L'avortement clandestin est un problème de santé publique majeur, en particulier dans les pays où l'avortement est illégal ou soumis à des restrictions sévères. Au Maroc, par exemple, l'avortement est interdit, même en cas de viol, ce qui contraint des centaines de femmes à avorter clandestinement chaque jour, au risque de la prison et, souvent, de leur vie. Cette situation a des conséquences désastreuses pour la santé et le bien-être des femmes, ainsi que pour la société dans son ensemble.
L'ampleur du problème
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 22 millions d'avortements non sécurisés sont pratiqués chaque année dans le monde. Ces avortements sont la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde. Au Maroc, l'Association marocaine pour le planning familial (AMPF) estime que 700 à 1000 femmes avortent chaque jour, et que 72% des avortements clandestins sont à risque.
Les méthodes dangereuses utilisées
Face à l'interdiction de l'avortement, les femmes ont recours à des méthodes dangereuses et souvent désespérées pour mettre fin à leur grossesse. Certaines utilisent des méthodes artisanales, telles que l'ingestion de tisanes dangereuses ou l'insertion d'objets dans le vagin. D'autres se procurent des pilules abortives interdites et dangereuses, parfois mortelles, sur le marché noir, comme l'Artotec ou le Cytotec. Les femmes les plus aisées peuvent avoir recours à un médecin, mais cela reste illégal et risqué.
Farah, violée par un de ses collègues, témoigne de son calvaire : elle a tenté d'avorter par ses propres moyens en prenant toutes sortes de plantes, achetées chez un herboriste. Elle a subi des douleurs insupportables et des vomissements, mais cela n'a pas fonctionné. Elle a ensuite utilisé des méthodes plus radicales, comme l'insertion d'un bâton dans son vagin, ce qui lui a causé une blessure grave et une douleur insupportable.
Les risques pour la santé
Les avortements clandestins sont extrêmement dangereux pour la santé des femmes. L'OMS définit un avortement non sécurisé comme "un acte destiné à mettre fin à une grossesse effectué par des personnes ne disposant pas des qualifications adéquates ou bien se déroulant dans un environnement non conforme aux normes médicales minimales, ou encore dans ces deux circonstances". Contrairement à un avortement légal réalisé par un professionnel de santé qualifié, les avortements non sécurisés peuvent entraîner des complications graves, telles que :
Lire aussi: Guide Complet Accouchement Naturel
- Hémorragies
- Infections
- Perforation de l'utérus ou d'autres organes
- Stérilité
- Décès
Quatre femmes interrogées ont confié avoir dû être prises en charge d'urgence à l'hôpital pour de graves complications liées à des tentatives d'avorter par leurs propres moyens.
Les conséquences psychologiques
Outre les risques physiques, les avortements clandestins ont également des conséquences psychologiques importantes pour les femmes. La peur, la honte, la culpabilité et le traumatisme peuvent entraîner :
- Dépression
- Anxiété
- Troubles du sommeil
- Troubles de l'alimentation
- Idées suicidaires
Farah, après avoir échoué à avorter et avoir été suspendue par son employeur, a envisagé de se suicider.
Les obstacles à l'accès à l'avortement sécurisé
Plusieurs facteurs contribuent à l'accès limité à l'avortement sécurisé :
- La législation restrictive: La criminalisation de l'avortement pousse les femmes à la clandestinité et les empêche d'accéder à des soins médicaux appropriés. Au Maroc, les personnes qui avortent ou tentent d'avorter encourent une peine d'emprisonnement allant de six mois à deux ans et des amendes.
- Le manque d'information: Certaines lois interdisent la diffusion d'informations sur l'avortement, ce qui restreint encore davantage l'accès à des ressources essentielles de santé et prive les femmes de la possibilité de prendre des décisions éclairées quant à leur grossesse.
- La stigmatisation: La stigmatisation sociale et religieuse entourant l'avortement dissuade les femmes de rechercher des soins médicaux et les isole.
- Le manque de ressources: Le manque de ressources financières et géographiques rend difficile l'accès à des services de santé reproductive, en particulier pour les femmes vivant dans les zones rurales ou les communautés marginalisées.
Les inégalités sociales
Les femmes non mariées sont particulièrement vulnérables face à l'avortement clandestin. Le Code pénal marocain punit toute relation sexuelle entre deux personnes non mariées d'un mois à un an d'emprisonnement, ce qui entraîne une exclusion sociale et économique. Les enfants de femmes non mariées sont privés d'identité juridique et de droits fondamentaux.
Lire aussi: Couches lavables faites maison : le guide
Ouiam, veuve et mère d'un enfant, a été emprisonnée pour avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage. Elle a essayé d'avorter par ses propres moyens, en vain, et vit dans la terreur dans son village.
L'importance de la dépénalisation de l'avortement
La dépénalisation de l'avortement est essentielle pour protéger la santé et les droits des femmes. Elle permet de :
- Réduire le nombre d'avortements non sécurisés et de décès maternels
- Garantir l'accès à des soins de santé reproductive de qualité
- Lutter contre la stigmatisation et la discrimination
- Permettre aux femmes de prendre des décisions éclairées concernant leur grossesse
- Se conformer au droit international, qui reconnaît l'avortement comme un droit fondamental
En 2015, le roi Mohammed VI avait ordonné un assouplissement des conditions d'avortement, mais neuf ans plus tard, la loi n'a toujours pas changé. Il est urgent que l'État marocain abandonne ses politiques rétrogrades et dépénalise l'avortement.
Les revendications
Les organisations de défense des droits des femmes revendiquent :
- La dépénalisation de l'avortement
- L'adoption d'urgence de lois protégeant les droits reproductifs et l'autonomie des femmes
- La garantie d'un accès égal à des soins de santé complets, y compris à un avortement sécurisé, pour toutes les femmes et les filles
L'expérience française : un exemple à suivre
Il y a cinquante ans, le 17 janvier 1975, la loi Veil était promulguée en France, dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Avant cette date, de nombreuses Françaises ont été forcées d'avorter illégalement, parfois seules, avec des conséquences dramatiques pour leur santé et leur vie.
Lire aussi: Comment déclarer votre grossesse ?
Marcelle Marquise, avignonnaise, raconte avoir avorté illégalement deux fois dans les années 60, en faisant bouillir du persil et en le buvant. Huguette Hérin, 86 ans, raconte s'être jetée dans les escaliers du métro pour provoquer une fausse couche.
La loi Veil a marqué un tournant dans l'histoire des droits des femmes en France. Elle a été assouplie à plusieurs reprises depuis sa promulgation, et l'IVG est désormais remboursée à 100% par la Sécurité sociale. Le 4 mars 2024, la liberté d'accès à l'IVG est entrée dans la Constitution française.
L'expérience française montre qu'il est possible de dépénaliser l'avortement et de garantir l'accès à des soins de santé reproductive de qualité pour toutes les femmes.
tags: #comment #avorter #clandestinement #risques #et #consequences