Introduction
Cet article explore les coutumes et croyances entourant la consommation d'embryons en Chine, en mettant en lumière les pratiques religieuses et les dynamiques socio-culturelles qui influencent ces traditions. Il examine également l'évolution de ces pratiques dans le contexte de la modernisation et de la mondialisation.
L'Assemblée des Dieux et la Communauté Chinoise
En Chine, la religion n'est pas une fonction différenciée de l'activité sociale. Les formes de culte transposées par les immigrés dans la société d'accueil s'inscrivent pleinement dans cette observation. En Thaïlande, par exemple, seules les grandes villes abritent des monastères bouddhiques de tradition Mahayana et des associations religieuses. Ailleurs, les communautés chinoises maintiennent des cultes domestiques ou publics malgré l'absence de spécialistes religieux. On est ici totalement dans le domaine de la religion diffuse qui prédominait dans les campagnes de la Chine traditionnelle, une forme d'expression religieuse qui affirme l'immanence de la sacralité et permet la réalisation d'une voie transcendante à l'intérieur des limites du profane.
Le Culte Régulier Rendu au Ti-Chu
L'autel à la divinité du sol domestique, ti-chu, mérite une mention spéciale de par l'importance qu'on lui confère et la régularité de son culte. En Thaïlande, cette déité incorpore certains aspects et fonctions des divinités traditionnelles chinoises du sol et du foyer. Le ti-chu assure sécurité et stabilité au groupe domestique en présidant aux rapports du chef de maisonnée avec les forces cosmiques. Il empêche l'intrusion des esprits errants et doit être avisé de tout événement marquant la vie familiale. Quelques jours avant le Nouvel An, il se rend au ciel pour y faire un rapport sur l'activité de la maisonnée, dont dépendra la fortune de celle-ci pour l'année à venir. Enfin, en tant que dieu du sol, il conditionne la richesse et le bonheur.
L'autel au ti-chu affecte la forme d'un temple ou d'un palais miniature, reproduisant l'architecture de la résidence d'un personnage officiel. De couleur rouge et or, il est doté d'un toit recourbé simple ou double, de piliers décorés de dragons et de statuettes de lions qui flanquent son entrée. La présence de son hôte divin est évoquée par une inscription ou figurée par une effigie trônant à l'intérieur. Il est fréquemment orné de lampions et surmonté de panneaux propitiatoires.
Le ti-chu reçoit des offrandes régulières, notamment le matin des premier et quinzième jours de chaque lunaison. La maîtresse de maison dépose devant le temple miniature des fleurs, cinq fruits, ainsi qu'un nombre équivalent de bâtons d'encens et de bols de thé.
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La maison n'est pas le seul édifice doté d'un ti-chu. Tous les espaces aménagés par les Hua-Ch'iao sont protégés par une telle divinité, qu'il s'agisse du temple communautaire consacré au Kong-Μa, le dieu de la cité, ou des tombes. Au temple chinois de Din Dam, des brûle-parfums séparés sont consacrés au dieu du sol, aux divinités des portes intérieures et extérieures, et à la déité qui protège le foyer où l'on incinère les offrandes en papier.
Les Fêtes Calendaires
Les fêtes calendaires sont des moments importants pour les communautés hua-ch'iao d'Asie du Sud-Est. Elles n'excèdent pas la dizaine et sont encore moins nombreuses dans les petites villes comme Din Dam. L'ensemble des immigrés de ce chef-lieu de district ne célèbre plus que quatre grands événements du cycle annuel : le Nouvel An chinois, le Ch'ing-Ming, la fête du Salut universel et la fête anniversaire du Kong-Μa.
Le Nouvel An
Le Nouvel An, ou "fête du nouveau printemps et de l'An nouveau", est la seule qui rompe réellement le rythme des activités productives. Suivant les années, il est célébré entre le 21 janvier et le 5 février. Les commerçants chinois et sino-thaïs cessent alors le travail pour un, trois ou cinq jours. Le Trut Cin ("Nouvel An chinois"), ainsi que l'appellent les Thaïs, a une profonde résonance sur l'activité économique dans l'ensemble du pays.
Le processus rituel débute l'après-midi du vingt-quatrième jour du douzième mois lunaire, lorsque des représentants de chaque foyer convergent vers le temple chinois pour rendre hommage au couple Kong-Μa. Cet hommage et les offrandes abondantes qu'il suscite sont motivés par la croyance selon laquelle les dieux qui supervisent l'activité humaine sur terre montent à ce moment précis à la cour du dieu céleste suprême pour rendre compte de la moralité de leurs sujets. Les prosternations, incantations et offrandes ont dès lors pour objet de rendre propices les divinités afin que leur rapport soit favorable et l'année future placée sous les meilleurs auspices. Aux habituels dons de chandelles, d'encens, de fleurs, de fruits et de thé, les dévots ajoutent l'alcool, les trois viandes, diverses variétés de friandises et des représentations d'avions et de navettes spatiales en papier qui servent de véhicules aux dieux dans leur ascension. Après avoir déposé les aliments sur la table centrale du temple, les dévots se prosternent devant chacune des divinités spécifiques qu'il abrite et leur offrent des bâtonnets d'encens. Ils brûlent les véhicules de papier, auxquels s'ajoute de la monnaie rituelle, font éclater des pétards pour effrayer les esprits errants et attirer l'attention des divinités sollicitées. Reprenant leurs plateaux d'offrandes, ils se rendent ensuite au lak müang tout proche pour y reproduire le même cérémoniel. Ce faisant, ils s'approprient et subordonnent l'équivalent thaï du dieu chinois de la cité, pensant que lui aussi montera à la cour céleste de leur cosmologie.
Ces dévotions accomplies, les offrandes alimentaires sont remballées et rapportées au domicile de chacun pour y être déposées devant l'autel du ti-chu. On y répète les prosternations, la présentation d'encens et l'on brûle des copies en papier de véhicules célestes et de lingots d'or ou d'argent. Les offrandes sont consommées le soir même par la famille, puis la maîtresse de maison nettoie pour la première fois de l'année le tabernacle du ti-chu. Dans certaines familles, on profite de l'absence de celui-ci pour remplacer son autel par un nouveau, flambant neuf. Ces opérations ont lieu le soir même du départ de la divinité car, selon la croyance, dès le lendemain, il sera remplacé par des substituts temporaires provenant du ciel. Afin de ne pas incommoder leur installation, les habitants de la maison évitent alors de les incommoder par des bruits trop forts et, pour les rendre propices, leur offrent le matin du vingt-cinquième jour du douzième mois lunaire des friandises et des gâteaux.
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Se conformant aux traditions du pays d'origine, les Chinois de Din Dam voient dans la période séparant cette cérémonie de la fin de l'année le moment du renouvellement. Aussi nettoie-t-on de fond en comble l'intérieur des maisons et repeint-on parfois les murs, portes et fenêtres. La coutume veut aussi que dans cet intervalle le chef de maisonnée rembourse ses dettes et conclut toutes les transactions commerciales en cours. Le débiteur qui s'en abstiendrait risquerait un épuisement de son destin. Dans le même sens, les Teochiu, Hakka ou Hainanais de Din Dam pensent que les tractations matrimoniales entreprises durant l'année doivent alors aboutir, afin de ne pas compromettre gravement le destin du futur couple.
Le vingt-neuvième jour du douzième mois, les foyers des commerçants chinois ou sino-thaïs du chef-lieu connaissent une grande effervescence. On y prépare des quantités considérables de nourritures les plus diverses en vue des cérémonies du lendemain. Ces cérémonies commencent vers 3 heures du matin, lorsque les adultes et les enfants de chaque maisonnée se rendent au temple chinois pour y présenter des offrandes identiques à celles du vingt-quatrième jour, les véhicules de papier exceptés. Les dons s'adressent aux substituts des divinités, mais le but reste identique : obtenir un compte rendu favorable des esprits protecteurs en témoignant de générosité envers leurs délégués. Une telle finalité est implicite dans la désignation teochiu des offrandes de ce jour. Elles sont en effet appelées tap-sia-sing-hüng ("remercier les dieux pour leurs bienfaits").
Le Théâtre Chinois et le Divin
Dans les campagnes chinoises, les représentations théâtrales ont traditionnellement lieu lors des moments clés de la vie sociale, comme le nouvel an ou les autres grandes fêtes, ainsi que pour les "foires des temples", organisées en l'honneur de leurs dieux, pour lesquelles il convient de leur donner l'offrande spirituelle qu'est le théâtre. La forme théâtrale considérée comme "la plus rituelle" existant en Chine est le "théâtre nuo", dont un exemple local a été observé dans le village de Shiyou, province du Jiangxi. Très ancien, et présenté comme l'ancêtre du théâtre chinois, le nuo était autrefois exposé comme un rite d'exorcisme. Au village, selon la généalogie du lignage principal, il est représenté chaque année depuis au moins 1410 par des masques, dont les villageois disent qu'ils sont des représentations divines. Le "dieu du nuo" est une expression qui désigne la statue présente à demeure dans le temple et son avatar mobile, la petite poupée que les acteurs transportent avec eux avec les onze masques pour jouer dans les maisons.
Huit paysans sont les détenteurs de cette pratique rituelle activant les dieux du nuo pendant les quinze jours du nouvel an. Ils décrochent au petit matin les masques dans le temple, puis vont jouer des saynètes dansées et muettes au seul son de percussions dans toutes les maisons du village. Par leurs danses, les acteurs masqués deviennent les officiants divins efficaces de ce qui est apporté par le spectacle aux villageois regroupés autour des murs de la pièce : l'apport du bonheur puis le renvoi du mal. A chaque fois qu'un masque entre pour effectuer sa danse, on claque un pétard, signifiant ainsi que c'est bien un dieu qui arrive. Pour la première saynète et tout à la fin de la dernière, un très gros et long pétard explose, la fumée envahit la pièce pour plusieurs minutes.
Ce théâtre de masques nuo s'oppose au théâtre d'acteur, où le lien au surnaturel est devenu plus distant. Un rapport au divin est pourtant encore largement présent dans les spectacles du théâtre ou opéra local du même district nommé caichaxi, presque toujours donnés au moment des foires des temples et dans, ou devant, les temples. Les troupes itinérantes vont ainsi jouer de temple en temple. Quand ils arrivent dans un nouveau lieu, les acteurs, costumés, vont en file saluer tous les dieux villageois, pour les informer de leur venue et leur demander leur aide. Cependant, tous les acteurs sont aussi honorés - en tant qu'êtres capables de faire venir les dieux - par des bougies et de l'encens qui brûlent incessamment pendant les spectacles, sur le devant de la scène et en son centre. Et s'il arrive qu'apparaisse le rôle d'un dieu dans une pièce, on entend alors toujours un pétard claquer pour l'accueillir. En l'absence de temple et de sa scène théâtrale adjointe dans un village, une scène temporaire est construite, et il est alors courant de poser derrière le public des tabourets recouverts de tissu rouge, pour signifier la présence des dieux.
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Dans une autre province du Sud-Ouest de la Chine, celle du Sichuan, une troupe indépendante jouant l'opéra du Sichuan (chuanju), observée en 2001 dans la ville de Chengdu, proposait une configuration voisine. La troupe représentait des séquences cérémonielles pour les fêtes. Un acteur costumé représente le dieu Wang Lingguan, quatre actrices lui servent d'acolytes divins, tous placés en hauteur, ainsi installés comme des dieux dans un temple. Une autre actrice présente un plateau empli d'argent au public, richesse que ces dieux ont le pouvoir de donner symboliquement au public par cette scène. Un officiant rituel non costumé prononce des paroles rituelles de bon augure, puis prend par trois fois du sang de la crête d'un coq vivant pour coller de ses plumes sur l'autel du dieu du théâtre, sur le front du dieu Wang Lingguan et sur la moustiquaire séparant l'orchestre de la scène. Après cette séquence rituelle, très proches de rites taoïstes, suivent plusieurs pièces divertissantes, pendant lesquelles les bougies et l'encens allumés sur l'autel du dieu du théâtre brûlent sans discontinuer. Les acteurs jouent sous les yeux et l'autorité des dieux, et ils jouent aussi eux-mêmes des dieux - il est compris qu'ils incarnent alors les dieux. Cependant, comme les dieux sont mutiques, un officiant, ou un autre acteur, parle pour lui. Les acteurs représentent donc les voix des dieux, qui agissent directement dans les séquences cérémonielles représentées avant et après les pièces divertissantes, et indirectement pendant ces dernières.
L'Évolution du Théâtre Traditionnel
Avec la transformation de la société chinoise au cours du 20ème siècle, le théâtre traditionnel commence à se "moderniser", par exemple avec la transformation des instruments de musique, l'introduction d'instrument occidentaux dans certains orchestres, l'extension de plages parlées et non chantées, etc. Pendant les années précédant et accompagnant la révolution communiste, un genre nouveau, révolutionnaire, qualifié de "théâtre contemporain" apparait. S'opposant à ce nouveau "théâtre contemporain", le "théâtre traditionnel", qui perdure parallèlement même après la révolution communiste de 1949 et jusqu'à la révolution culturelle (1966-1976), renvoie à un monde passé, à des scènes historiques racontées dans des répertoires définis, à des costumes spécifiques, à une technique de mise en scène caractérisée par sa simplicité, et surtout à une absence de direction idéologique du parti communiste. Cependant, les dix années de la révolution culturelle voient ce "théâtre traditionnel" totalement interdit, et seules huit "œuvres modèles", des pièces révolutionnaires créées sous la houlette de et dirigées par Jiang Qing, la femme du Président Mao, envahissent toute la scène théâtrale chinoise. Ce n'est qu'avec les réformes initiées par Deng Xiaoping, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, que la Chine peut retrouver ses anciennes pièces de théâtre.
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