L'attentat survenu à Arras, comme d'autres événements tragiques, soulève la question délicate de la communication avec les enfants. Comment aborder ces sujets difficiles sans provoquer d'angoisse excessive ? Comment les aider à comprendre et à surmonter leurs peurs ? Cet article propose des conseils et des ressources pour accompagner les parents et les éducateurs dans cette tâche délicate.
Faire Face à l'Effroi : L'Importance de l'Écoute et de l'Adaptation
Après un événement aussi bouleversant que l'attaque d'Arras, il est crucial d'être à l'écoute des enfants. Il est important d’inviter d’abord l’enfant à s’exprimer pour ne pas dire plus que nécessaire. Si vous vous livrez à un moment d’échange en groupe, veiller à ce que la parole de chacun soit respectée. Il ne faut pas hésiter à dire la peur, l’effroi que cela provoque en nous. Il est normal d’avoir peur, sinon on est inconscient, et avoir peur incite aussi à se protéger. Ce n’est pas incompatible avec le fait de ne pas transmettre son angoisse.
Adapter les discussions à l'âge de l'enfant est essentiel.
- Pour les plus jeunes, il est conseillé d'insister sur le retour à la normale.
- À partir de 6-7 ans, on peut évoquer la réprobation générale de l’acte, la force de la Loi, et le rôle de protection qu’ont les adultes à l’égard des enfants.
- Avec les enfants de 8-9 ans, on peut aborder plus précisément les événements sans jamais laisser de place à la brutalité. Rappeler ce que les autorités ont fait pour sécuriser la population et terminer sur une note de solidarité.
Il est important de parler d’empathie, de prendre soin les uns des autres, d’être solidaires, du fait que les adultes sont là pour protéger les enfants. En revanche, il faut évidemment éviter de s’exposer et d’exposer son enfant à des images traumatisantes. S’il a déjà été exposé à des choses qui l’ont heurté, il est conseillé d’en parler avec lui et de l’aider à en parler avec un tiers, y compris si besoin et si possible avec un psychologue, en particulier si son comportement a changé, s’il se montre particulièrement anxieux ou s’il dort mal. On peut aussi partager des activités avec lui - sport, loisirs en général, promenades, etc. - autant que possible plutôt que de le laisser seul devant un écran.
Décrypter l'Information : Adapter son Discours
Pour les plus jeunes, il est crucial de simplifier le message. "La police et l’armée ont été appelées pour nous protéger. Pour l’instant, il n’y a plus de danger. Nous sommes tous très tristes de qui s’est passé. Un homme au volant d’un camion a foncé dans la foule. Les gens ont eu très peur car ils ont été surpris et ne se méfiaient pas. Ceux qui commettent ces actes sont des terroristes. Ce sont des personnes qui ne supportent pas que d’autres aient des idées différentes d’eux et qui au lieu de s’exprimer avec des mots, utilisent la violence et tuent. Ils veulent nous faire peur et nous provoquer. Ils veulent semer la pagaille dans notre pays."
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Il est essentiel d'adapter la parole de l'adulte à l'âge de l'enfant. Pour les plus jeunes, s'il n'est pas nécessaire de tout dire, "il est possible de rationaliser la situation". De rappeler par exemple qu'il s'agit d'un événement tragique mais exceptionnel, que les forces de l'ordre sont mobilisées et que les écoles ont mis en place des dispositifs pour assurer la sécurité des personnels et des élèves.
Pour les adolescents, il est possible d'ancrer la tragédie d'Arras dans un contexte plus global. "Le drame n'est pas seulement local", alors qu'il s'est produit à quelques jours de l'anniversaire de la mort de Samuel Paty. Il n'est pas tant question de "rassurer" mais "d'échanger". On peut parler à un collégien du monde et de la complexité des choses. Un adolescent, ce n'est pas un adulte mais ce n'est déjà plus un enfant.
Gérer les Peurs et les Inquiétudes
Si un enfant ou un jeune adolescent formule une peur, notamment qu'un incident similaire ne se reproduise dans son école, il est recommandé de donner des éléments plus larges. On peut dire à son enfant que quelque chose de dramatique a eu lieu, mais qu'à l'échelle de toutes les écoles de France, le risque qu'il ne se reproduise dans son école est quasi-nul. Il est à éviter de s'engager sur quelque chose qu'on ne maîtrise pas, il ne faut pas promettre que cela ne se reproduira plus.
Autre recommandation: dresser la comparaison avec les risques de la vie de la vie courante, "qui sont très faibles". L'idée, ce n'est pas de brosser un tableau catastrophe des dangers de la vie de tous les jours, mais plutôt de se placer sur un plan statistique. Et de dire: 'Oui, cet événement est grave. Mais sur toutes les écoles de France, il est très très très rare'.
L'École : Un Lieu de Protection et d'Échange
Pour le rassurer s'il a peur de retourner en classe, on peut lui rappeler que l’une des fonctions de l’école est de protéger les enfants - et que, de fait, les élèves l’ont été à Arras. On peut insister sur l’importance d’être attentif aux autres, de prendre soin des autres. Souligner le fait que les enseignants vont expliquer et aider les enfants à continuer à apprendre.
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Dans les collèges et lycées, un temps d'hommage en présence des élèves doit se tenir avec une minute de silence qui doit "s'inscrire dans un temps de recueillement et de réflexion avec les élèves, organisé à l'appréciation des équipes pédagogiques", selon le ministère de l’Éducation nationale.
Susciter le Dialogue et Rester Disponible
Il est important de susciter une parole, même s'il ne pose pas de question. Pour les adultes, la posture reste la même: demeurer à l'écoute et rester disponible pour ouvrir la porte à un échange. Les adolescents peuvent ne pas en parler sur le moment, qui remarquent que ces derniers préfèrent souvent en parler entre eux. Mais cela ne signifie pas qu'ils ne pourront pas aborder le sujet plus tard. Enfin dernier conseil : ne pas minimiser les craintes, les peurs ou les angoisses. "Laisser s'exprimer son émotion et ne pas la banaliser permet déjà de s'en libérer."
Ressources Pédagogiques et Outils d'Accompagnement
De nombreuses ressources pédagogiques sont disponibles pour aider les enseignants et les parents à aborder ces sujets délicats. Parmi celles-ci, on peut citer :
- Des pistes pour aborder les principes fondateurs de la vie en société à l’école primaire, pour construire la réflexion et organiser le débat au collège et au lycée, ou encore pour éviter la désinformation et la diffusion d’images à contenus violents…
- Une explication des faits adaptée aux jeunes élèves“C’est quoi un attentat ? C’est quoi la radicalisation ? C’est quoi un plan vigipirate ?”Des réponses aux questions des plus jeunes illustrées par des vidéos.
- Livre Mon Quotidien « Les attentats expliqués aux enfants »“ Qu’est-ce qu’un terroriste ? Pourquoi y a-t-il des attentats ? Quelles sont mes libertés en France ? Les religions donnent-elles le droit de tuer ? Comment vivre avec mes émotions ?”Ce livre répond aux interrogations et aux inquiétudes que les enfants peuvent avoir face à l’actualité.
- Des ressources pour faire comprendre aux élèves les événements récents et mieux appréhender avec eux les valeurs de la République.
- Des recommandations sur le soutien que les adultes et notamment les parents et le corps enseignant peuvent apporter aux enfants et aux adolescent.e.s.
- Une sélection de vidéos pour mieux comprendre l’actualité.
- Des conseils pour les parents et les enseignant.e.s sur quand parler ou se taire et comment rassurer les plus jeunes.
- Des conseils d’Hélène Romano, docteure en psychopathologie et spécialiste du traumatisme psychique chez l’enfant et l’adolescent.e, sur comment parler aux enfants, les protéger et répondre au mieux à leurs questions.
- Une sélection de ressources pour contribuer à ce que chaque enfant apprenne le respect de soi et des autres, l’attention à l’autre et l’entraide
- Mini BD “Rudy et Lucie - La laïcité, cap ou pas cap ? »“Comment vivre ensemble sans conflit ?”Un professeur invite ses élèves à s’exprimer sur ce thème.
- Livre « Comment parler de la laïcité aux enfants ? »Citoyenneté, liberté, justice, loi, respect… Ce manuel fournit des pistes aux parents et enseignant.e.s pour parler de laïcité aux enfants et adolescent.e.s.
- Quiz sur les valeurs de la République11 questions pour tester ses connaissances et réviser les points essentiels en vidéos.
- Vidéo « C’est quoi la laïcité ? »Les principes de la loi de 1905.“1 jour, 1 question” répond chaque jour à une question d’enfant, en 1mn 30s.
- Livre « En finir avec les idées fausses sur la laïcité », Nicolas CadèneEn dépeignant comment la laïcité s’exerce dans la vie de tous les jours, à l’école, à l’université, au travail, dans une mairie, dans les piscines publiques, etc., ce livre rend le principe de la laïcité concret, accessible et compréhensible par tou.te.s.
- Mémory de la laïcitéEn partenariat avec Solidarité Laïque, les élèves d’un collège à Limoges ont créé ce memory de la laïcité.Une façon ludique et interactive d’aborder le principe de la laïcité.
- Interview de Françoise Lorcerie, Directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique et à l’IREMAM (Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans) sur la laïcité à l’école.
- La liberté d’expression en 10 questions“Comment faire quand on ne pense pas comme tout le monde ? Sur les réseaux sociaux, on est libre de dire ce qu’on veut ? Jusqu’où peut-on aller au nom de la liberté d’expression ?”10 questions fondamentales à se poser sur cette liberté.
- Livret pédagogique sur la paix, la liberté d’expression, la censure, ou encore les droits de l’homme.
- Vidéo “La liberté d’expression et ses limites”Une animation qui met en scène les réactions au sein d’un village suite à des propos racistes.
Préserver l'Insouciance et Limiter l'Exposition
A cet âge-là, les enfants doivent s’amuser et il faut absolument préserver leur insouciance, les laisser à leur vie d’enfant. Ils n’ont pas à porter la charge de ce qui se passe dans le monde. Il ne s’agit pas là de cacher la vérité mais de sélectionner les informations et de choisir la manière d’en parler. L’idée est donc de leur donner le moins accès possible à l'information. Éteignez la télévision, surtout les chaînes d’infos en continu. Ne parlez pas des attentats quand l’enfant est dans la pièce. Même s’il est en train de jouer, il entend tout ! Lorsque vous croisez quelqu’un dans la rue, évitez d’aborder le sujet et les phrases du type « Dans quel monde vont grandir nos enfants ? ». Car ce qu’il entend, c'est une inquiétude des parents.
Répondre Simplement aux Questions
Lorsqu'un enfant pose une question, il est important de répondre simplement, sans pour autant faire une dissertation. "Par exemple, quand j'ai un enfant de trois ans dans mon cabinet et que je lui demande s’il connaît les couleurs, il me répond oui, mais il ne les nomme pas, car je ne lui ai pas demandé ! Faites pareil, répondez simplement à sa question, sans rentrer dans les détails." conseille le Docteur Beguin. Donnez-lui l’information dont il a besoin. Et si l’information ne lui suffit pas, il vous posera d’autres questions.
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Si on prend l'exemple du professeur qui s'est fait tuer, il peut vous demander pourquoi. Une réponse adaptée pourrait être : « il y a des gens qui sont méchants, on ne sait pas pourquoi exactement. C’est comme ça et le professeur n’a rien fait de mal. » Inutile cependant de préciser qu’il n’a pas à s’inquiéter, que ça n’arrivera pas dans son école… Il n’avait peut-être même pas imaginé que ça pouvait arriver dans son école. Si la question vient de lui « est-ce que tu penses que ça peut arriver dans mon école ? », répondez simplement : « Tu sais maintenant, comme ça s'est passé, il y a des protections.
Adolescents et Réseaux Sociaux : Un Défi Particulier
Bien souvent, les adolescents sont au courant avant nous ! Les réseaux sociaux sont la porte ouverte à toutes les informations, bonnes ou mauvaises. Ils en ont également forcément entendu parler au collège. Donc là, c’est le phénomène inverse. Il faut lui en parler. Demandez-lui ce qu’il a entendu et vu et s’il a envie d’en parler. Essayez de limiter au mieux (on sait que c’est compliqué) les téléphones, surtout le soir. Demandez-lui de le laisser dans le salon et expliquez-lui que les images qu’il voit ont souvent été choisies exprès pour choquer, pour sensibiliser ou au contraire pour manipuler et qu’il doit se protéger de cette violence. Interrogez-le : « est-ce que tu as vu des images ? Malheureusement à cet âge-là, les enfants font vite des raccourcis avec quelques bribes qu’ils ont entendu à la maison ou sur les réseaux sociaux. Et dans la cour de récréation, il est vite arrivé qu’on traite les uns de terroristes, les autres de colons… "Même si vous essayez de les sensibiliser en amont, vous n’avez pas d'action sur ce que vos enfants vont faire quand vous n’êtes pas là. Sans y aller trop brusquement, vous pouvez souligner que vous le trouvez moins gai en ce moment, que vous vous demandez si ce n’est pas à cause du professeur qui a été tué, car cela peut faire peur.
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