Les violences sexuelles sur les nourrissons sont un sujet tabou, mais il est essentiel de briser le silence et d'agir pour protéger les plus vulnérables. Cet article vise à informer et à guider les personnes confrontées à cette réalité insoutenable.
L'ampleur du problème
En France, les violences sexuelles sur les nourrissons restent un phénomène largement sous-estimé. En 2024, 614 bébés ont été accueillis dans une unité médico-judiciaire (UMJ) pour des faits de violences sexuelles. Ce chiffre représente 2% des 73 992 victimes de violences sexuelles et sexistes reçues dans ces unités. Cependant, comme pour toutes les violences sexuelles sur des enfants, les chiffres restent en deçà de la réalité. La victime la plus jeune identifiée dans les procédures réalisées par l'Office mineurs avait seulement quelques semaines.
La difficulté des preuves et des témoignages
Les preuves de violences sexuelles sur les nourrissons sont difficiles à établir, même avec un examen médico-légal. Un grand nombre d'agressions sexuelles ne laisse pas de traces physiques. La difficulté est aussi de pouvoir se représenter que cela existe. D’autant que les troubles post-traumatiques ne se manifestent parfois pas tout de suite.
La psychologue Hélène Romano, co-autrice d'une étude sur "Le viol des bébés, repérage et prise en charge", précise que c'est souvent quand l'enfant commence à grandir, à 2-3 ans, et quand il arrive à l'école en particulier, qu'il va y avoir des passages à l'acte avec des enfants qui vont s'auto-agresser, quitte à se mutiler sexuellement, ou qui vont agresser d'autres enfants. La grande difficulté pour les bébés réside dans le fait qu'ils n'ont pas la capacité mnésique des plus grands. Ils ne sont pas capables de dire : 'C'est mon père, c'est ma mère, c'est mon frère, mon oncle, mon grand-père ou le mari de la nourrice'. En revanche, le corps va parler, ce qui constitue aussi une particularité pour la prise en charge de ces enfants."
Réagir face à un doute ou une suspicion
Face à un doute ou une suspicion de violences sexuelles sur un nourrisson, il est crucial d'agir rapidement. Aurélie Besançon, cheffe de l’Office mineurs, souligne : "L'important est de prioriser la santé de l'enfant en faisant part de tout doute aux autorités."
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Les signes d'alerte
Il n’est pas toujours évident de déceler des marques physiques de violences sexuelles sur un(e) enfant. Des difficultés à marcher ou à s’asseoir, des bleus, des morsures, des infections sur les zones génitales peuvent vous mettre la puce à l’oreille. Vous avez remarqué que des comportements régressifs apparaissent dans l’attitude de votre enfant ? Se retenir de faire pipi ou caca devient compliqué ? Vous vous rendez compte que votre enfant a des comportements violents envers lui/elle-même, qui peuvent provoquer des blessures de toutes natures ? Votre enfant a aussi des idées suicidaires ?
L'importance de l'écoute et de la confiance
Pour faire part de ce traumatisme, votre enfant doit se sentir écouté(e) et en confiance. Vous devez prendre au sérieux les affirmations d’un(e) enfant qui raconte avoir été touché(e) ou agressé(e) sexuellement. Il est très rare qu’un(e) jeune mente à ce sujet. N’oubliez pas que, dans la situation où la personne à l’origine de la violence sexuelle est connue, l’agresseur(se) a habituellement beaucoup plus de raisons de mentir que l’enfant. De même, une autre difficulté que vous risquez de rencontrer est l’invraisemblance de certains actes d’agression.
Garder son sang-froid et ne pas dramatiser
Essayez de garder votre sang froid lorsque votre enfant vous fait des révélations. Surtout ne dramatisez pas ou, à l’inverse, ne minimisez pas la situation. Votre enfant risque de se sentir coupable ou rejeté(e). C’est important et pour vous et pour votre enfant que vous lui expliquiez clairement que les violences qu’il/elle a subies sont des actes graves. Votre enfant va accorder beaucoup d’importance à votre réaction car se confier représente un véritable effort pour la victime dans ces conditions.
Encourager l'enfant à parler
Demandez-lui de vous raconter ce qu’il s’est passé. Si votre enfant ne parvient pas à trouver les mots ou la force de vous en parler directement, sachez que c’est une réaction tout à fait normale car vous êtes une personne très proche de lui/elle. Votre enfant, en bas âge, utilisera des mots simples ou des expressions imagées pour vous décrire la scène. « Kévin, il a mis un doigt dans ma nénette », « papi, il a bu ma zézette, sa barbe me piquait », « Elle m’a touché le zaza », « il y a quelqu’un qui m’a fait mal aux fesses ».
Si c’est le cas, demandez de l’aide à un(e) adulte proche de vous en qui votre enfant a suffisamment confiance pour se confier. Vous pouvez aussi, au lieu d’utiliser le langage comme moyen d’expression, proposer à votre enfant de dessiner ou de vous montrer la scène avec des peluches ou des poupées. A tout âge, il faut du courage pour révéler un acte de maltraitance sexuelle. Pensez à encourager et à rassurer votre enfant pour éloigner toute forme de culpabilité de son esprit. En effet, la victime se sent systématiquement responsable de ce qui lui est arrivé. N’hésitez pas à faire des câlins à votre enfant, le/la prendre dans vos bras, lui manifestez votre amour. Votre enfant en a besoin à ce moment précis pour être réconforté(e) et soutenu(e). Ne lui faites pas ressentir que vous mettez une barrière entre lui/elle et vous une fois que l’abus vous a été révélé.
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Les démarches à suivre
Signaler les faits aux autorités
Signalez immédiatement l’enfant à la police en composant le 17. Lorsque vous signalez une situation de violence sexuelle à la police, un examen médico-légal est prévu pour faire constater les symptômes et les marques sur votre enfant. Vous pouvez néanmoins vous rendre aux urgences avant toute démarche de dépôt de plainte. Allez-y rapidement, si possible votre enfant ne devra pas s’être lavé(e) depuis l’agression. Même si ces révélations vous semblent difficiles à admettre, ne craignez pas de compliquer les choses ou de devoir supporter le regard des autres, en particulier celui de votre famille. N’oubliez pas que vous avez l’obligation légale de déclarer toute allégation ou suspicion de maltraitance, qui inclut les violences sexuelles.
Consulter un spécialiste
Votre enfant devrait subir un examen médical. Consultez un(e) spécialiste pour apporter un soutien physique et psychologique à votre enfant (pédopsychiatre, psychothérapeute, pédiatre).
Ne pas douter de l'enfant
Après vous avoir fait ces révélations, il peut arriver que votre enfant nie avoir été agressé(e) sexuellement. Ses affirmations sont floues à présent et l’incertitude commence à s’installer. Ne laissez pas ce comportement vous faire douter de votre enfant. Il/elle peut trouver du plaisir aux contacts sexuels. Enfin, votre enfant peut vouloir protéger ses parents et éviter l’éclatement de sa famille en dévoilant la vérité. Il/elle sait que l’emprisonnement de son agresseur est une issue logique à cette situation et serait prêt(e) à fuir son foyer familial pour préserver la personne à l’initiative de la violence.
Les conséquences psychologiques et la prise en charge
Lors d’une violence sexuelle, le stress déclenche un mécanisme psychologique et neurologique. Ce dernier est provoqué lorsque le traumatisme vécu menace l’intégrité physique ou psychique de la victime, comme par exemple une situation qui a terrorisé votre enfant, un acte dégradant, inhumain ou humiliant que le cerveau de votre enfant a jugé incompréhensible. Le stress de cette expérience douloureuse entraîne un risque vital pour l’organisme de votre enfant, le cortex va alors faire disjoncter son circuit émotionnel par l’intermédiaire de mécanismes neurobiologiques. Cette disjonction entraîne une mémoire traumatique et une dissociation avec anesthésie psychique et physique. C’est-à-dire que la victime devient spectatrice de son agression. Elle se trouve dans un état de sidération, ce qui peut expliquer qu’une victime ne soit pas en mesure de fuir ou de se défendre lors d’une agression. La mémoire traumatique peut faire revivre à l’identique tout ou partie du traumatisme à la victime avec les mêmes réactions et émotions que celles vécues lors de l’acte de violence.
Il est essentiel d'expliquer les mécanismes psychologiques et neurobiologiques des psychotraumatismes pour que les victimes comprennent ce qui leur arrivent, puissent se déculpabiliser, et avoir une boîte à outils pour mieux se comprendre, mieux se protéger et mieux se soigner.
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Différentes techniques psychothérapiques peuvent être utilisées : psychothérapie dynamique, psychanalyse, thérapies systémiques, thérapies comportementales et cognitives (TCC), hypnose et EMDR, thérapies émotionnelles, thérapies corporelles, thérapie par le jeu pour les enfants, thérapies de groupe (la liste n'est pas exhaustive). Le traitement n'est pas le même quand il s'agit de violences uniques ou limitées dans le temps ou quand il s'agit de violences continues, répétées, installées dans la durée. Lors de violences uniques la thérapie peut être efficace en quelques séances, surtout si elle est mise en place rapidement après le traumatisme, en donnant des outils sur les mécanismes et en évitant qu'une mémoire traumatique et des symptômes ne s'installent. Lors de violences continues, répétées, particulièrement si elles ont eu lieu dans l'enfance (comme les incestes), il ne s'agit pas uniquement de traiter des émotions et des symptômes, il faut aider la personne à se libérer d'une personnalité traumatisée qui s'est construite autour de symptômes psychotraumatiques, et à retrouver et reconstruire sa vraie personnalité, son histoire et sa vérité, à réunifier intellect, corps et émotions, à déminer patiemment la mémoire traumatique, cela demande une thérapie spécialisée plus longue.
Les idées reçues sur les violences sexuelles sur mineur(e)
Beaucoup de préjugés gravitent autour des violences sexuelles sur mineur(e). Non, tous les enfants victimes de violences sexuelles ne deviennent des abuseurs à leur tour même si souvent, les pédophiles ont été eux-mêmes victimes de violences sexuelles dans leur enfance. Se poser la question constitue déjà une démarche de réflexion qui prouve que la victime ne passera pas elle-même à l’acte. Les adultes ont souvent tendance à penser qu’un(e) enfant victime de violences sexuelles a été violenté(e). Or, une violence sexuelle n’implique pas forcément de la violence physique car l’abuseur(se) n’a pas systématiquement recours à la force pour contraindre sa victime. « Mon enfant abusé(e) sexuellement ? Impossible ! Il est très rare qu’un(e) enfant exagère ou mente à propos de violences sexuelles subies. Beaucoup d’enfants pensent que s’ils/elles racontent ce qui leur est arrivé, les adultes les considèreront comme des menteurs(ses) ou que les propos sont exagérés. Parfois, l’enfant peut vous donner l’impression de décrire un cauchemar ou la scène d’un film mais ces propos ne doivent pas être mis en doute.
La prévention : apprendre aux enfants à se protéger
Apprendre à votre enfant dès son plus jeune âge les bons réflexes quand il s’agit de son intimité est une priorité. Le Conseil de l’Europe propose d’apprendre aux enfants la Règle « On ne touche pas ici ». Ce guide vous donne les clés pour apprendre à votre enfant ce qu’est une violence sexuelle, comment l’éviter et comment le dénoncer.
Les règles à enseigner
- Ton corps est à toi : il appartient à l’enfant, et personne ne peut le toucher sans sa permission. Apprendre à l’enfant quelles sont ses parties intimes et les nommer par leur vrai terme (« pénis » au lieu de « zizi » par exemple). L’enfant a le droit de refuser un baiser ou une caresse, même venant des personnes qu’il aime. Il est important de lui apprendre à dire « non », à s’écouter et à faire confiance à ses sentiments de bien-être ou de malaise.
- Il y a de bons secrets et de mauvais secrets : il est important que l’enfant sache distinguer le bon secret (par exemple, une organisation de fête surprise) du mauvais secret. Les mauvais secrets sont ceux qui rendent anxieux, tristes, qui font peur ou mettent mal à l’aise.
- Le réseau de sécurité : Dire à son enfant quelles sont les personnes qui peuvent faire partie de leur « réseau de sécurité », composé d’adultes de confiance, disponibles et prêts à les écouter, que l’enfant choisit.
N’hésitez jamais à rappeler à votre enfant adolescent(e) l’importance du consentement et du respect du consentement. Quand une personne dit non ou qu’elle n’est pas apte à pouvoir répondre, parce qu’elle est endormie, droguée ou ivre, c’est non, et toujours non.
Le cadre légal
Pour les faits commis avant l’entrée en vigueur de la loi, soit avant le 23 avril 2021, l’inceste est une circonstance aggravante d’un viol ou d’une agression sexuelle. Pour prouver le viol ou l’agression sexuelle, il faut démontrer que l’auteur a usé de la contrainte, la menace, la surprise ou la violence (articles 222-23 et 222-27 du Code pénal).
La loi du 21 avril 2021 a créé des infractions autonomes de viols incestueux et d’agressions sexuelles incestueuses commis par un majeur sur un(e) mineur(e). Pour les faits commis après l’entrée en vigueur de la loi, soit à partir du 23 avril 2021, il suffira seulement de prouver la relation sexuelle et l’autorité de droit ou de fait qu’exerce le majeur sur le ou la mineur(e).
Lorsque le viol incestueux ou l’agression sexuelle incestueuse est commis(e) envers un(e) mineur(e) par une personne titulaire de l’autorité parentale, la juridiction de jugement doit se prononcer sur le retrait total ou partiel de cette autorité (article 222-31-2 du Code pénal).
Le viol est un crime. Il est défini par la loi comme tout acte de pénétration sexuelle forcé, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l'auteur. Pour les faits commis après l’entrée en vigueur de la loi du 21 avril (soit à partir du 23 avril), la victime âgée de moins de 15 ans n’aura pas à démontrer que l’auteur majeur, âgé d’au moins 5 ans de plus qu’elle, a usé de la contrainte, la surprise, la menace ou la violence. Il suffira seulement de démontrer la re…
Les ressources et les associations
De nombreuses associations et structures sont là pour vous aider et vous accompagner :
- 119 : Allô enfance en danger : Numéro d'appel destiné à tout enfant ou adolescent victime de violences ou à toute personne préoccupée par une situation d'enfant en danger ou en risque de l'être.
- Services du département ou cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) : Il est également possible de contacter les services du département : aide sociale à l'enfance (ASE) ou cellule de recueil des informations préoccupantes (Crip).
- L’association Colosse aux pieds d’argile : a mis en place une plateforme qui vous permet de signaler des conduites ou des situations de faits de violences (violences sexuelles, harcèlement, bizutage etc.) dont vous avez eu connaissance ou dont vous avez été témoin.
- L’association Innocence en Danger : milite contre les maltraitances, et plus particulièrement contre les violences sexuelles envers les enfants.
- L’association L’Enfant Bleu : vient en aide aux enfants victimes de maltraitances, quelle qu’en soit la forme.
- Le Collectif Féministe Contre le Viol : propose aux personnes qui ont subi des violences sexuelles, ainsi qu’à leur famille proche une écoute, un soutien, une solidarité ainsi que des informations nécessaires aux différentes démarches à entreprendre.
- L’association le Monde à Travers un Regard : lutte contre l’inceste et la pédocriminalité.
- L’association SOS Inceste pour Revivre : écoute, soutient, accompagne et oriente les victimes d’inceste.
- Le centre du Psychotrauma (CPIV), à Paris : accueille les victimes, enfants comme adultes, de psychotraumatisme, notamment les victimes de violences sexuelles.
- Le tchat commentonsaime.fr, de l’association En Avant Toutes : est à disposition pour discuter avec des professionnels.
- La ligne d’écoute du Collectif féministe contre le viol (CFCV) : pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l’enfance avec le numéro (0 805 802 804).
- Le 116 006, numéro d’aide aux victimes : Ce numéro gratuit est ouvert 7j/7, de 9h à 19h.
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