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Les Hommes et les Menstruations : Entre Imaginaire, Tabous et Réalités

L'imagination masculine face aux menstruations est un terrain complexe, parsemé de stéréotypes, de méconnaissances et parfois même de tabous. Comprendre comment les hommes perçoivent et imaginent les règles est essentiel pour déconstruire les préjugés, améliorer la communication au sein des couples et favoriser une meilleure prise en charge de la santé féminine. Cet article explore les différentes facettes de cette perception masculine, en s'appuyant sur des études, des témoignages et des analyses sociologiques.

Fantasmes Sexuels et Perception des Menstruations

Une étude menée par des chercheurs de l'université du Québec, à Trois-Rivières, a interrogé 799 femmes et 717 hommes sur leurs fantasmes sexuels. Cette étude statistique, publiée dans la revue « The Journal of sexual medicine », tord le cou à quelques idées reçues.

Les auteurs ont répertorié 55 fantasmes à partir des déclarations des participants qui étaient invités à noter leur intérêt pour chacun d’eux. Première constatation, les fantasmes sont fréquents au sein de la population interrogée, hommes et femmes, y compris lorsqu’ils sont en lien avec des pratiques considérées comme inhabituelles. Seuls 2 fantasmes sur 55 (zoophilie et pédophilie) sont jugés statistiquement rares et mentionnés par 2,3 % ou moins des participants.

Parmi les fantasmes les plus fréquents, le fait d’éprouver des émotions « romantiques » pendant l’acte (numéro un chez les femmes) revient très fréquemment. Du côté des hommes, les fantasmes sont plus triviaux : sexe oral, relations avec deux femmes (ou plus), avec une personne autre que son épouse, regarder deux femmes faire l’amour… Il est plus surprenant de constater l’intérêt des hommes pour la soumission sexuelle (être dominé pendant l’acte sexuel). Ils sont plus de 53 % à fantasmer sur le sujet, à contre courant de l’image de virilité masculine. Les femmes y sont également très sensibles (64,6 %). 52 % d’entre elles imaginent même être attachées pendant les rapports sexuels.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il y ait une volonté de passer à l’acte (ce qui serait contraire à la définition du fantasme). Mais cela suggère, en accord avec d’autres études sur le sujet, que l’attrait pour la soumission sexuelle (ou la domination) en tant que fantasme est un indicateur de l’imaginaire érotique des individus, sans que que cela ne corresponde à une attirance pour des pratiques déviantes.

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Les Menstruations : Un Tabou Persistant

En Inde, des initiatives se multiplient pour dissiper les préjugés sur les menstruations. Il s’agit d’un enjeu de santé publique autant que d’un moyen d’affranchir les femmes. Les étudiants de l’université de Delhi ont collé en juillet 2017 des serviettes hygiéniques sur les murs du campus, avec ce slogan : « Saigner sans peur ». Ils réclamaient l’installation de distributeurs automatiques de protections féminines dans leur établissement, et surtout la fin d’un tabou : celui des règles. Ce silence imprégné de honte a de graves conséquences sur la santé des femmes et l’éducation des adolescentes. Surtout, les règles servent de prétexte à leur stigmatisation.

L’accès à certaines mosquées et temples hindous est ainsi interdit aux filles dès qu’elles sont pubères. Un prêtre du Kerala avait même déclaré en 2015 qu’il ouvrirait les portes de son temple aux femmes le jour où un scanner serait capable d’identifier sur le seuil celles ayant leurs règles, considérées comme impures. Une vaste campagne « Contente de saigner » avait alors été organisée sur les réseaux sociaux.

Dans la vie quotidienne aussi, les règles entravent la liberté de nombreuses femmes : elles n’ont pas le droit de s’asseoir sur le canapé, de toucher la nourriture, d’entrer dans la cuisine, et sont même parfois obligées de vivre dans une pièce séparée, ou dans une petite cahute à l’écart de la maison - ces cabanes ne disposant bien souvent ni de matelas, ni d’accès à l’eau ou à l’électricité. Les menstruations sont si taboues que certaines adolescentes s’imaginent atteintes d’une maladie grave ou craignent d’en mourir.

Lorsque Tuhin Paul, alors jeune étudiant, est tombé amoureux d’Aditi Gupta à l’université, il ignorait tout des cycles menstruels. Le couple a eu l’idée de créer la première encyclopédie en ligne sur le sujet, Menstrupedia, et la première bande dessinée pour déculpabiliser les femmes et sensibiliser les hommes : près de 100 000 albums ont été distribués, et ils font même partie du programme scolaire dans 90 écoles.

Le rôle de l’école est pourtant crucial car il permet d’expliquer aux adolescentes la fonction physiologique des cycles tout en les libérant des préjugés. Le quart des adolescentes indiennes abandonne les études après leurs premières règles, soit parce qu’elles sont confinées chez elles par leurs familles, soit parce que les écoles ne disposent pas de toilettes.

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Certaines femmes montent sur scène pour briser le tabou. A l’occasion d’un concours de poésie à Bombay, Aranya Johar a choisi un slam, qui a été vu des millions de fois sur YouTube : « Le premier garçon qui m’a tenu la main m’a dit que les hommes ne voulaient pas entendre parler des saignements vaginaux/J’ai tout de suite senti la misogynie, les vagins ne servent qu’à être pénétrés. »

Aranya Johar évoque les règles quand le tabou des règles se conjugue à la pauvreté, il oblige les femmes à recourir à des torchons, de la sciure ou encore des feuilles d’arbre, sans que cela ne soit jamais devenu un sujet de santé publique. Plus de 85 % des femmes menstruées en Inde n’achètent pas de protections hygiéniques car elles sont hors de prix. Arunachalam Muruganantham a changé la vie de centaines de milliers d’Indiennes en mettant au point une machine qui leur permet de fabriquer elles-mêmes des serviettes hygiéniques qui coûtent trois fois moins cher.

Qu'est-ce que les hommes ignorent sur les menstruations ?

Les hommes et les femmes naissent égaux… à quelques détails près. Puisque, entre tant d’autres choses, les dames ont la venue de Dame Nature tous les mois. Et à cause de ça, les deux parties du genre humain peinent parfois à se comprendre.

Les hommes ignorent ce que peut bien représenter ce flux menstruel en vérité. Est-ce immédiat ou est-ce que ça arrive lentement ? Comment ? Combien ? Comment être sûre de choisir le bon tampon ? Et si vous ne trouvez jamais celui qui convient ? Il y a tellement de choix de tampons possibles : grands, petits, avec applicateur, sans applicateur, recouvert d’un voile… Comment connaître votre flux ? En quoi consistent les coupes menstruelles ? Au niveau logistique, elles semblent défier les lois de la gravité. C’est vrai ça ! Concrètement, comment savoir que vos règles sont bel et bien terminées ? Parfois, elles peuvent faire des feintes, non ? On croit qu’elles sont finies et elles repartent de plus belle ! Est-ce que vous sentez que quelque chose vous gêne à l’intérieur de vous ? En vérité, si vous le sentez, c’est qu’il est mal mis. Est-ce qu’il y a un entretien particulier du tampon ? Une vision un peu mécano mais qui a du bon : voilà que les questions des hommes pourraient stimuler les progrès de la science : pourquoi ne pas penser un tampon intelligent bon sang !? Est-ce qu’il y a un signal secret quand une femme s’excuse pour aller aux toilettes pendant ses règles ? Est-ce que vos règles ruinent vos vêtements tous les mois ? Les mecs supposent que vous ne mettez pas vos vêtements auxquels vous tenez le plus quand vous avez vos règles pour ne pas les tacher, voire vous porter peut-être de vieille culottes ? C’est vrai, en tout cas, les filles craignent toujours la catastrophe. Combien de fois vous faites semblant d’avoir mal au ventre à cause de vos règles douloureuses pour vous sortir d’une situation ? Pour les garçons, ce syndrome typiquement féminin est très obscur, d’autant plus qu’il est aléatoire selon chacune. Un trait de caractère typique du SPM que ces derniers ont observé : la colère chez leur compagne.

Précarité menstruelle et invisibilité sociale

Cet article s’attache à comprendre la manière dont se rencontrent deux formes d’invisibilité dans la société française contemporaine : celle des femmes sans-abri et celle de l’expérience des menstruations. En effet, une invisibilité sociale touche le phénomène du sans-abrisme au féminin. Cette invisibilité partielle est également scientifique. L’invisibilité de l’expérience des femmes à la rue rencontre dans cet article un autre régime d’invisibilité et de silence, celui qui touche les menstruations.

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En raison de ces invisibilités multiples, les liens entre la menstruation et l’errance sont, en France, peu étudiés par les sciences sociales. Cet article entend pallier ce manque en analysant comment les femmes à la rue « se débrouillent » quand elles ont leurs règles, en exposant leurs difficultés d’accès à des protections mais aussi les ruses et l’inventivité qu’elles déploient pour faire face à ce manque, et en examinant la façon dont elles protègent (ou non) leur intimité dans l’absence de tout espace intime, jusqu’aux conséquences que cette exposition constante aux regards peut avoir sur l’estime de soi, entraînant parfois des formes d’indifférence à soi.

Le flux menstruel concerne la plupart des femmes et marque durablement leurs biographies. Mais les conditions d’apparition des menstrues ainsi que leurs effets et leur gestion diffèrent grandement d’une femme à l’autre et d’un contexte à l’autre, suivant les significations sociales et culturelles attribuées au sang menstruel. Il est alors d’autant plus intéressant de se pencher sur l’expérience des personnes menstruées qui sont à la rue. L’information sur la santé et le corps des femmes sans-abri néglige la question des règles, pourtant d’autant plus sensible quand on ne dispose pas d’un chez-soi. L’expérience du cycle menstruel pour ces femmes est celle d’une pénible contrainte. Leur corps est soumis aux conditions sociales aléatoires du déroulement de leur vie quotidienne. Ces femmes doivent se débrouiller pour gérer leurs règles dans ces circonstances défavorables, tout en essayant de répondre aux exigences sociales de présentation de soi et de souscrire ainsi aux normes intériorisées de propreté. L’accès aux protections périodiques, le change de ces dernières pendant la journée ainsi que le soin du corps en l’absence d’espace privé ou d’accès à l’eau constituent de nombreux écueils.

Cette problématique rencontre celle de la précarité menstruelle, un concept récent popularisé par les mouvements féministes et de plus en plus saisi par les travaux sociologiques. La précarité menstruelle désigne les difficultés financières et sociales auxquelles sont confrontées certaines personnes en matière d’accès aux protections périodiques, aux médicaments anti-douleur, à l’éducation sur la santé menstruelle et aux installations pour la gestion de l’hygiène et des déchets. Les femmes sans-abri ne sont pas démunies face à leurs menstruations, dans la rue, elles recherchent des moyens de surmonter cette précarité à leur manière et avec leurs propres ressources.

En outre, les femmes à la rue font face à un accès inégal aux installations de distribution de protections gratuites qui se diffusent dans les lieux publics, comme à l’université ou dans les cafés. Le tabou persistant autour des règles rend également cette question difficile à aborder.

Protections périodiques : accès et alternatives

En pharmacie ou au supermarché, il existe une variété de produits à utiliser : les serviettes périodiques (protections externes, réutilisables ou jetables), les tampons (protections internes), les coupes menstruelles (réutilisables après désinfection, pouvant être portées entre 8 et 12 heures selon les marques), les culottes menstruelles (lavables et réutilisables). La vie précaire rend difficile l’accès à ces « technologies de passage », ce qui n’est pas sans impact sur le sentiment d’identité des femmes concernées. En effet, l’une de leurs préoccupations centrales est de trouver des moyens pour que le sang passe inaperçu. Pour certaines, ne pas réussir à utiliser des protections devient source de souffrance et de mésestime de soi.

Les serviettes réutilisables, les culottes et les coupes menstruelles ne sont guère utilisées dans ce contexte. Ces protections non jetables nécessitent un point d’eau pour les laver. Les protections le plus souvent adoptées sont donc les serviettes jetables et les tampons, garants de cet évitement du « sale » associé au flux menstruel. L’accès aux protections dépend de l’aide des associations et de l’argent que les femmes ont à disposition. La gêne qui s’exprime dans leurs propos et leurs attitudes renvoie au silence qui entoure les règles.

Les habitantes de la rue prennent en charge leurs menstruations malgré les soucis qu’elles leur posent. Cacher le sang des règles et mobiliser des astuces pour y parvenir.

Le cycle menstruel dans le sport

Deux chercheuses de l’INSEP mènent une vaste étude sur le cycle menstruel des femmes dans le sport. La française, qui a remporté l’argent par équipe en escrime, a participé à une étude menée par Juliana Antero, accompagnée d’Alice Meignié, toutes deux chercheuses à l’INSEP (Institut National du Sport et de l’Éducation Physique). Si le tabou autour des règles semble se déconstruire de plus en plus, la désinformation concernant les cycles menstruels persiste toujours dans la société actuelle. Dans le milieu sportif, aucune étude ne traite réellement des effets du cycle menstruel sur la performance des athlètes féminines. Suite à ce constat et pour répondre à cette problématique, les deux chercheuses ont entrepris le projet EMPOW’HER. Démarré en février dernier, il a pour objectif de combler le manque d’information concernant les fluctuations que peuvent engendrer les cycles menstruels sur les performances des athlètes.

L’une des premières raisons repose sur le fait que les femmes sont moins étudiées. Et l’une des raisons évoquée d’ailleurs est liée au cycle menstruel qui représenterait une variable de plus à contrôler pour les études pour qu’elle ne devienne pas une variable de confusion. Par leurs études, leur premier constat montre que chaque femme est unique. Elles font face à des cycles de tous types : celles qui prennent des contraceptions hormonales, celles qui n’en prennent pas, celles qui ont des cycles réguliers, irréguliers, celles qui sont en aménorrhée, en oligo-aménorrhée, celles qui ont des cycles courts, ou alors longs donc des fluctuations hormonales plus importantes que d’autres, c’est vraiment très variable. Ce sont nos premiers résultats, on est encore entrain d’affiner cela mais c’est très interessant de voir l’influence des fluctuations hormonales sur leur performance.

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