Christine Masson est une figure emblématique du paysage audiovisuel français, reconnue pour son expertise et sa passion communicative pour le cinéma. Journaliste, productrice et critique, elle a marqué de son empreinte le monde du septième art, notamment grâce à son émission "On aura tout vu" sur France Inter. Cet article explore son parcours, ses contributions et son influence sur la critique et la diffusion du cinéma en France.
Une Vocation Précoce
L'histoire de Christine Masson avec le journalisme et le cinéma commence dès son plus jeune âge. À 10 ans, elle est frappée par l'émission télévisée "Les Femmes aussi", qui lui révèle le métier de journaliste. Quatre ans plus tard, le film "Family Life" de Ken Loach est une révélation qui la pousse à se spécialiser dans le journalisme cinématographique. "J’ai été renversée par la profondeur du propos," explique-t-elle. "J’ai alors décidé de tout mettre dans le même panier, et de devenir une journaliste qui parle de cinéma."
Parcours Professionnel: De Canal+ à France Inter
Après avoir fait ses premières armes à Europe 2, Christine Masson rejoint Canal+, où elle travaille pour "Le Journal du cinéma". En 2001, elle intègre France Inter en tant que chroniqueuse dans l'émission "Tam tam, etc.", marquant le début d'une longue et fructueuse collaboration avec la station. Elle produit ensuite "Cinéma et dépendances" de 2004 à 2007, avant de prendre les rênes de "On aura tout vu".
En parallèle de son travail radiophonique, Christine Masson produit des documentaires pour la télévision, notamment la série « Auteur, auteurs » pour Ciné Cinéma. Elle a également couvert les prestigieux festivals de Cannes, Venise et Berlin pour Ciné Cinéma, C, et Arte, témoignant de son implication dans l'actualité cinématographique internationale.
"On aura tout vu": Une Émission Phare
"On aura tout vu", qu'elle coanime avec le critique Laurent Delmas, est une émission hebdomadaire consacrée à l'actualité du cinéma. Diffusée en direct sur France Inter, elle propose un mélange d'interviews de comédiens et de réalisateurs, de critiques de films, de reportages sur les tournages et d'interventions de correspondants de Radio France à l'étranger. L'émission se distingue par son ton à la fois rigoureux et chaleureux, ainsi que par la liberté de ton de ses animateurs.
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Christine Masson décrit la structure de l'émission : "Le premier plateau, on l’oriente vers des films qu’on aime, forcément. Si c’est vraiment un type de film qu’on aime beaucoup, un réalisateur important, une réalisatrice, on fait un focus sur cette personne. Mais en général, on a deux films face à face et on interviewe à partir de ces deux films, en mettant pas mal d’extraits, on pose des questions, etc. On oriente notre choix autour des deux films qu’on aime, on les met en exergue et après, on parle des dix autres films qui sortent le mercredi, qui précèdent l’émission."
L'émission est préparée avec soin tout au long de la semaine, avec une recherche approfondie et une volonté de surprendre les invités. "C’est amusant de surprendre les gens qu’on interviewe, donc c’est rigolo de trouver des choses. Tout d’un coup, de penser à d’autres choses au film. 'Il était dans ce film-là, donc il va pouvoir me parler de ça.' De faire des connexions. Et puis aussi de dire des questions qui partent de vous-mêmes. Il faut absolument dire ce qu’on pense à quelqu’un quand on le voit, quand on l’interviewe. Il faut parler de son ressenti. C’est comme ça que les gens que vous interviewez sont touchés, réalisateurs, producteurs ou acteurs."
Un Engagement pour le Cinéma
Christine Masson est une véritable militante du cinéma, passionnée par la découverte de nouveaux talents et la promotion de films de qualité. Elle apprécie particulièrement les œuvres d'Aki Kaurismäki, Lars von Trier et Abel Ferrara. Son engagement se traduit également par son implication dans la diffusion de films oubliés ou censurés.
Un exemple notable est son rôle dans la sortie en salles de "1974, Une partie de campagne", un film de Raymond Depardon sur la campagne de Valéry Giscard d'Estaing que ce dernier avait fait interdire. Christine Masson a personnellement convaincu Giscard d'autoriser la diffusion du film, arguant de son importance cinématographique et documentaire. "J’ai voulu convaincre Giscard d’autoriser sa diffusion," précise-t-elle. "Il m’a reçu en 2000 dans son bureau pendant trois quarts d’heure, et je lui ai expliqué que ce film était important pour des raisons cinématographiques et documentaires. Il a fini par dire oui."
La Radio: Un Espace de Sincérité
Après plusieurs années passées à la télévision, Christine Masson apprécie particulièrement la liberté et la sincérité que lui offre la radio. "J’en suis entièrement persuadée. J’ai fait dix ans de télé, j’ai interviewé pour Canal+ des gens pendant dix ans et je pense qu’en arrivant à la radio, j’ai gagné 30% de plus de sincérité, je le calcule comme ça. Pas de maquillage, pas de brushing, pas de posture et que les gens sont bien plus à l’aise à la radio. C’est merveilleux parce qu’ils peuvent se lâcher, ils oublient. Il n’y a pas de caméra, donc il y a de l’oubli."
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Rencontres Mémorables avec les "Grands Fauves" du Cinéma
Christine Masson a eu l'opportunité de rencontrer et d'interviewer de nombreuses personnalités du cinéma, qu'elle surnomme affectueusement les "grands fauves". Parmi eux, on compte Pialat, De Niro, Kaurismaki, Coppola, Sharon Stone, Spielberg, Jane Campion et Depardieu. Ces rencontres ont donné lieu à des anecdotes savoureuses et des réflexions profondes sur le cinéma.
Le Festival de Cannes: Une Passion de Longue Date
Chroniqueuse de l’émission “On aura tout vu” sur France Inter en compagnie de Laurent Delmas, Christine Masson arpente le Festival de Cannes depuis bientôt 38 ans. Le festival est pour elle un lieu de découvertes, de rencontres et d'échanges passionnés autour du cinéma. Elle a été témoin de l'évolution du festival au fil des ans et a su conserver son enthousiasme et sa curiosité intacts.
Interrogée sur sa Palme d'or préférée, elle cite "Parasite" (2019) de Bong Joon-ho : "C’est une question affreuse parce que c’est mon 38e Festival et sur toute l’histoire des Palmes d’or. Si on va dans l’histoire récente, je dirais Parasite (2019) de Bong Joon-ho, le film coréen, qui, pour moi, est un film parfait. Le film parfait n’existe pas, mais c’est un film en termes de scénario, mise en scène, interprétation qui est absolument incroyable. C’est-à-dire qu’à tous les postes, le film est grandiose parce qu’en même temps, il y a tous les genres de films dans ce film. C’est un film politique, c’est un film d’horreur, c’est un film familial. C’est extrêmement intelligent comme scénario et la mise en scène est absolument incroyable parce qu’elle colle exactement aux propos. Les acteurs sont étonnants. J’ai vu ce film à Cannes, on est sortis de là, on s’est dit “on a vu la Palme”, on était sur un nuage et c’est le film qui dépassait tout. J’ai rarement vu ça dans toutes ces années de Cannes, un film qui faisait autant l’unanimité."
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