Un test de paternité ADN est une procédure scientifique conçue pour établir un lien biologique entre un père présumé et un enfant. La lecture et l'interprétation de ces tests peuvent sembler complexes, mais une compréhension claire des principes sous-jacents permet de déchiffrer avec précision les résultats. Cet article vise à fournir un guide détaillé sur la manière de lire un test de paternité ADN, en abordant les aspects scientifiques, juridiques et émotionnels.
Principes de base d'un test de paternité
ADN et génétique
L'ADN (Acide Désoxyribonucléique) est le matériel génétique présent dans chaque cellule du corps humain. Il est organisé en chromosomes, qui contiennent des gènes. Chaque individu hérite de deux copies de chaque chromosome, une de chaque parent. Les gènes présentent des variations appelées allèles. Un test de paternité compare les profils génétiques de l'enfant, de la mère (si disponible) et du père présumé pour déterminer s'il existe une correspondance génétique.
Méthodes de prélèvement d'échantillons
Les échantillons d'ADN peuvent être prélevés de différentes manières :
- Écouvillons buccaux : La méthode la plus courante, simple et indolore, consiste à frotter un écouvillon stérile à l'intérieur de la joue pour recueillir des cellules.
- Prélèvement sanguin : Un échantillon de sang peut être utilisé, bien que moins courant pour les tests de paternité de routine.
- Cheveux avec follicules : Les cheveux doivent être arrachés pour que le follicule (la racine) contienne suffisamment d'ADN.
- Échantillons prénataux : Pour les tests prénataux, un prélèvement sanguin maternel est utilisé pour isoler l'ADN fœtal.
Le processus d'analyse en laboratoire
Identification par empreintes génétiques
Le test de paternité est basé sur l'identification par les empreintes génétiques (test ADN), généralement grâce à un échantillon de salive. Les marqueurs génétiques propres à chaque individu sont analysés. L’objectif : retrouver des caractéristiques communes entre les échantillons, celui du père présumé et celui de l’enfant.
Loci et allèles
L'ADN obtenu à partir du prélèvement standard (buccal) envoyé par le client est utilisé pour localiser certaines régions des chromosomes qui varient en longueur entre les individus. Chaque région est appelée locus, qui est un emplacement physique précis et invariable sur un chromosome. Le Test ADN est basé sur l’analyse de 24 de ces loci ou marqueurs génétiques. L’étude de ces loci spécifiques ont montré qu’il y a plusieurs parties de tailles différentes, appelés allèles, associés à chaque locus dans une grande population.
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Analyse des marqueurs génétiques
L’analyse de laboratoire compare l’ADN isolé des échantillons de l’intérieur de la joue pour localiser certaines régions de chromosomes où on sait il y existe des variations de longueurs entre des individus. Vingt-trois loci sont utilisés comme des marqueurs génétiques dans les tests ADN, aussi bien qu’un autre (Amélogenin) pour confirmer le sexe de la personne qui soumet l’échantillon ADN.
Chaque locus utilisé lors d’un test ADN est composé d’une quantité variable de séquences courtes répétées des blocs de construction ou « bases » ADN. Ceux-ci s’appellent en sténo « A », « C », « T » et « G ». Un exemple d’une séquence naturelle d’ADN possédant des séquences répétées courtes serait ACGACGACGACG, c’est-à-dire ACG)4. Cependant chaque allèle peut posséder une autre quantité de répétitions totales, par exemple ACG)3 ou (ACG)5 au lieu de (ACG)4, ce qui donne une longueur différente de fragment quand l’ADN est purifié et amplifié dans l’éprouvette. Dans cet exemple, (ACG)3, (ACG)4 et(ACG)5 encoderait des allèles variants avec des blocs de construction de 3 x 3, 4 x 3, et 5 x 3 c’est-à-dire 9, 12, et 15 longueurs de blocs de construction.
Interprétation des résultats
Dans le résultat du test ADN, un tableau (colonne de gauche) regroupe le détail des 23 loci ou marqueurs génétiques analysés. Chaque individu a deux copies d’un chromosome, l’une héritée du père et l’autre de la mère. Pour chaque marqueur, deux chiffres (allèles) sont indiqués; dans le cas ou les deux chiffres sont identiques (homozygotes) le chiffre apparait une seule fois. Ces numéros représentent la taille de l’allèle. Ainsi, par exemple dans un test de paternité avec apport de l’échantillon de la mère: si l’enfant a deux allèles identifiés par les chiffres 16 et 19, et la mère a deux allèles identifiés par les chiffres 16 et 18, alors l’enfant a hérité de l’allèle 16 de la mère et par conséquent l’allèle 19, correspond à celui hérité du père. Le père présumé soumis au test ADN, doit donc avoir cet allèle 19 dans le même locus analysé, pour pouvoir certifié que c’est père biologique de l’enfant. Ce processus de comparaison est réalisé pour chaque marqueur analysé. Par conséquent, si le pourcentage de probabilité de paternité est de 0%, cela signifie que l’ADN du père supposé n’est pas compatible avec celui de l’enfant et il est donc exclu en tant que père biologique. Par contre, si le pourcentage de probabilité de paternité est de 99,99% ou plus, cela signifie que l’ADN du père présumé est compatible à celui de l’enfant et par conséquent, il est inclus d’être le père biologique par rapport à un autre homme non soumis au test, avec les mêmes origines ethniques et n’ayant aucun lien de parenté.
Gène de l’amélogénine
Ce gène est également très utile dans le cas de tests ADN effectués sur des échantillons non-standards ou à des fins médico-légales. Imaginez un cas d’une scène de crime, où le sang trouvé s’est décomposé et ne peut plus être reconnu. Tant pour les experts légistes comme pour les personnes concernées par l’enquête, il est crucial de savoir si le sang est celui d’une femme ou d’un homme. Le gène de l’amélogénine rend cela possible. Les échantillons non-standards ne feront pas varier la précision ni la fiabilité du résultat, car une fois l’ADN extrait, le processus du test est identique à celui fait avec un prélèvement standard. Dans le cas du test ADN de paternité, les laboratoires qui analysent ce gène sont synonymes de qualité et de sérieux, seul les laboratoires sérieux analysent ce gène lors d’un test ADN. Il arrive parfois des situations par étourderie ou malveillance que les échantillons du père soient mis dans l’enveloppe de la mère ou vice versa. Si l’analyse de ce gène est faite, cette situation sera dévoilée est par conséquent l’erreur rectifiée.
Index de Paternité Combiné (IPC)
L’Index de Paternité Combiné (IPC) est dérivé des indices de Paternité obtenus pour chaque marqueur génétique analysé. L’IPC représente la probabilité de paternité et est calculée sur la base des similitudes entre les profils génétiques obtenus et ceux de la population en général. L’IPC peut se traduire en probabilité de paternité.
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L'allèle paternel obligatoire
Comme chaque individu a deux de chaque type de chromosome, un hérité de chaque parent, tout le monde a deux allèles à chaque locus. Ces deux allèles sont parfois identiques (homozygotes), mais le plus souvent ils ne sont pas de la même taille (hétérozygotes). Si, par exemple, un enfant a deux allèles qui sont désignés 12.1 et 18, et si la mère possède les allèles 12.1 et 16, l’enfant a, donc, hérite l’allèle 12.1 de la mère. L’enfant a dû hérite l’allèle 18 du père. L’allèle 18 est « l’allèle paternel obligé ».
Si le père présumé n’a pas d’allèle correspondant à chaque locus testé, alors il ne peut pas généralement être le père biologique. S’il l’a, alors il se pourrait qu’il soit le père. Un index de parenté (nommé « Direct Index » sur le rapport) pour chaque locus est calculé sur la base d’information y compris la part de la population mâle qui possède l’allèle obligé à ce locus là. Un index de lien de parenté combiné (« Direct ») pour tous les allèles testés est ensuite calculé et apparaît en dessous du tableau. Ce chiffre est utilisé pour calculer la « probabilité du lien de paternité», c’est le pourcentage qu’un homme avec les allèles du père présumé est le parent biologique de l’enfant, comparé à un homme non testé, sans lien de parenté de la même race.
Si l’ADN du père est constant (à un degré de certitude mathématique) avec celui de père, le rapport conclura, donc que le père présumé ne peut pas être exclu comme père biologique de l’enfant.
Interprétation des résultats du test
Termes clés
- Probabilité de paternité : Exprimée en pourcentage, elle indique la probabilité que le père présumé soit le père biologique de l'enfant. Une probabilité supérieure à 99,9 % est généralement considérée comme une confirmation de paternité.
- Exclusion : Le père présumé n'est pas le père biologique. Les profils génétiques ne correspondent pas.
- Inclusion : Le père présumé est considéré comme le père biologique. Les profils génétiques correspondent avec une forte probabilité.
Scénarios possibles
- Confirmation de paternité : La probabilité de paternité est très élevée (supérieure à 99,9 %).
- Exclusion de paternité : Les profils génétiques ne correspondent pas, indiquant que le père présumé n'est pas le père biologique.
- Résultats non concluants : Rare, mais possible en cas de contamination ou de mauvaise qualité des échantillons.
Lecture d'un rapport de test typique
- Page de synthèse : Souvent incluse, elle résume les conclusions du test avec une phrase claire et le pourcentage de probabilité de paternité.
- Tableau comparatif des marqueurs génétiques : Ce tableau aligne les loci génétiques et les allèles de l'enfant et du père présumé. Chaque ligne indique si le père présumé peut avoir transmis un des deux allèles de l’enfant.
- Index de paternité combiné (IPC) : Ce chiffre est utilisé pour calculer la probabilité de paternité.
- Conclusion : Une section rédigée en langage clair qui indique si les résultats sont compatibles avec une relation père-enfant ou si la paternité est exclue.
Types de tests de paternité
Test de paternité prénatal
Ce type de test est effectué avant la naissance de l’enfant, généralement entre la 10ème et la 13ème semaine de grossesse. Il existe plusieurs méthodes, notamment le test ADN sans risque par prélèvement sanguin de la mère. Cette méthode analyse les fragments d’ADN fœtal présents dans le sang maternel.
Test de paternité postnatal
Réalisé après la naissance, ce test est le plus courant. Il peut être effectué à tout moment en utilisant des échantillons d’ADN tels que des écouvillons buccaux, des cheveux avec follicules, du sang, ou même des cellules de peau.
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Facteurs influençant la précision
Qualité des échantillons
La précision des tests ADN de paternité est très élevée, mais elle peut être influencée par la qualité des échantillons. Des échantillons contaminés ou mal prélevés peuvent donner des résultats erronés ou non concluants.
Fiabilité du laboratoire
Tous les laboratoires ne sont pas égaux en termes de précision et de fiabilité. Il est essentiel de choisir un laboratoire certifié et accrédité (par exemple ISO) pour garantir des résultats exacts.
Implications légales et personnelles
Implications juridiques
Un test de paternité peut avoir des implications juridiques significatives, notamment en ce qui concerne la garde des enfants, les droits de visite et les obligations de soutien financier. Dans de nombreux pays comme la France et le Canada, les résultats des tests ADN peuvent être utilisés comme preuve juridique dans des affaires de filiation, de divorce et de droits de succession.
En France, la réalisation de tests ADN est strictement interdite, sauf dans le cadre d'une procédure judiciaire ordonnée par le juge du tribunal de grande instance. Une démarche à titre privé est considérée comme illégale. L'article 16-10 du Code civil précise que "L’examen des caractéristiques génétiques constitutionnelles d’une personne ne peut être entrepris qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique".
Impact sur les relations familiales
Les résultats d’un test de paternité peuvent également avoir un impact considérable sur les relations familiales. Une confirmation de paternité peut renforcer les liens familiaux et donner à l’enfant un sens d’identité et d’appartenance. Cependant, une exclusion de paternité peut être émotionnellement difficile pour toutes les parties concernées et peut entraîner des conflits et du stress.
Aspects émotionnels
Recevoir un test de paternité suscite toujours une réaction forte. Face à ce document, beaucoup cherchent d’abord une confirmation immédiate, parfois avec fébrilité. Pourtant, ce type de rapport s’appuie sur des données complexes qu’il faut savoir interpréter. Lire un résultat ADN ne se limite pas à repérer un pourcentage élevé. Il faut comprendre les codes génétiques qui le sous-tendent pour éviter toute mauvaise interprétation.
Tests de paternité alternatifs
Dans certaines situations, il peut être nécessaire d'effectuer des tests de paternité alternatifs, notamment lorsque le père présumé n'est pas disponible.
Tests de fraternité
Le test ADN de paternité entre frères et soeurs est également appelé test de fratrie ou test de fraternité. Ce test ADN de filiation permet à un frère et une sœur de vérifier s’ils partagent le même père biologique lorsque celui-ci n’est pas disponible pour effectuer un test de paternité classique. Les frères et sœurs pourront connaître la probabilité qu’il ont d’être biologiquement :
- frères et sœurs complets (même père + même mère)
- demi-frères et demi-sœurs (1 seul parent en commun : soit le père soit la mère)
- de familles différentes (ni le père, ni la mère en commun).
La participation de la ou des mères est fortement recommandée surtout dans le cas de demi-frères et demi-sœurs. En effet les demi-frères et demi-soeurs ont moins de patrimoine génétique en commun. Lorsque le laboratoire dispose d’échantillons maternels, il isole rapidement l’ADN maternel, afin que les recherches puissent se concentrer sur le patrimoine hérité du père. On obtient ainsi des résultats plus probants: 95% des tests de fraternité apportent une réponse concluante, mais que ce pourcentage atteint 99% lorsque la mère participe également au test.
D’autres membres de la famille peuvent compléter un test ADN entre frères et soeurs pour en renforcer le résultat. Lorsque d’autres membres de la famille paternelle sont disposés à participer au test, la précision du test de fratrie peut être améliorée, il peut notamment être utile de tester en même temps un autre enfant dont la paternité serait déjà connue, ou bien d’autres membres de la famille (grands parents, oncles/tantes).
Test du chromosome Y
Pour un test entre deux frères (ou demi-frères), il est recommandé plutôt le test du Chromosome Y qui apporte des résultats avec une précision de 100% pour l’exclusion de paternité. Si l’un des deux frères n’a pas le même profil de chromosome Y que l’autre, il pourra être certain qu’il n’est pas issu du même père biologique.
Test du chromosome X
Pour un test entre deux soeurs (ou demi-soeurs), préférez le test du chromosome X. Il permet d’exclure ou de confirmer une paternité commune avec une précision de 100% également.
Tests avec les grands-parents
En l’absence du père présumé ou par manque de son échantillon d’ADN, les grands-parents paternels présumés peuvent être la solution pour établir la paternité. En prélevant un échantillon d’un ou des deux, il est possible de déterminer s’ils partagent les mêmes gènes et par conséquent s’il existe une relation.
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