Les Innocents, groupe emblématique de la scène pop-rock française, ont marqué les esprits avec leurs mélodies accrocheuses et leurs textes poétiques. Leur parcours, ponctué de succès, de séparations et de retrouvailles, témoigne d'une alchimie particulière entre ses membres et d'une évolution constante de leur identité musicale. Cet article propose une analyse approfondie de leur carrière, en mettant l'accent sur la période post-partum et leur renaissance artistique.
Genèse et Premiers Succès
L'histoire des Innocents est celle d'une rencontre, d'une reconnaissance, d'une perte de vue, d'une nouvelle perte de vue, de retrouvailles et d'un réchauffement. Le groupe s'est reformé après quelques années de séparation, permettant à chacun de ses membres de poursuivre des projets personnels. De cette reformation sont nés "Mandarine" puis "6 1/2".
Jean-Christophe Urbain, membre du groupe après sa création, évoque avec modestie ses débuts : "J'ai intégré les Innocents après leur création et c'est naturellement : pourquoi les Innocents ? Alors je dirai pas que j'aime pas y répondre mais je ne me sens pas légitime pour le faire."
Leur deuxième single, 'Jodie', connaît un succès précoce, se hissant à la 34ème place du top 50. Jean-Christophe se souvient de cette période : "c'est la période où je suis rentré dans le groupe et en fait ils n'avaient plus les pieds sur terre non pas à cause du succès mais ça montrait du doigt que le groupe n'était pas en forme, qu'il y avait des aspirations et des caractères différents."
Les tensions internes étaient palpables, mais Jean-Christophe a su apaiser les esprits : "Les répétitions étaient tendues, JP ne s'en rendait pas tellement compte, il avait l'habitude de travailler ainsi avec ses musiciens puis à un moment je lui ai dit qu'on n'était pas obligés de se punir à chaque fois… Il a compris la situation et que ça menait nulle part."
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L'Alchimie du Groupe et les Défis Internes
La complexité des relations humaines au sein d'un groupe est un thème récurrent dans le récit de Jean-Christophe : "Le plus dur à gérer dans un groupe c'est le groupe lui-même, c'est pas l'inspiration. Je pense que la magie d'un groupe c'est une sorte l'alchimie, qui fait que amicalement peu importe qu'on soit très proche ou pas, il y ait une confiance mutuelle et une envie de donner."
Il avoue avoir douté à un moment donné : "Et moi avec JP, il y a eu des moments où on n'était pas en confiance, quand je suis parti en 2000, je pense m'être fait un film : mes enfants étaient en bas âge, j'étais dans un groupe mais je doutais…" L'usure du travail collectif et associatif peut être difficile à gérer sur le long terme.
Le premier album reflète leurs influences pop anglo-saxonnes : "Je pense qu'il a raison, dans l'ensemble. Cette culture ne vient pas de chez nous, elle a été importée. C'est plus une forme musicale qu'un moyen d'expression très fort en France." Ils bénéficient d'une grande liberté créative grâce à Virgin, leur maison de disques de l'époque : "On n'avait pas de cadre défini par la maison de disques de l'époque qui était Virgin et on pouvait faire ce que l'on voulait avec ça et les chansons venaient."
"Fous à Lier" : L'Album de la Consécration
Après un premier album passé relativement inaperçu, Les Innocents travaillent d'arrache-pied sur "Fous à Lier". La maison de disques souhaite des chansons plus percutantes : "En fait, quand on a fait "Fous à Lier", on l'a travaillé énormément car la maison de disques n'avait pas une très grande confiance en nous après le premier album. C'était encore une période où on avait espoir de vendre des albums quand on sortait des disques. Je pense qu'elle voulait avoir plus de chansons singles."
C'est dans cet album que l'on découvre les harmonies vocales à deux voix, fruit d'une évolution naturelle : "Je crois que non, ma présence de voix est née de la précédente tournée. J'ai naturellement trouvé ma place en backing vocals et puis sur "Fou à Lier" ça s'est développé un peu pour des raisons de budget et on n'avait pas le temps de refaire toutes les voix."
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L'album est un succès et remporte le Bus d'Acier aux Victoires de la Musique.
"Post Partum" : La Quête de Contrôle et les Premières Dissensions
Après le succès de "Fous à Lier", Les Innocents ressentent le besoin de prendre le contrôle de leur création : "Une fois cet album terminé, on est passé à "Post Partum" sur lequel, pour la première fois on a eu envie avec JP de prendre le contrôle sur la réalisation."
Ils collaborent avec Dominique Blanc-Franquart, qui les encourage à explorer leurs propres voix : "Et on n'avait pas cette intention très claire de donner cette couleur à deux voix mais elle est venue en rencontrant Dominique Blanc-Franquart qui est venu nous voir et nous a fait comprendre que chacun d'entre nous devait avoir ses propres magnetos pour nous enregistrer et voir ce que ça donnerait."
L'enregistrement de "Post Partum" se déroule aux studios Real World, un choix motivé par des raisons financières et l'atmosphère créative du lieu : "Je crois qu'à l'époque on voulait partir quelque part avec un budget pour faire ça et il faut savoir qu'à l'époque malgré la réputation des studios Real World, ils étaient très abordables. Il y a donc le coût qui a joué dans cette décision. C'était très agréable d'enregistrer là-bas."
Cependant, des tensions commencent à apparaître : "Au final, cet album, je pensais que ça serait le dernier et nos chansons s'écartaient complètement de ce qu'on avait pu faire au préalable avec des chansons de JP qui allaient dans le sens de ce qu'il allait faire par la suite et moi dans un truc pop, anglais. Il y avait des chansons sur lesquelles je jouais pas…" Jean-Christophe sent que leurs chemins artistiques divergent.
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La Séparation et les Projets Solo
Les divergences artistiques et les tensions internes mènent à la séparation du groupe. Jean-Christophe évoque cette période : "Je pense qu'à cette époque on était un peu invendables. Parce qu'il y avait trop de différence et pas de quoi marketiser l'album, pas d'histoire. Il y avait aussi un son un peu brut."
JP Nataf se consacre à l'écriture et à la composition pour d'autres artistes. Il explique : "Alors moi j'ai jamais mis ma plume au service des autres. J'ai mis en musique les plumes des autres." Cette expérience lui permet de développer de nouvelles compétences et de sortir de sa zone de confort : "Même de sortir de chez nous. On avait pendant des années à cherché à se séduire et après il y a le public et les médias, des choses un peu abstraites et on ne fréquentait pas d'autres chanteurs."
La Réformation et le Renouveau
Après plusieurs années de séparation, Jean-Christophe et JP Nataf se retrouvent et reforment Les Innocents. Jean-Christophe raconte : "On s'est retrouvé à deux et la reformation est avant tout scénique quelque part. On a fait des concerts même si j'étais invité sur l'album de JP, je n'ai rien apporté musicalement mais plus dans sa réalisation."
Cette reformation est l'occasion de renforcer leurs liens et de raviver leur plaisir de jouer ensemble : "C'était aussi un moyen de renforcer nos liens, on n'était pas non plus très sûrs de nous sur le fait de reformer les Innocents et si ça avait du sens et si c'était intéressant."
Ils abordent cette nouvelle étape avec humilité et une volonté de se réinventer : "On a changé de son à chaque album, on ne sait pas faire le même disque deux fois d'affilée (Rires). "Fous à Lier" ne sonne pas comme "Post Partum" qui ne sonne pas comme "Innocents"." Ils sont conscients des défis marketing que cela implique : "En fait, il y avait un peu d'orgueil à se dire que ce disque aurait été enregistré dans la suite de tout ça. C'est une sorte de progression, de randonnée au long cours et en terme de marketing on est des billes absolues. On est nul en storytelling."
Les Innocents 2.0 : Une Nouvelle Dynamique Scénique
La reformation des Innocents est marquée par une nouvelle approche de la scène. Jean-Christophe explique : "On a pris plaisir à redécouvrir les Innocents sur scène et c'est là qu'on avait le plus à inventer en fait, plus que dans nos compositions. On ne peut pas dire qu'on a eu une fierté scénique au moment où on tournait au siècle dernier. On donnait des bons concerts, mais c'était un peu en vrac. Quand on est parti faire ces concerts de reformation, on avait quinze ans de plus et on savait qu'on allait apprécier le fait d'inventer autre chose, le fait qu'on soit en duo."
Ils cherchent à gommer les arrangements vintage de leurs albums des années 90 pour proposer quelque chose de plus moderne.
L'Innocence et la Radio
Malgré les mutations de l'industrie musicale, Les Innocents restent attachés à la diffusion de leur musique à la radio : "Mais on a toujours été fiers de passer à la radio, plus que de vendre des disques."
Ils sont conscients de leur position atypique dans le paysage musical français : "C'est le paradoxe, même les gens ont du mal à nous rattacher à quelque chose. Là nous sortons d'un festival où on était avec Tears For Fears, UB40 et Dire Straits Experience puis on s'est retrouvé dans un autre avec les Orgues de Barbac… une scène plus alternative. Au final on appartient à tout le monde et à personne car il n'y a pas de festival conçu pour les groupes comme nous."
L'Alchimie Unique de Deux Auteurs-Compositeurs
La force des Innocents réside dans la complémentarité de Jean-Christophe et JP Nataf : "Mais tous les groupes n'ont pas forcément deux songwritter… Nous nous sommes deux dans le groupe ce qui nous conduit à une gymnastique que d'autres n'ont pas puisque nous avons chacun notre propre identité. Par exemple, je vois ce que serait un disque de Jean-Chri. On accepte que nos deux personnalités donnent quelque chose d'unique."
"6 1/2" : Un Sentiment de Lâcher-Prise
L'album "6 1/2" témoigne d'un lâcher-prise et d'un équilibre retrouvé entre les deux membres du groupe : "Il émane de 6 ½, le nouvel album des Innocents, un sentiment de lâcher-prise. Jean-Christophe Urbain et J.P. Nataf prennent chacun leur place. Un équilibre nourri par la douce énergie de leur histoire."
Après la tournée de "Mandarine", Les Innocents redécouvrent la scène à deux et retrouvent leur public.
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