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Le Manifeste des 343 et le contexte de l'avortement : un tournant sociétal

Introduction

Le débat sur l'avortement a été un sujet de discorde majeur en France, culminant dans un moment décisif en 1971. Le 5 avril 1971, Le Nouvel Observateur publie un manifeste qui allait marquer l'histoire : le "Manifeste des 343". Cet article explore le contexte de ce manifeste, son impact et la polémique qu'il a suscitée, notamment à travers la réaction de Charlie Hebdo.

Le contexte du Manifeste des 343

En avril 1971, l'avortement était illégal en France. Les femmes qui souhaitaient interrompre leur grossesse étaient contraintes de recourir à des avortements clandestins, souvent dans des conditions sanitaires déplorables. Le "Manifeste des 343" a été publié dans Le Nouvel Observateur, un hebdomadaire de gauche, et contenait les signatures de 343 femmes, connues ou inconnues, qui déclaraient avoir avorté. Parmi elles, on trouvait des personnalités telles que Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Jeanne Moreau, Brigitte Fontaine et Nadine Trintignant.

L'objectif de ce manifeste était de frapper les consciences et d'obtenir le droit pour les femmes d'avorter, un acte alors considéré comme un délit. Le texte a été rédigé par la philosophe féministe Simone de Beauvoir, mais l'idée a été lancée par des journalistes de l'hebdomadaire. Ce geste constituait un acte de désobéissance civile, car chaque signataire risquait des poursuites judiciaires.

La genèse du Manifeste

Le Manifeste des 343 est né en 1970 dans l’esprit de la journaliste Nicole Muchnik, afin de continuer la bataille pour le droit à l’avortement en France. Le Manifeste prend le relais, entre autres, des luttes pour l’avortement de la fin du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième siècle, dont celles de la doctoresse Madeleine Pelletier. Les combats reprennent après la Seconde Guerre mondiale grâce aux militant·es, dont la doctoresse Lagroua Weil-Hallié.

L'impact et les suites du Manifeste des 343

Le retentissement médiatique du manifeste fut immédiat et considérable. En 1975, Simone de Beauvoir soulignait l'impact de ce manifeste sur le vote de la loi Veil. Elle affirmait que cette loi n'aurait peut-être pas vu le jour sans la signature du manifeste. En 1983, Jean Daniel, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, a mis en avant la contribution de l'hebdomadaire au combat pour le droit à l'IVG grâce à la publication du manifeste.

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Finalement, aucune des signataires n'a été poursuivie et, quatre ans plus tard, la loi Veil sur la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse a été adoptée.

La controverse et la réaction de Charlie Hebdo

Une semaine après la parution du manifeste dans Le Nouvel Observateur, Charlie Hebdo en a fait sa une. La caricature de Cabu posait la question : "Qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur l'avortement ?" et montrait le ministre de la Défense nationale, Michel Debré, répondant : "C'était pour la France !".

Ce dessin de Cabu était à prendre au second degré, selon Christian Delporte, historien auteur de l'ouvrage "Charlie Hebdo, la folle histoire d'un journal pas comme les autres". Michel Debré était pour la politique nataliste, anti-pilule et anti-avortement. Le mot "salope" visait à fustiger ceux qui l'employaient pour désigner ces femmes. L'éditorial de François Cavanna en page intérieure était sans ambiguïté.

Le terme "salope" : un débat persistant

Le terme "salope" associé au manifeste a suscité et suscite encore aujourd'hui un débat. Hélène Argelliès, l'une des 343 signataires, se souvient que ce terme a été repris dans tous les médias, y compris pour dénigrer la tribune. Claudine Monteil, l'une des initiatrices du manifeste et proche de Simone de Beauvoir, estime que le terme "salope" reste très insultant et qu'il n'est pas nécessaire pour défendre le droit à l'avortement.

Cependant, pour d'autres, comme Hélène Argelliès, assument aujourd'hui ce terme, affirmant être fière d'avoir été une "salope", même si elle a été montrée du doigt pendant longtemps.

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Le Manifeste des 343 : un élément déclencheur

Pour Claudine Monteil, ce texte a permis de briser le tabou de l'avortement. Il a obligé les familles à en parler et les hommes politiques à regarder ce sujet en face, alors que des milliers de femmes mouraient d'avortements clandestins. Le "manifeste des 343" a été un élément déclencheur dans la mobilisation du Mouvement de libération des femmes et inspira un manifeste similaire de 331 médecins favorables à l'avortement publié dans le Nouvel Observateur en 1973. Le 17 janvier 1975, la loi Veil relative à l'interruption volontaire de grossesse est promulguée.

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tags: #charlie #hebdo #avortement #contexte

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