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Le clash dans "On n'est pas couché": Anatomie d'un phénomène médiatique

L'émission "On n'est pas couché" (ONPC) sur France 2, animée par Laurent Ruquier, a marqué le paysage audiovisuel français par ses échanges vifs, souvent qualifiés de "clashs", entre les chroniqueurs et les invités. Ces séquences, devenues la marque de fabrique de l'émission, ont contribué à son succès et à son attractivité, tout en suscitant des débats sur leur pertinence et leur impact. Cet article se propose d'analyser le phénomène du clash dans ONPC, en explorant ses ressorts, ses conséquences et ses évolutions.

L'émergence du clash comme genre télévisuel

Au fil des années, le clash s'est imposé comme un motif médiatique récurrent, voire comme un genre télévisuel à part entière. Le sémiologue Denis Bertrand le décrit comme "un motif médiatique institué, presque un genre télévisuel". Cette évolution est liée à plusieurs facteurs, notamment la recherche d'audience, la valorisation de la polémique et la personnalisation du débat.

Aujourd'hui, c’est bien connu, le clash télévisuel fait vendre et devient même l’essence de certaines émissions. Et ce, pour quelles raisons ? Depuis quelques temps, ces confrontations verbales perpétuelles sont la plupart du temps incarnées par la personne de Yann Moïx, chroniqueur remplaçant Aymeric Caron. Et quand le réalisateur et écrivain récompensé du prix Goncourt du premier roman français intervient : ayez un ego bien accroché ! Tel un tireur d’élite, il capte sa cible et ne la lâche pas, la mitraillant alors de reproches plus complexes syntaxiquement les uns que les autres. Les gestes, les mouvements de la bouche, les regards et les mots emplis de tension sont tout autant d’indices d’un clash annoncé.

Les ingrédients du clash

Plusieurs éléments contribuent à la création d'un clash. Tout d'abord, la présence de personnalités aux opinions tranchées et aux styles antagonistes est essentielle. Au sein de la même émission, on se souvient également du très médiatisé face à face entre Aymeric Carron et Caroline Fourest repris ensuite dans plus de 119 articles de presse. Les deux « journalistes-acteurs » se sont alors prêtés au jeu de ce spectacle télévisuel en s’écharpant méchamment sur la question du blasphème et au sujet d’un communiqué de Ben Laden. Et comment ne pas évoquer, en parlant des buzzs qu’a généré « ONPC », la récente intervention de Nadine Morano sur la France en tant que « pays de race blanche judéo-chrétienne » dans l’émission.

Ensuite, le choix des sujets abordés joue un rôle déterminant. Les questions politiques, sociales, économiques et culturelles qui divisent l'opinion publique sont privilégiées, car elles sont susceptibles de susciter des réactions passionnées. Le débat, initialement orienté sur un sujet bien spécifique (politique, social, économique, culturel) devient une affaire d’ego et se vide de son sens initial.

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Enfin, la mise en scène du débat est cruciale. L'émission ONPC, avec son décor sobre et son ambiance feutrée, crée un espace propice à la confrontation. La présence d'un animateur qui relance le débat et met en tension les intervenants contribue également à l'émergence du clash.

Les figures emblématiques du clash dans ONPC

Certains chroniqueurs d'ONPC se sont particulièrement illustrés dans l'art du clash. Le duo formé par Éric Zemmour et Éric Naulleau est sans doute le plus emblématique. Leurs opinions conservatrices et leur style polémique ont suscité de nombreuses controverses et ont fait d'eux des figures incontournables du paysage médiatique français. Un duo en particulier restera dans l'histoire de la télévision : les deux Eric, Eric Zemmour et Eric Naulleau.

D'autres chroniqueurs, comme Yann Moix et Christine Angot, ont également marqué l'émission par leurs interventions acerbes et leurs prises de position radicales. Aujourd’hui le clash se présente donc selon le sémiologue Denis Bertrand comme “un motif médiatique institué, presque un genre télévisuel.

Les conséquences du clash

Le clash peut avoir des conséquences diverses, tant sur les participants que sur le public. Pour les participants, le clash peut être une source de stress et de tension, mais aussi une opportunité de se faire connaître et de défendre ses idées. La chanteuse Marina Kaye a d’ailleurs su en tirer profit lors de sa dernière intervention dans « ONPC ». Elle a eu en effet un accrochage houleux avec Yann Moix mais a réussi à faire preuve de répartie en répondant aux critiques sur son album par « Je comprends et j’accepte vos critiques mais ce serait bien s’il y avait une explication avec », laissant le chroniqueur sans voix.

Pour le public, le clash peut être à la fois divertissant et informatif. Il peut permettre de découvrir différents points de vue sur une question donnée et de se forger sa propre opinion. Cependant, le clash peut aussi être source de confusion et de polarisation, en exacerbant les tensions et en empêchant un débat constructif.

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Le risque évident du clash lorsqu’il atteint les extrêmes est une blessure dans l’amour propre d’un de nos clasheurs. La susceptibilité se trouve au cœur du clash poursuivant une mécanique de querelles enfantines avec un maître d’école qui tente de pacifier l’accrochage.

Les dérives du clash

Dans certains cas, le clash peut déraper et verser dans la violence verbale, l'insulte et l'humiliation. Doit-on craindre qu’il bascule toujours plus dans le vulgaire, le trash ? La séquence où Christine Angot a critiqué le témoignage de Sandrine Rousseau sur son agression sexuelle a suscité une vive polémique et a illustré les dérives potentielles du clash. La semaine dernière, Sandrine Rousseau, ancienne secrétaire nationale adjointe d'Europe Ecologie Les Verts, avait dû faire face à Christine Angot en venant présenter son livre, Parler, qui évoque la difficulté de raconter son histoire après une agression sexuelle. Un sujet qu'elle connaît bien, puisqu'elle fait partie des femmes à avoir porté plainte contre le député Denis Baupin pour agression sexuelle. Problème : la séquence où Christine Angot [violée par son père durant son adolescence, ndlr.] donne son avis sur le livre et les idées de son invitée est d'une violence inouïe. Sandrine Rousseau, les larmes aux yeux, avait dû supporter pendant plusieurs minutes le ton agressif de la polémiste.

Ces dérives ont conduit à des remises en question sur la pertinence du clash comme mode d'expression et de débat. Certains observateurs ont dénoncé la complaisance de l'émission envers la polémique et la recherche du buzz à tout prix.

L'évolution du clash

Au fil des années, le clash a évolué, en même temps que le paysage médiatique et les attentes du public. Les clashs sont devenus plus sophistiqués, plus argumentés et plus personnalisés. Les chroniqueurs ont appris à maîtriser les codes du clash et à utiliser les réseaux sociaux pour amplifier leur impact.

Cependant, cette évolution a également entraîné une certaine lassitude du public, qui peut se lasser des clashs prévisibles et des polémiques artificielles. C'est une réflexion de Rachida Dati qui a fait sortir l'acteur français de ses gonds. "La délinquance explose", a annoncé en préambule d'une explication l'ancienne Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy. "La délinquance augmente mais elle n'explose pas, arrêtez de faire peur aux gens", a immédiatement rétorqué Mathieu Kassovitz. L'acteur a ensuite reproché à la femme politique sa déconnexion avec le peuple.

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Au-delà du clash: vers un débat plus constructif?

La fin de l'émission ONPC en 2020 marque une étape dans l'histoire du clash télévisuel en France. Cette disparition peut être interprétée comme une volonté de dépasser les limites du clash et de promouvoir un débat plus constructif et respectueux.

Cependant, le clash reste un élément constitutif du paysage médiatique contemporain. On le retrouve dans d'autres émissions de débat, sur les réseaux sociaux et dans les médias d'information. L'enjeu est donc de trouver un équilibre entre la nécessité de susciter l'intérêt du public et la responsabilité de promouvoir un débat de qualité.

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