L'insémination artificielle (IA) est une technique de reproduction assistée de plus en plus utilisée dans le monde équin. Elle consiste à introduire artificiellement du sperme dans l'utérus de la jument, évitant ainsi la monte naturelle. Cette méthode offre de nombreux avantages, notamment un meilleur contrôle sanitaire, une réduction des risques liés aux animaux vicieux et une optimisation de la fécondité des étalons. Cependant, le succès de l'IA dépend de plusieurs facteurs, notamment le type de semence utilisé, le suivi ovarien de la jument et le protocole d'insémination adopté.
Avantages de l’insémination artificielle chez les équins
L’insémination artificielle offre un contrôle sanitaire plus strict, élimine les vulvoplasties répétées et les risques liés à des animaux vicieux. Elle permet de diminuer le nombre de sauts à effectuer par les étalons et d’améliorer leur fécondité, tout en augmentant potentiellement le nombre de juments saillies par étalon. De plus, elle permet d’évaluer le sperme des étalons à chaque récolte et de constater des changements de qualité du sperme.
Types de semence et techniques d'insémination
L'insémination artificielle peut être réalisée avec différents types de semence : fraîche, réfrigérée ou congelée.
- Semence fraîche : Le sperme récolté est utilisé pour inséminer la jument dans les 30 minutes suivant la récolte. Cette technique nécessite que les deux reproducteurs soient à proximité et que la récolte de l'étalon puisse être effectuée dès que la jument est prête à ovuler. La technique d’IA immédiate doit être préférée pour tous les étalons utilisés sur place. La technique « sperme pur partagé » est utilisée lors de collectes avec 1 ou 2 juments à servir, avec insémination dans les 5 minutes suivant la récolte.
- Semence réfrigérée : Lorsque le transport est nécessaire ou que la jument ne peut être inséminée immédiatement, la semence récoltée peut être utilisée jusqu'à 24 heures après la récolte en étant refroidie à 4°C.
- Semence congelée : La semence est récoltée pour une conservation de durée indéterminée et congelée dans l'azote liquide, conditionnée dans des « paillettes » contenant chacune 0.5 mL de sperme et 50 millions de spermatozoïdes. En général, il faut 8 paillettes pour une insémination.
La technique 2/3 (lait) - 1/3 (semence) ne permet pas la conservation de la semence. Les doses sont majoritairement réalisées dans des seringues de 20 ml sans air, bouchées et insérées dans un manchon de protection, entreposées à 4°C jusqu’à l’insémination.
Facteurs influençant la fertilité
Plusieurs facteurs peuvent influencer la fertilité lors de l'insémination artificielle, notamment :
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- La qualité de la semence : Il est crucial d'évaluer la qualité du sperme avant l'insémination, en tenant compte de la concentration, de la mobilité et de la morphologie des spermatozoïdes.
- Le moment de l'insémination : L'insémination doit être réalisée au moment optimal par rapport à l'ovulation, en tenant compte de la durée de vie des spermatozoïdes selon le type de semence utilisé.
- L'état de santé de la jument : Il est important de s'assurer que la jument est en bonne santé et qu'elle ne présente pas de problèmes au niveau de l'utérus, comme des endométrites. Il est donc important de bien raisonner ses accouplements et ainsi procéder à une sélection des juments afin d'écarter celles dont la fertilité est potentiellement moins bonne : les juments vides depuis plusieurs années, les juments âgées (bien que ce facteur soit individuel, la fertilité diminue à partir de l'âge de 10 ans), les juments connues pour avoir des problèmes au niveau de l’utérus (comme des endométrites).
- L'âge de la jument : La fertilité des juments diminue avec l'âge, en particulier après 14 ans.
- Le nombre de paillettes utilisées : La tendance actuelle est de limiter le nombre de paillettes par insémination, ce qui nécessite une technique d'insémination plus précise et un suivi ovarien rigoureux.
Suivi ovarien et induction de l'ovulation
Le suivi ovarien est indispensable lorsque l'on utilise l'IAC et doit être effectué par un vétérinaire. Il permet de suivre la croissance folliculaire et de déterminer le moment optimal pour l'insémination. La fréquence conseillée des examens échographiques dépend de la taille du plus gros follicule (F) :
- Si F ≤ 19 mm ⇒ 2 fois par semaine
- Si 20 ≤ F ≤ 24 mm ⇒ 3 fois par semaine
- Si 25 ≤ F ≤ 29 mm ⇒ toutes les 48 heures
- Si F ≥ 30 mm ⇒ toutes les 24 heures jusqu’au constat de l’ovulation
L'induction de l'ovulation peut être utilisée pour synchroniser l'ovulation avec le moment de l'insémination. Le produit couramment utilisé est l'hCG (Chorulon®), injecté lorsque la jument présente un follicule en croissance de dimension supérieure à 35 mm. La jument ovule en moyenne 36 heures après l'induction. En cas d’absence d’ovulation dans les 72 heures après l’injection, arrêter les IA.
Cas particulier du début de saison : Si la jument est en phase de transition printanière et qu'elle présente des follicules en croissance de dimension supérieure à 35 mm, certains peuvent être frileux à l’idée d’utiliser cette chaleur avec le nombre limité de paillettes pour la saison. L'ovulation peut être induite par une injection de prostaglandine, effectuée par un vétérinaire et possible dès le 5ème jour après l'ovulation.
Protocole d'insémination
Il existe deux principales méthodes d'insémination artificielle :
Première méthode (classique)
Cette méthode, mise au point dans les années 80, a fait ses preuves depuis une quarantaine d'années. La 1ère IA peut être réalisée si la jument est en chaleurs avec un follicule de taille au moins égale à 35 mm de diamètre. La jument doit être inséminée tous les jours jusqu’à l’ovulation, soit deux IA par chaleur avec induction d'ovulation le jour de la 1ère insémination. À chaque insémination, 8 paillettes (de 50 millions de spermatozoïdes chacune) sont utilisées (16 chez les juments de trait). Ainsi, la jument est inséminée avant l'ovulation avec 400 millions de spermatozoïdes à chaque insémination (800 millions chez les juments de trait). Étant donnée la durée de vie très courte de l’ovocyte (< à 10 heures), les IA post-ovulation n'augmentent pas la fertilité et sont donc inutiles avec cette technique.
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Deuxième méthode (nombre réduit de paillettes/jument)
Depuis plusieurs années, la tendance est à limiter considérablement le nombre de paillettes par insémination. Le nombre fourni par contrat de saillie est variable selon les étalons et les vendeurs de semence. Il peut être réduit à 4 à 5 paillettes, voire vendu à l'unité. L'utilisation du précédent protocole (1ère méthode, décrite ci-dessus) est alors impossible. La technique utilisée est appelée « insémination à petites doses », avec une seule paillette (parfois deux) utilisée à chaque insémination. Du fait du nombre de plus en plus restreint de paillettes disponibles, une dérive de cette technique s'est développée et consiste à déposer la semence en haut de la corne utérine, du côté où se trouve le follicule pré-ovulatoire. On parle d'insémination profonde. Le nombre de spermatozoïdes déposés dans la jument, ainsi que le timing par rapport à l'ovulation, influent beaucoup plus sur la fertilité que le site d'insémination.
Diagnostic de gestation
Le diagnostic de gestation peut être effectué dès 14 jours après l’ovulation constatée. Un constat de gestation positif doit être confirmé entre J+30 et J+35. En cas de constat de gestation négatif, il faut suivre la jument à la barre. Lors du constat de gestation, le vétérinaire doit vérifier le nombre de corps jaunes présents sur les ovaires, afin de déceler une éventuelle gestation gémellaire faisant suite à une double ovulation (qui peut être décalée de 1 à 2 jour(s) par rapport à la 1ère ovulation).
Réglementation selon les Stud-Books
Si dans les races bovines, l’insémination artificielle avec de la semence congelée est autorisée par tous les herd-books, il n’en est pas de même avec les chevaux. C’est pourquoi EQUITECHNIC en charge de toute l’activité « reproduction équine » doit adapter ses activités à la réglementation de chaque Stud-Book.
- Pur-Sang Anglais : Le Stud Book du Pur-Sang Anglais est un stud-book international qui n’autorise que la monte naturelle pour ses étalons. Les juments doivent donc être saillies par l’étalon en main avec tous les risques que cela comporte.
- Pur-Sang Arabe : Le Stud-Book du pur-sang arabe autorise le recours à toutes les techniques modernes de reproduction : monte naturelle, insémination artificielle en semence fraîche, réfrigérée ou congelée, transfert d’embryons frais et réfrigéré.
- Trotteur Français : Les responsables français du Stud Book des trotteurs français ont opté pour une situation intermédiaire. Ils autorisent la récolte des étalons et l’insémination sur son lieu de stationnement avec de la semence fraîche ce qui permet de fractionner les éjaculats et ainsi d’économiser les étalons qui pour un certain nombre d’entre eux poursuivent simultanément leur carrière de course.
- Chevaux de sport (Selle-Français, KWPN, BWP, SBS, Zangersheide, Holsteiner, Oldenburg…) et races de loisir : Ces stud-books autorisent les éleveurs à recourir à tous les types de monte (IAF, IAR, IAC) et à la transplantation embryonnaire sans limitation du nombre de produits par jument et par étalon.
Conseils pour optimiser l'insémination artificielle
- Choisir le bon étalon : Il est important de comparer les critères de la jument avec ceux de l’étalon (physique, mouvement, comportement, etc.).
- Effectuer un suivi vétérinaire régulier : Un suivi échographique régulier permet de suivre la croissance folliculaire et de déterminer le moment optimal pour l'insémination.
- Adapter le protocole d'insémination à la jument : Il est important d'adapter le protocole d'insémination à la jument afin d'avoir une fertilité optimale.
- Tenir compte de l'âge et de l'historique de reproduction de la jument : L'âge et l'historique de reproduction de la jument sont des paramètres importants à prendre en compte, car ils peuvent influencer la fertilité.
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