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L'Avortement au Portugal : Conditions et Contexte Européen

L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet sensible et complexe, marqué par des évolutions législatives et sociétales constantes. Au Portugal, comme dans de nombreux pays européens, l'accès à l'avortement a connu des avancées significatives, mais reste soumis à des conditions spécifiques et à des débats persistants. Cet article explore en détail les conditions d'avortement au Portugal, en les situant dans le contexte plus large des législations européennes et des enjeux actuels liés aux droits reproductifs.

L'IVG en Europe : Un Panorama Contrasté

Sur 27 États de l'Union européenne, 25 ont légalisé ou dépénalisé l'IVG sans exiger de justification de la part de la femme. Le délai maximal pour avorter varie considérablement d'un pays à l'autre, allant de 10 semaines d'aménorrhée au Portugal à 24 semaines aux Pays-Bas. La France, quant à elle, a étendu son délai légal à quatorze semaines de grossesse en 2022. Des pays comme Chypre et l'Irlande ont également assoupli leur législation, autorisant l'IVG sous certaines conditions.

Cependant, des restrictions persistent dans certains États membres. Malte, jusqu'en 2023, était le seul pays de l'UE où l'avortement était totalement interdit, tandis qu'en Pologne, l'IVG n'est autorisée qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Ces disparités mettent en évidence la diversité des approches en matière de droits reproductifs au sein de l'Union européenne.

L'Évolution de la Législation Portugaise sur l'Avortement

Au Portugal, la pratique de l'IVG a été totalement interdite jusqu'en 1984. La loi 6/84 a marqué un premier pas en avant en introduisant des exceptions à cette interdiction dans certaines circonstances. En 1997, la loi 90/97 a étendu ces exceptions à 24 semaines en cas de malformation du fœtus et à 16 semaines en cas de crime contre la liberté sexuelle et l'autodétermination des femmes.

Un tournant majeur a eu lieu en 2007, lorsqu'un référendum a conduit à la légalisation de l'avortement jusqu'à la dixième semaine de grossesse, avec le consentement de la femme enceinte (loi 16/2007). Cette loi a également introduit un délai de réflexion minimal obligatoire de trois jours et le droit à un soutien psychologique pendant ce délai.

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Les Conditions Actuelles pour Avorter au Portugal

Aujourd'hui, l'avortement est autorisé au Portugal "lorsqu'il est pratiqué, avec le consentement de la femme enceinte, au cours des dix premières semaines de grossesse". Les femmes doivent remplir les trois conditions cumulatives mentionnées à l'article 140/1 de la loi 6/84. De plus, la loi 16/2007 impose un délai de réflexion minimal obligatoire de trois jours avant un avortement (article 142/1/4/a) et le droit à un soutien psychologique pendant ce délai de réflexion par un professionnel du domaine social (article 142/2/2/c/d).

En 2015, la loi 136/2015 relative à la protection de la maternité et de la paternité a modifié pour la première fois la loi 16/2007. La loi 3/2016 a exempté les femmes du paiement de frais de santé (taxas moderadoras) en cas d'avortement.

Obstacles et Défis Persistants

Malgré la légalisation de l'avortement au Portugal, des obstacles persistent. Amnesty International a souligné un "manque d'informations sur l'IVG et les droits des femmes et une absence de soutien aux femmes enceintes" dans plusieurs régions portugaises. De plus, le nombre élevé de professionnels objecteurs de conscience (533 médecins dans 38 hôpitaux du système national de santé) entraîne une discrimination et une stigmatisation, en particulier à l'égard des plus vulnérables.

Le délai maximal de dix semaines pour avorter est également un sujet de débat, car il pousse de nombreuses Portugaises à se rendre en Espagne, où le délai est de quatorze semaines. En 2022 et 2023, sur les 1 327 Portugaises qui ont avorté dans le pays voisin, 613 l'ont fait juste avant la quatorzième semaine de grossesse.

Le Portugal face aux Tendances Européennes

Le Portugal, comme d'autres pays européens, est confronté à des pressions pour restreindre l'accès à l'IVG. En 2015, le gouvernement portugais a décidé de mettre à la charge des femmes tous les frais liés à l'arrêt de leur grossesse. De plus, le Parlement portugais a adopté d'autres modifications de la loi sur l'avortement, introduisant notamment une obligation de conseil psychologique et social et une consultation au planning familial.

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Ces mesures, bien que moins restrictives que dans certains pays comme la Pologne ou Malte, témoignent d'une volonté de contrôler et d'encadrer l'accès à l'IVG. Elles s'inscrivent dans un contexte européen où les droits reproductifs sont de plus en plus menacés par des mouvements conservateurs et religieux.

L'IVG dans la Charte des Droits Fondamentaux de l'UE : Un Enjeu Majeur

Le débat sur l'inscription du droit à l'avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE est un enjeu majeur. Le Parlement européen a exprimé son souhait d'inclure le droit à l'avortement dans cette charte, mais cette initiative nécessite une révision des traités européens.

L'inscription de l'IVG dans la Charte des droits fondamentaux de l'UE aurait une portée symbolique et juridique importante. Elle renforcerait la protection des droits reproductifs des femmes à l'échelle européenne et empêcherait toute remise en cause de ce droit par les États membres.

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