés de mères porteuses de lupus possédant des anticorps anti RO SSA.
Infections et grossesse
Outre le VPH, d'autres infections peuvent avoir un impact sur la grossesse et nécessiter une prise en charge spécifique. L'infection à gonocoques peut entraîner des chorioamniotites responsables de rupture prématurée des membranes et de prématurité. Le traitement consiste en une antibiothérapie par voie générale.
Lire aussi: Famille décimée à Dions
tags: #condylome #et #avortement #thérapeutique