Le collectif Némésis, fondé en 2019, se présente comme un mouvement féministe, mais ses actions et son discours révèlent une instrumentalisation des luttes féministes à des fins racistes et nationalistes. Ce groupe, qui se revendique comme féministe identitaire, s'est spécialisé dans les actions coup de poing, infiltrant notamment les manifestations de gauche pour y clamer des slogans anti-immigration et anti-islam.
Genèse et positionnement idéologique
Némésis est né de la rencontre de jeunes femmes qui se disent victimes de violences sexuelles et sexistes commises par des hommes d'origine africaine et/ou de confession musulmane. Alice Cordier, fondatrice et figure de proue du collectif, est une ancienne militante du mouvement royaliste Action française. Le collectif s'est constitué en réaction à "l'idéologie gauchiste" des mouvements féministes traditionnels, notamment après le mouvement #MeToo.
Le positionnement idéologique de Némésis s'inscrit dans une logique de fémo-nationalisme, défini par la politologue Magali Della Sudda comme "l'appropriation des droits des femmes par des groupes nationalistes pour légitimer des discours racistes ou xénophobes". Cette approche se traduit par une racialisation du sexisme, où les hommes étrangers, en particulier musulmans, sont présentés comme la principale menace pour les femmes blanches. Alice Cordier a notamment déclaré que les femmes voilées sont "des activistes pour un islam politique", essentialisant et marginalisant ainsi une partie de la population en fonction de leur religion.
Bien que se disant féministe, Némésis refuse de prendre position sur l'avortement, prétextant des désaccords internes. Cette absence de positionnement sur un droit fondamental pour les femmes souligne la nature instrumentale de leur engagement féministe.
Actions et stratégies
Depuis sa création, Némésis a multiplié les actions coup de poing, souvent mises en scène de manière spectaculaire et relayées sur les réseaux sociaux. Le collectif, qui revendique 300 militantes, mais dont les actions rassemblent plutôt entre trente et quatre-vingts personnes, utilise une stratégie parasitaire en infiltrant les grandes mobilisations féministes pour faire passer son message.
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Lors de ces infiltrations, les militantes de Némésis arborent des slogans tels que "Violeurs étrangers dehors" et "Libérez-nous de l'immigration", établissant un lien direct entre immigration et violences faites aux femmes. Elles sont souvent écartées de ces manifestations, ce qui leur permet ensuite de se victimiser dans les médias conservateurs et d'attaquer les "gauchistes" et les "féministes".
En juin 2024, lors d'un rassemblement contre l'extrême droite, des membres de Némésis ont dévoilé des pancartes critiquant le Nouveau Front Populaire (NFP) et ses figures, les accusant de complaisance envers la violence conjugale et l'apologie du terrorisme.
Le collectif utilise également les réseaux sociaux, notamment Instagram et X, pour diffuser ses idées et relayer des affaires de violences sexuelles en insistant sur la nationalité étrangère des suspects. Bien que les statistiques du ministère de l'Intérieur montrent que seulement 13 % des personnes mises en cause dans les affaires de violences sexuelles élucidées étaient de nationalité étrangère en 2023, Némésis instrumentalise ces chiffres pour alimenter son discours xénophobe.
Soutiens et financements
L'existence et les actions de Némésis sont rendues possibles grâce à des soutiens logistiques, médiatiques et matériels puissants et assumés. Le collectif a les moyens de payer un service d'ordre professionnel privé et de financer les déplacements de ses militantes lors de leurs actions.
Alice Cordier, fondatrice de Némésis, a été égérie pendant plusieurs années de la marque de nutrition sportive Prozis. Le collectif est également relayé par divers journalistes et éditorialistes de l'entreprise médiatique Bolloré, qui promeut un projet d'union des droites.
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En janvier 2024, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau avait salué le "combat" d'Alice Cordier, avant de rétropédaler. Toutefois, il a assuré le collectif de son soutien sur X, accusant les organisatrices des principales manifestations du 8 mars de "sectarisme" et de méthodes "néototalitaires".
Critiques et controverses
Les actions et le discours de Némésis suscitent de vives critiques et controverses. Les associations féministes dénoncent l'instrumentalisation de la cause des femmes à des fins racistes et nationalistes. Elles soulignent que le collectif détourne l'attention des problèmes structurels liés aux violences sexistes et sexuelles, tels que le patriarcat et la culture du viol, en les attribuant à une origine ou une religion spécifique.
La chercheuse Magali Della Sudda met en garde contre le fémo-nationalisme de Némésis, qui utilise la cause des femmes pour faire avancer une cause nationaliste, identitaire et sécuritaire. Elle souligne que le collectif ne se préoccupe pas des questions de santé reproductive ou des conditions de travail des femmes, mais se concentre sur la défense d'une identité et d'une certaine vision de l'Occident.
Le député LFI Raphaël Arnault résume la stratégie de Némésis en affirmant que "l'objectif est le même entre Alice Cordier et Anne-Thaïs du Tertre d'Escoeuffant, dit Thaïs d'Escufon. Ils veulent détourner le féminisme pour alimenter leur haine raciste."
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