On le sait, chez l'être humain, le corps et l'esprit sont étroitement liés. Les coliques du nourrisson, caractérisées par des crises de pleurs récurrentes et régulières chez le bébé, représentent un motif récurrent de consultation. Si les causes physiologiques sont souvent évoquées, l'impact des facteurs psychologiques est de plus en plus reconnu. Cet article explore en profondeur les liens entre les coliques du nourrisson et les causes psychologiques, en s'appuyant sur l'expertise de professionnels et les données scientifiques disponibles.
Le lien corps-esprit chez le nourrisson : une hypervigilance sensorielle
À la naissance, l'enfant communique avec le monde qui l'entoure par les sens. Il écoute avec sa peau, il voit avec ses oreilles. Sophie Marinopoulos, psychologue clinicienne et psychanalyste, explique que le bébé est en "hypervigilance sensorielle". Une émotion vécue difficilement - mal « digérée » en somme - peut alors s'exprimer par l'intermédiaire du corps. Ce phénomène, appelé « somatisation » par les spécialistes, ne touche pas que les adultes ; nos tout-petits sont également concernés. C'est ainsi qu'eczéma, problèmes de digestion, coliques ou autres viennent exprimer ce qui ne peut pas encore être dit par la parole. « Les maux remplacent les mots », résume la spécialiste.
Somatisation : quand le corps exprime ce que les mots ne peuvent pas
La somatisation chez le nourrisson se manifeste lorsque l'enfant n'arrive pas à exprimer verbalement un mal-être émotionnel. Les tout-petits manifestent volontiers leur mal-être par des problèmes de digestion : reflux, coliques, mal au ventre. Ce processus peut être influencé par divers facteurs, notamment :
- Difficulté à franchir une étape affective: Vers 3 ans, les enfants commencent à bien maîtriser le langage, mais cela n'empêche pas la somatisation. Cela arrive en particulier lorsque l'enfant a du mal à franchir une étape affective, comme par exemple se séparer de sa maman pour entrer à l'école. Troublé, il ne parvient pas à formuler ce qu'il ressent et il le vit avec son corps.
- Vie émotionnelle et affective cadenassée: Cela arrive aussi lorsque la vie émotionnelle et affective de l'enfant est cadenassée, soit parce qu'il vit dans une famille où on ne se parle pas beaucoup, où les mots ne font pas partie de la relation, soit parce qu'il est moins mûr sur le plan affectif que sur le plan intellectuel. Dans ce dernier cas, si l'enfant possède un vocabulaire riche, il ne sait pas mettre ses émotions en paroles.
- Sensibilité individuelle: Certains profils sont plus exposés que d'autres. Dans la vie quotidienne d'ailleurs, on s'aperçoit vite que tous les bébés ne réagissent pas de la même façon aux petits stress. Un courant d'air, par exemple. Il y a des bébés qui ouvrent tout de suite l'œil et font un bond d'un mètre dans leur lit ! Et puis il y en a d'autres qui ne clignent pas d'un cil. Question de sensibilité, plus ou moins grande… qu'on retrouvera ensuite dans le tempérament de l'enfant.
Il n'est pas rare en effet que plusieurs mois ou plusieurs années s'écoulent entre le « traumatisme émotionnel », en clair, une émotion forte que l'enfant ne comprend pas, et le symptôme physique. En fait, le corps garde en mémoire le mal-être psychologique.
Manifestations somatiques chez le nourrisson et l'enfant
Chez les bébés, les problèmes de peau (eczéma en particulier) sont fréquents. « On sait que les bébés peuvent réagir très fort avec leur peau », souligne la psychologue. Rien d'étonnant, au fond, puisque c'est par là que s'établit le premier rapport à l'autre (au travers du change, des câlins, des bercements, des jeux…).
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Les plus grands présentent les mêmes symptômes que les petits, auxquels d'autres viennent s'ajouter, note Sophie Marinopoulos. Troubles du sommeil, perte d'appétit, maux de tête, agitation, difficulté à se concentrer. Fréquent aussi : des enfants qui se remettent à faire pipi au lit alors qu'ils étaient propres, à l'occasion de la naissance d'un petit frère ou d'un déménagement, par exemple… Ou qui se mettent à vomir avant d'aller à l'école.
Comprendre et agir face aux coliques : une approche globale
Face aux coliques du nourrisson, il est essentiel d'adopter une approche globale qui prend en compte à la fois les aspects physiologiques et psychologiques.
Examen médical et diagnostic
Le médecin ou le pédiatre réalise un examen clinique du nourrisson et interroge les parents (contexte, intensité, fréquence, durée des crises, éventuels signes associés…). Les coliques du nourrisson n’ont rien d’inquiétant ou de pathologique. Le développement de l’enfant est normal. Les coliques du nourrisson demeurent à ce jour inexpliquées. Une altération de la flore intestinale habituelle dans le développement du bébé pourrait expliquer les coliques du nourrisson. Aujourd’hui nous nous référons aux critères de Rome IV qui définissent les coliques du nourrisson dans le cadre de troubles fonctionnels intestinaux, selon le groupe francophone d’hépatogastroentérologie et de nutrition pédiatrique.
Solutions potentielles
- Allaitement et précautions: De pratiquer l’allaitement au sein en prenant certaines précautions.
- Probiotiques: Certains travaux attestent de l’efficacité des probiotiques afin de calmer les coliques du nourrisson. C’est le cas de la bactérie lactobacillus Reuteri (source 5), issue du lait maternel.
- Ostéopathie: Tout d’abord, l’ostéopathe opère un examen manuel très doux qui analyse les déséquilibres présents. L’intervention se fait par des manipulations appropriées et non contraignantes pour le bébé.
- Biberons anti-coliques: Ces biberons sont conçus pour faciliter la digestion du nourrisson. Ils sont équipés de valves anti-coliques qui permettent, contrairement aux biberons classiques, une circulation de l’air à l’intérieur du biberon et un écoulement d’air lent et régulier du lait.
L'importance de l'accompagnement psychologique
Il est important de ne pas isoler un symptôme du contexte familial dans lequel il s'exprime. Il n'a de sens que dans cette histoire particulière. Vous vous posez des questions ? Vous avez un doute ? Votre enfant souffre régulièrement des mêmes symptômes, qu'il s'agisse de problème de peau, d'otites à répétition ? N'hésitez pas à consulter un psychologue. On peut demander conseil au psy comme on le demande au pédiatre, assure Sophie Marinopoulos. Les parents ont souvent peur de s'engager dans une démarche longue et complexe. Mais on ne va pas forcément leur proposer une psychothérapie !
Le plus souvent, le psychologue se contente de décoder le symptôme et de l'expliquer. Il donne du sens aux manifestations physiques en s'appuyant sur sa connaissance du psychisme de l'enfant («Ce pipi au lit ou cet eczéma, voilà quel sens ça a »). Il peut aussi accompagner la famille si nécessaire, en désamorçant les angoisses des parents et en leur permettant de mieux ajuster leurs réactions. Il faut lui faire confiance.
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Ce qu'il faut éviter de faire
- Médicaments: Il n’existe pas de traitement incontournable ayant fait ses preuves contre les coliques du nourrisson. Le médecin ne prescrit jamais de médicaments pour calmer des coliques du nourrisson. Il est déconseillé de s’en remettre aux antispasmodiques, antiacides, IPP… « En outre, aucun antalgique n’agit sur les coliques du nourrisson », prévient la Dre Fatia Cherfioui. En effet, les coliques n’ont rien de pathologique et rien ne prouve qu’elles résultent d’un quelconque inconfort ou douleur.
- Remèdes à base de plantes sans preuve d'efficacité: Certaines plantes sont utilisées telles que : le tilleul, la fleur d’oranger, le fenouil… « Aucune étude ne démontre cependant l’efficacité de ces remèdes ».
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