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Le Deuil Périnatal : Témoignages et Accompagnement, un Cheminement Singulier

Le deuil périnatal, une réalité souvent tue et méconnue, englobe diverses situations douloureuses telles que la fausse couche, le deuil in utero, l'interruption médicale de grossesse (IMG), et la mort néonatale. Derrière cette expression consacrée se cache la souffrance profonde d'une grossesse inaboutie, une épreuve qui nécessite un accompagnement adapté et une reconnaissance sociale. Chaque année, des milliers de familles sont confrontées à cette perte, et il est essentiel de briser le silence et d'offrir un soutien adéquat.

Reconnaissance et Rituels : Donner une Place à l'Enfant

Depuis 1993, les parents peuvent demander l'établissement d'un acte d'enfant sans vie, inscrit dans le registre des décès, pour reconnaître symboliquement l'enfant qui n'est pas né vivant ou viable. Une circulaire a même reconnu aux parents en 2009 le droit de choisir un ou des prénoms pour cet enfant. Une proposition de loi récente va plus loin en permettant de faire figurer dans l'acte d'enfant sans vie, à la demande des parents, le ou les prénoms de l'enfant, ainsi qu'un nom (celui du père, de la mère, ou leurs deux noms accolés). Cette mesure, adoptée après de nombreux débats, vise à compléter la reconnaissance de l'enfant et à faciliter le processus de deuil pour les parents.

Il est nécessaire de matérialiser la séparation et de consolider la prise de conscience de la perte. Cela peut se faire par une inhumation, par une crémation avec ou sans cérémonie religieuse ou cérémonial laïque. Les parents doivent faire un choix, mais ce moment douloureux si inattendu ne permet pas toujours aux parents de le faire. Le coût des obsèques est aussi parfois un obstacle à un vrai choix. De nouveaux rituels se développent, chacun y engage sa créativité et sa sensibilité pour transmettre quelque chose de singulier de cet enfant.

La mise en place de rituels est d'une grande importance pour aider les parents à surmonter leur tristesse. Tous ceux qui permettent de faire exister l’enfant dans la réalité : lui donner un prénom, l’inscrire sur le livret de famille, organiser des obsèques, lui réserver une place dans un coin de la maison avec une photo, un objet, une bougie… Cet enfant a existé, même si sa petite vie a été courte : il est important de le reconnaître, de garder une trace, de l’inscrire dans la fratrie, si fratrie il y a. Important aussi de permettre aux parents qui le désirent de lui donner une place.

L'Accompagnement Psychologique : Un Soutien Essentiel

Le deuil périnatal est de plus en plus considéré comme un psychotraumatisme dont les répercussions peuvent être graves. La souffrance est davantage reconnue et prise en charge. L'accompagnement psychologique est essentiel pour aider les parents à traverser cette épreuve. Céline Durand, psychologue clinicienne spécialisée dans l'accompagnement du deuil périnatal, souligne l'importance de comprendre les deux grandes étapes du deuil : le processus de deuil, universel, et le travail de deuil, propre à chacun.

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Le processus de deuil est une forme de cicatrisation psychique que le corps engage naturellement. Il comporte quatre phases : la sidération (le choc subi à l'annonce de la mort fœtale), la phase de déni (mise à distance de la réalité), la déstructuration (prise de conscience de l'absence et de la mort), et la phase de reconstruction (intégration de la perte et du manque).

Le travail de deuil, quant à lui, diverge selon chacun et suppose que l'on accepte d'être aidé. Il est important de pouvoir exprimer ce que l'on vit et ressent, afin que cet événement figé dans la mémoire traumatique s'inscrive dans sa propre histoire.

Les Spécificités du Deuil Périnatal

Dans le deuil périnatal, il est crucial de prendre en compte les spécificités de la souffrance féminine et masculine. La femme subit une déflagration hormonale due à la chute massive des hormones après l'interruption de la grossesse, ce qui engendre une souffrance à la fois psychique et corporelle. Chez l'homme, la peine s'exprime souvent dans un débordement d'actions, ce qui peut créer un éloignement dans le couple. Il est important que chacun puisse avancer sur son propre chemin avant de se retrouver pour un travail de deuil en couple.

Il est essentiel de ne pas minimiser la souffrance des parents et d'éviter les phrases maladroites telles que "la nature est bien faite" ou "vous en aurez d'autres". Les parents ont besoin d'une écoute attentive, d'être rejoints dans leur chagrin, et de sentir qu'on leur tend la main.

Témoignages : Briser le Silence

De plus en plus de mamans témoignent, des livres sont publiés, des groupes de parole "parents endeuillés" se créent, des professionnels de santé se forment. Ces initiatives contribuent à libérer la parole et à sensibiliser la société à la réalité du deuil périnatal.

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Evelyne Luttringer, mère d'un petit garçon décédé quelques heures après sa naissance, témoigne de l'importance de l'accompagnement et du rôle des groupes de parole pour traverser cette épreuve. Elle a fait sienne cette phrase de Françoise Chandernagor : "Les vies minuscules, avec leurs débuts si brefs, leur infime zénith, leur fin rapide, n'ont pas moins de sens que les longs parcours."

Guillaume De Lafarge, père ayant vécu deux interruptions médicales de grossesse, témoigne de son cheminement personnel et de l'importance de trouver le moyen de continuer à vivre avec les siens. Il cite également Françoise Chandernagor : « Toute vie achevée est une vie accomplie. De même qu’une goutte d’eau contient déjà l’océan, les vies minuscules, avec leurs débuts si brefs, leur infime zénith, leur fin rapide, n’ont pas moins de sens que les longs parcours. Il faut seulement se pencher un peu pour les voir, et les agrandir pour les raconter ».

Ressources et Associations : Un Soutien Concret

De nombreuses associations et institutions offrent un soutien aux parents endeuillés. Les PFI (Pompes Funèbres Intercommunales) mettent en place chaque année une cérémonie du souvenir. Des associations comme Agapa, Spama (Soins palliatifs et Accompagnement en Maternité), et Naitre et Vivre proposent un accompagnement psychologique, des groupes de parole, et des ressources documentaires. L'Accueil Louis et Zélie offre également un soutien aux familles touchées par le deuil périnatal.

Il est également possible d'arborer un ruban rose et bleu, symbole du deuil périnatal, de participer à un café rencontre, ou de pousser la porte d'une association d'accompagnement.

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