Le service militaire en France a connu une histoire riche et complexe, marquée par des évolutions significatives en termes de durée, de modalités et de finalité. De sa création après la Révolution française à sa suspension en 1997, le service militaire a été un élément central de la société française, influençant la citoyenneté, la défense nationale et la cohésion sociale. Cet article explore l'histoire du service militaire en France, sa durée à travers les époques, et les débats actuels sur son éventuel rétablissement.
Les origines du service militaire : La Révolution française et la conscription
En France, le service militaire a été inventé après la Révolution française en 1798. Jusque-là, l’armée était avant tout constituée de professionnels. La loi Jourdan-Delbrel de 1798 institue la « conscription universelle et obligatoire ». Elle concerne tous les hommes français âgés de 20 à 25 ans. Considérée comme le texte fondateur du service national, cette loi améliore, en fait, des systèmes déjà existants sous la monarchie. « Tout Français est soldat et se doit à la défense de sa patrie » précise l'article 1 de cette loi, qui permettra notamment d'alimenter les armées napoléoniennes jusqu'en 1815. Avant la Révolution française, le service militaire était réservé à des militaires professionnels. Mais dès que le roi avait besoin de renforts, il pouvait obliger ses provinces à lever des troupes parmi ses sujets. Les miliciens provinciaux étaient souvent désignés par tirage au sort.
Le principe du tirage au sort est institué en 1804 par un décret de Napoléon. Les conscrits sont désignés parmi les célibataires ou les veufs sans enfants, âgés de 20 à 25 ans et mesurant au moins 1,54 m. Dans chaque canton, 30 à 35% des hommes éligibles peuvent être ainsi appelés sous les drapeaux. Le service dure 6 ans. Mais tous les Français ne sont pas égaux face à la conscription. Les familles nobles et bourgeoises peuvent payer un remplaçant qui accepte de prendre la place du conscrit tiré au sort.
XIXe siècle : Abolition et rétablissement de la conscription
En 1818, lors de la Restauration, le roi Louis XVIII met fin à la conscription afin de réorganiser l'armée mais aussi pour rompre avec l'héritage napoléonien. Elle est pleinement rétablie par la IIIe République après la guerre franco-prussienne de 1870. La loi Cissey de 1872 réinstaure le service national obligatoire par tirage au sort, qui peut durer de 6 mois à 5 ans. La loi de 1905 met fin au système de tirage au sort - tous les hommes dans la tranche d'âge sont donc concernés - et réduit au maximum les possibilités d'exemption. Seuls les motifs médicaux permettent d'échapper au service obligatoire. La durée est portée à deux ans. Ces principes resteront en vigueur tout au long du XXe siècle.
XXe siècle : Évolutions et suspension du service militaire
Au XXe siècle, la durée du service militaire a varié en fonction des contextes politiques et militaires. En 1902, les jeunes partaient 3 ans en service miliaire. En 1963, après les accords d'Evian, un statut d'objecteur de conscience est créé. La durée du service est ramenée à 16 mois, puis à un an en 1970. L'année suivante, le service militaire est officiellement renommé « service national ». Les modalités du service s'étoffent. L'appelé peut choisir un service dans le civil (coopération, aide technique) et reporter sa convocation jusqu'à l'âge de 22 ans. Nouveauté : le service s'ouvre aux femmes, sous la forme du volontariat. Puis en 1992, la durée du service militaire a été réduite à 10 mois.
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En 1996, Jacques Chirac, qui vient d'être élu en 1995 président de la République, lance le chantier de la professionnalisation des armées. Les menaces qui planent sur la sécurité nationale ne sont plus les mêmes que pendant la Guerre Froide. L'art de la guerre est avant-tout une affaire de de spécialistes chevronnés. Le 22 février 1996, au cours d'un entretien audiovisuel, le chef de l'Etat annonce la suppression pure et simple du service militaire. « La conscription ne répond plus aux exigences d'une armée moderne dans un grand pays moderne », explique le président.
Finalement, en 1997, le gouvernement décide que l’armée sera constituée uniquement de professionnels et supprime le service militaire. Il le remplace par des parcours citoyens. En 1997, la réforme du service national est adoptée par le Parlement. L'appel sous les drapeaux des jeunes gens nés après le 31 décembre 1978 est « suspendu ». L'article L. 112-2 du Code du service national stipule que le service « est rétabli à tout moment par la loi dès lors que les conditions de la défense de la Nation l'exigent ou que les objectifs assignés aux armées le nécessitent ». La fin définitive de la conscription étant fixée à 2003. Un décret du 27 juin 2001 met fin, par anticipation, à la conscription. Les derniers appelés sont démobilisés en novembre. Ainsi par exemple, depuis 2011, les jeunes filles et les jeunes hommes âgés de 17 à 25 ans réalisent obligatoirement une journée défense et citoyenneté.
Le service militaire et la guerre d'Algérie
Suspendue en 1940, la conscription est rétablie en 1946. Mais le service militaire a pour objectif uniquement la défense du territoire national. Lors de la guerre d'Indochine (1946-1954), seuls les professionnels sont ainsi envoyés au combat. Lors de la guerre d'Algérie, toujours française à l'époque, toute une classe d'âge est appelée sous les drapeaux. Un million et demi de Français nés entre 1935 et 1942 sont mobilisés. Des mouvements de contestation sont organisés pour bloquer des trains de conscrits.
Le débat sur le rétablissement du service militaire
Faut-il rétablir le service national obligatoire ? Depuis les attentats de janvier et novembre 2015, de nombreux élus se prononcent pour le retour d'une forme de conscription. Dans la population également, l'idée semble gagner du terrain. Les centres de Service militaire volontaire (SMV), qui proposent un dispositif d'insertion professionnelle encadré par des formateurs issus de l'armée, enregistrent de nombreuses demandes d'inscriptions.
Aujourd’hui, dix pays de l’Union européenne ont un service militaire obligatoire. Tandis que la plupart des pays d’Europe occidentale l’ont progressivement suspendu, celui-ci est en vigueur de longue date en Autriche, à Chypre, au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Grèce et en Lettonie. Il a été réintroduit ces dernières années en Lituanie (2015), en Suède (2017) et en Croatie (2025). Tous proposent une alternative civile et sont ouverts à la participation des femmes (qui est obligatoire seulement au Danemark et en Suède). L’appellation de service militaire « obligatoire » recouvre cependant des dispositifs très différents en Europe : la part des jeunes concernés par ce service obligatoire se situe généralement entre 35 % et 60 % d’une cohorte masculine, avec une grande diversité de modes de sélection. Dans d’autres pays européens, le service militaire est accompli sur la base du volontariat. C’est le cas des Pays-Bas, où un service militaire volontaire (Dienjaar, année de service) a été réintroduit en 2023. Par ailleurs, six pays européens (l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas) proposent un dispositif de service à caractère civil et volontaire, à l’image du service civique français.
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Les scénarios envisagés pour un nouveau service national
Plusieurs scénarios sont envisagés pour un éventuel rétablissement du service national en France. La Note flash est publiée sous la responsabilité éditoriale du commissaire général de France Stratégie. Elle explore ainsi quatre scénarios suivant deux axes (service civil ou militaire, engagement volontaire ou obligatoire) : un SNU « vitaminé », un service civil universel, un service militaire volontaire et le retour du service militaire obligatoire. Le premier scénario hybride reposerait sur un service civil obligatoire pour tous (un séjour de cohésion de douze jours comme dans l’actuel SNU, suivi de cinq mois de mission de type service civique) et un service militaire volontaire de trois mois. Le second scénario hybride reposerait sur un service obligatoire pour tous, avec options civile et militaire : après un séjour de douze jours commun à tous les jeunes, une deuxième période obligatoire offrirait le choix entre un service civil de cinq mois et un service militaire de trois mois.
- Un SNU « vitaminé » : Un service civil à caractère volontaire, dans lequel l’engagement s’opère dans des domaines variés tels que la sécurité civile, la solidarité, la culture, la santé, le sport ou encore l’environnement. Pour évaluer le montant total de ce SNU élargi, l’hypothèse retenue ici est celle d’un coût par jeune correspondant au coût actuel de la première phase du SNU (2 900 euros) et d’un effectif de 200 000 jeunes par an (soit cinq fois le flux actuel dans le cadre du SNU, et près de 25 % d’une classe d’âge de 820 000 jeunes).
- Un service civil universel : Un service civil qui deviendrait obligatoire et serait donc élargi à une grande majorité d’une classe d’âge (le panorama européen et historique montre qu’un service « obligatoire » ou « universel » ne concerne en pratique jamais l’intégralité d’une génération).
- Un service militaire volontaire : Il présente l’avantage de renforcer la culture de défense, de susciter des vocations pour intégrer l’armée de métier, voire d’être une source pour alimenter la Garde nationale (réservistes opérationnels des ministères des Armées et de l’Intérieur).
- Le rétablissement d’un service militaire obligatoire : La durée serait toutefois plus courte que les dix mois du service national avant sa suspension, avec un engagement de six mois. Si l’on retient toujours l’hypothèse d’un taux de participation de 75 % d’une classe d’âge (en raison d’une durée plus courte que celle du service en vigueur jusqu’en 1997), 300 000 jeunes seraient concernés chaque année si le service était obligatoire pour les seuls hommes et 600 000 s’il était également obligatoire pour les femmes. Compte tenu de l’importance des effectifs concernés, les défis logistiques et organisationnels - infrastructures d’accueil, encadrement humain - d’un tel scénario seraient majeurs et il semble impossible d’y parvenir en moins de cinq ans.
Enjeux et perspectives
Les quatre scénarios présentés ci-dessus offrent des réponses très différentes aux enjeux de cohésion sociale, d’engagement civique et de défense nationale. Le volontariat permet souplesse et valorisation individuelle, mais souffre d’un manque d’universalité et de mixité. L’évolution du service national vers un service civilo-militaire universel pourrait dessiner un nouveau modèle français, voire européen - compte tenu des réflexions analogues en cours, notamment en Allemagne -, fondé sur l’engagement de toute une génération, avec une dimension obligatoire, un moment de cohésion et la diffusion d’une culture militaire.
Quel que soit le scénario retenu, atteindre des objectifs ambitieux de nombre d’engagés, dans un service obligatoire et à plus forte raison volontaire, tout en s’assurant de l’adhésion des jeunes, nécessiterait une mobilisation et des incitations fortes. La participation à ce nouveau service national à la française pourrait être valorisée dans les parcours scolaires et universitaires (priorité, à niveau scolaire égal, dans les procédures d’orientation ou de choix de filière, validation de crédits ou d’options dans les diplômes du secondaire et du supérieur). La reconnaissance des périodes d’engagement dans la validation des acquis de l’expérience devrait aussi être systématique. La période d’engagement pourrait être prise en compte notamment pour le calcul de la retraite, et pour les fonctionnaires elle serait par exemple valorisée dans les progressions de carrière et dans les critères de priorité pour la mobilité géographique.
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