Introduction
La question des cimetières dédiés aux bébés et aux enfants en région parisienne soulève des interrogations historiographiques, sociales et émotionnelles profondes. L'existence de tels lieux, parfois appelés "carrés des anges" ou "jardins des lumières", témoigne d'une reconnaissance progressive du deuil périnatal et infantile, ainsi que d'une volonté d'offrir un espace de mémoire et de recueillement aux familles touchées par ces drames. Cet article explore l'histoire et les caractéristiques de ces cimetières, en s'appuyant sur des exemples concrets et des études archéologiques.
Contexte Historiographique : De la Découverte à la Reconnaissance
L'intérêt pour les sépultures de bébés et d'enfants ne date pas d'hier. Dans les années 1950, la découverte d'un ensemble de sépultures de « bébés » avait déjà suscité de nombreux questionnements. L’abbé Joly, découvreur de ces tombes situées dans un abri sous roche de la Croix-Saint-Charles à Alésia, en avait immédiatement relevé le caractère singulier dans un premier article, en 1951, intitulé « Un cimetière gallo-romain de bébés à Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or) ».
L'expression « cimetière de bébés » a connu un grand retentissement, bien que certains chercheurs aient émis des réserves quant à son utilisation systématique. Si certains reconnaissent l'existence d'espaces funéraires spécialisés, d'autres soulignent que la notion ne convient pas aux lieux où se trouvent des sépultures d’individus plus âgés.
Aujourd'hui, grâce aux fouilles programmées et aux méthodes d'estimation de l'âge au décès, on met en évidence l'existence de classes d’âge marginalisées. La mise en place d’une terminologie utilisée par les pédiatres et les ostéologues rend compte d’une réalité biologique plus précise que l’expression de « bébés » (fœtus, périnatals, néonatals, post-néonatals). L'expression de l'abbé Joly, malgré ses imprécisions, avait su rendre compte d’un phénomène dont l’existence n’est plus remise en question aujourd’hui, mais il s’agit désormais de mieux saisir et de comprendre des spécificités locales.
Le Cimetière d'Alésia : Un Abri Sous Roche comme Lieu de Sépulture
L'abri funéraire d'Alésia, bien que notoire, n'a fait l'objet que de deux articles en 1951 et en 1954. Cet abri se trouve sur le flanc Nord de l’oppidum, en retrait de quelques mètres de son extrémité Est, lieu nommé plus tardivement la Croix-Saint-Charles. L’érosion de la roche à cet endroit a créé un surplomb qui s’étend sur plusieurs mètres. À l’Est, un grand bloc forme une paroi qui, lorsqu’elle rencontre le fond de l’abri, forme une alcôve.
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Les fouilles ont montré que le sol de l’abri était limité par un muret de pierres sèches de construction récente qui avait permis son comblement. À son sommet, une sépulture du Haut Moyen Âge : un individu de taille imposante gisait sur le côté droit. Une couche de pierrailles et de cailloutis épaisse d’environ 50 à 70 cm se trouvait au-dessous du corps. Une autre couche lui succède, constituée de pierres et de terre très noire, mêlée à de nombreux débris de charbon, d’ossements d’animaux, pour la plupart calcinés, et de multiples tessons de verre et de céramique. Cette couche singulière recouvrait les sépultures de « bébés » placées entre et contre la paroi rocheuse, délimitant le terrain de son contour irrégulier.
Les deux fouilles de l’abbé Joly s’inscrivent dans une surface carrée d’environ 3m de côté. Elles ont permis la découverte de onze tombes dans la couche gallo-romaine. En l’absence du carnet de fouilles de l’auteur, une localisation précise n’est actuellement pas envisageable.
Les sépultures découvertes sont variées, certaines avec loculus (espace aménagé pour le corps), d'autres sans. On y a retrouvé des vases, des pièces de monnaie, des objets personnels, témoignant des pratiques funéraires de l'époque. La sépulture n° 6 contenait le squelette d'un périnatal déposé dans un coffre de bois. La sépulture n° 8 était une incinération, avec les restes recueillis dans une cruche brisée.
Thiais : Un "Carré des Anges" pour le Deuil Périnatal
Le cimetière de Thiais, en région parisienne, abrite une division spécifique appelée "carré des deuils périnataux" ou "carré des anges" (division 94 sur le plan). Ce lieu est dédié aux enfants morts-nés, et il est devenu un espace de mémoire important pour de nombreuses familles.
Aujourd'hui, la situation est plus acceptable qu'il y a quelques années : au-delà de la 15ème semaine d'aménorrhée (le délai légal d'avortement), on peut obtenir pour les enfants morts-nés, si on le souhaite, un certificat d'accouchement, un acte d'enfant né sans vie (qui permet d'inscrire sur le livret de famille) et organiser soi-même les obsèques. Pour les enfants morts-nés en région parisienne (hôpitaux de l'AP-HP), les corps sont inhumés au Père Lachaise avec un médaillon souvenir (car les petits os sont peu calcifiés et il n'y n'y aurait quasiment pas de cendres) et ensuite, les médaillons sont inhumés une fois par trimestre à Thiais, dans le Jardin des lumières appelé aussi Division des décès périnataux (carré 94 sur le plan).
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Les parents qui se chargent des obsèques peuvent bénéficier d'un emplacement, avec une plaque, pour une durée limitée (il me semble avoir lu que c'était pour 5 ans seulement). En souvenir, les parents laissent des fleurs vivantes et artificielles.
Certains parents choisissent de créer un "bocal" souvenir, dans lequel ils mettent un doudou, le bonnet de naissance, un bracelet avec des étoiles, et d'autres petites choses collectées.
La Stèle du Deuil Périnatal à Paris
La stèle du deuil périnatal à Paris est un espace de mémoire collectif et symbolique que les familles ne peuvent pas s’approprier. C’est pourquoi il n’est possible d’y déposer que des fleurs naturelles qui seront retirées à fanaisons. La stèle est située à une centaine de mètres immédiatement à droite de l’entrée Gambetta (rue des Rondeaux). Un site internet destiné aux parents touchés par un deuil périnatal a été créé. Les parents peuvent y faire inscrire, s'ils le souhaitent, son nom de famille. En maintenance, la consultation des fiches commémoratives ne peut se faire depuis la borne située à proximité de la stèle.
Les corps pris en charge par un établissement de santé situé en Île-de-France ne seront pas nécessairement crématisés au crématorium du Père-Lachaise. Le plus souvent, la crémation, à laquelle les parents ne peuvent assister et dont la date n’est pas communiquée, se déroule confidentiellement sous la responsabilité de l’établissement de santé et du prestataire funéraire. Pour obtenir des informations sur le lieu de la crémation et sur la procédure mise en œuvre par l’établissement de santé, vous êtes invité à vous rapprocher de ce dernier qui seul, peut vous renseigner.
Autres Cimetières et Pratiques Funéraires en Région Parisienne
Il existe d'autres cimetières en région parisienne qui proposent des espaces dédiés aux enfants ou des pratiques funéraires spécifiques pour les familles endeuillées. Par exemple, certaines communes disposent de concessions terrains, de columbariums (pour les cendres funéraires), de cavurnes (destinées à recevoir des cendres funéraires), et d'un jardin du Souvenir (espace cinéraire dédié à la dispersion de cendres).
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À Fontenay-sous-Bois, le cimetière propose des concessions (traditionnelles ou cinéraires) d'une durée de 10 ans, 30 ans ou 50 ans. La ville a également choisi de vendre aux usagers qui le souhaitent des caveaux de 1 à 4 places.
Les familles confrontées à un décès peuvent faire appel à des opérateurs funéraires, qui sont choisis librement. Le SIFUREP (Syndicat mixte Intercommunal Funéraire en Région Parisienne) a pour missions d'organiser, de gérer et de contrôler le service public funéraire pour ses collectivités adhérentes.
Obligations et Entretien des Concessions
Les concessionnaires (ou leurs héritiers) ont des obligations concernant l'entretien des concessions. Ils sont tenus d'assurer un entretien régulier de la concession, c'est-à-dire procéder au nettoyage de la sépulture, au moins une fois par an pour que son aspect ne porte pas atteinte à l'ordre et à la décence du cimetière. Ils doivent également veiller à ce qu'elle ne soit pas dangereuse.
Le concessionnaire (ou ses héritiers) a pour obligation de faire connaître ses adresses successives au cimetière. Les héritiers du propriétaire d'une concession funéraire ont pour obligation de se faire connaître auprès de la conservation du cimetière et de présenter la preuve de leur succession.
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