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Charles Darwin : Une Révolution dans la Compréhension de la Vie

Charles Darwin, naturaliste britannique du XIXe siècle, n'a pas inventé la théorie de l'évolution, mais son œuvre monumentale, De l'origine des espèces, et sa théorie de la sélection naturelle ont profondément marqué l'évolutionnisme. Il est devenu une figure emblématique de cette théorie scientifique qui postule que les espèces évoluent au fil du temps, donnant progressivement naissance à de nouvelles espèces ou disparaissant. L'exemple le plus frappant est l'ancêtre commun entre l'homme et les singes.

Jeunesse et Formation : Un Esprit Scientifique en Éveil

Né le 12 février 1809 à Shrewsbury, en Angleterre, Charles Darwin grandit dans une famille aisée et cultivée, marquée par une tradition scientifique. Son père, Robert Darwin, est médecin, et son grand-père paternel, Erasmus Darwin, était un médecin, physiologiste, botaniste et poète renommé, dont l'ouvrage Zoonomie ou Lois de la vie organique (1794) défendait déjà des thèses évolutionnistes. Cette atmosphère familiale a certainement contribué à éveiller l'esprit scientifique du jeune Charles.

Darwin effectue une scolarité qu’il juge lui-même médiocre au pensionnat de Shrewsbury School où il entre à 9 ans. L’enfant est cependant déjà passionné par toutes sortes d’expériences et a même un petit laboratoire chez lui. Enfant, il collectionne les minéraux, les coquillages, les cachets de poste… et ne montre pas de grand intérêt pour les études. En 1818 il quitte l’externat de Shrewsbury pour la grande école du Dr Butler où il va rester sept années. Il semble, de son propre aveu, plus intéressé par la chasse aux oiseaux et ses collections que par l’enseignement proposé.

Après des études de médecine inachevées à l'université d'Édimbourg, où il s'inscrit en 1825 pour suivre les traces de son père, Darwin se tourne vers la théologie à Cambridge, toujours sur les conseils de son père, dans le but de devenir pasteur. Il fut membre de la Royal Medical Society. Les cours l’ennuient et, au bout de deux ans, il arrête ses études. Mais il se passionne de plus en plus pour l'étude des espèces, notamment grâce à ses rencontres avec des scientifiques tels que le géologue Adam Sedgwick et le botaniste John Stevens Henslow. En 1827, il change de voie et commence à étudier la théologie à Cambridge (toujours sur les conseils de son père) pour devenir pasteur. Peu intéressé par les cours il continue de chasser et se passionne pour sa collection de coléoptères. Il suit avec intérêt les conférences sur la botanique de John Stevens Henslow avec qui il se lie d’amitié. Leurs discussions sont nombreuses sur différents sujets. Il rejoint également une association étudiante, la « Plinian Natural History Society » qui débat de thèmes politiques et scientifiques.

À Édimbourg, Darwin se forme aux sciences naturelles, rejoignant la « Plinian Natural History Society » et rencontrant Robert Grant, un zoologiste spécialiste des invertébrés et passionné par Lamarck et Erasmus Darwin, qui l'encourage à approfondir le thème de la transmutation des espèces. Il fréquente des scientifiques, comme le géologue Adam Sedgwick et le naturaliste John Stevens Henslow et se passionne rapidement pour l'étude des espèces. Il quitte Edimbourg en 1827, fait un bref voyage à Paris et rentre chez lui où il passe son temps à chasser, au grand dam de son père qui l’envoie à Cambridge pour devenir révérend. Une situation qui ne déplaît pas forcément à Darwin : s’il peut douter du crédo il est croyant et après tout de nombreux naturalistes étaient ecclésiastiques.

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En 1831, âgé de vingt-deux ans, il obtient son Bachelor of Arts degree. Il n’a toujours rien d’un étudiant modèle, mais ces années à Cambridge ont développé son intérêt passionné pour le monde vivant, qu’il nourrit notamment auprès de son professeur de botanique, John Stevens Henslow (1795-1861). À ses heures perdues, en compagnie d’autres étudiants, il parcourt la campagne pour collectionner des spécimens de coléoptères.

Le Voyage du Beagle : Une Expédition Fondatrice

Un tournant décisif dans la vie de Darwin est son embarquement à bord du HMS Beagle en tant que naturaliste, grâce à une recommandation de John Stevens Henslow au capitaine Robert Fitzroy. En 1831, grâce à John Stevens Henslow, il obtient une place sur le Beagle, un bateau en partance pour cartographier la côte d’Amérique sud. Il est embarqué comme accompagnateur (sans traitement) du capitaine Robert FilzRoy pour une durée de 5 ans. Darwin désire lui aussi partir en expédition, pour les Canaries. Il est aidé en cela par Henslow, des contacts sont même prit avec des marchands londoniens pour tenter de trouver un navire. Le capitaine Fitz Roy cherche un naturaliste et gentleman de compagnie pour une expédition de 2 ans en Amérique du Sud. A 22 ans Darwin se présente, est accepté et parvient à convaincre son père.

Ce voyage de cinq ans (1831-1836) autour du monde, notamment en Amérique du Sud et dans les îles du Pacifique, va s'avérer crucial pour le développement de sa théorie. Le Beagle quitta Devonport le 27 décembre 1831. Il regagna Falmouth le 2 octobre 1836. Le voyage va durer plusieurs années, jusqu'en octobre 1836 : îles du Cap-Vert, côtes sud-américaines, îles Galápagos (les 13 espèces de « pinsons » qu’il y capture lors de son séjour vont avoir un rôle très important dans l’élaboration de sa future théorie), Tahiti, Nouvelle-Zélande, Australie, Tasmanie, îles Cocos, Maldives, île Maurice, Sainte-Hélène, Ascension, Le Cap, Brésil, retour au Cap-Vert, Açores et retour.

L’expédition à trois buts : améliorer les cartes de l’Amérique du Sud, relever les côtes de Patagonie, de la Terre de Feu et des îles Falkland et enfin enregistrer les conditions météorologiques, les marées et les vents. Le Beagle est un petit bateau de 27m de long, la cabine de Darwin fait 3m x 3,5m et il la partage avec John Lort Stokes hydrographe adjoint de 19 ans. Plafond bas, 3 chaises, 1 table et 2 hamacs. Ils déjeunent dans la cabine du capitaine et bénéficient d’une bibliothèque de 245 volumes équipée d’instruments de mesure. A chaque escale Darwin part en exploration et collecte des spécimens de faune et de flore, des échantillons fossiles, lithiques… Il observe les habitudes des espèces animales, les décrit, les compare avec des espèces similaires d’autres régions… Il étudie le contenu de leur estomac, les naturalise… Et tient informé la métropole en envoyant régulièrement des comptes rendus et des échantillons à Henslow qui se charge de faire connaitre les éléments recueillis. Il lit beaucoup le Principes de géologie de Charles Lyell qui le convainc que les changements de la faune ont dû se faire de façon progressive, sur un temps long, à cause des changements géologiques de la surface de la terre selon des lois encore en action. Darwin n’a de cesse de chercher des origines aux mutations et aux disparitions progressives d’espèces.

Durant ce périple, Darwin recueille une quantité considérable d'observations biologiques et géologiques. Darwin étudie la géologie des îles et des continents abordés, mais il va surtout collectionner les spécimens et les fossiles des espèces qu’il va rencontrer. Il va également étudier les Principes de géologie de Charles Lyell. Il observe les différentes espèces, leurs adaptations à leur environnement, et collecte des fossiles. En 1832, en Uruguay (Montevideo), trouvant des fossiles de grands tatous, il constate que l’espèce a diminué de taille (première hypothèse d’évolution ?).

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L'étude des atolls et de leur formation est un élément fondateur dans la réputation scientifique de Darwin. Ses explications sont encore valables de nos jours. Il explique la formation des atolls par l’enfoncement des iles volcaniques autour desquels une barrière de corail continue de proliférer. La barrière survie alors que le volcan disparait, le corail ne prolifère pas au centre de l’atoll où l’eau est trop calme. A son retour, Darwin fera diverses publications à ce sujet qui assoient sa réputation et lui ouvrent les portes de la Société Géologique dont il devient secrétaire.

C'est surtout dans les îles Galápagos, en 1835, que ses observations l’amènent à élaborer l’ébauche de sa théorie. Il remarque qu’une même espèce retrouvée sur plusieurs îles présente des différences notables. Mais c’est avec les îles Galapagos qu’il trouvera les éléments clefs qui forgeront sa théorie. Darwin va décrire et ramener plusieurs spécimens de tortues. Mais surtout il va étudier et prélever de nombreux pinsons qui divergent de ceux présents sur le continent, et qui se différencient entre eux, par la forme de leur bec. Une grande variété de forme induite par une diversité de la nourriture suite à la colonisation de nombreuses niches écologiques dans ces îles vierges. Peut-être qu’à ce moment de son voyage Darwin ne vit que la variation d’une même espèce pour s’adapter comme cela était déjà convenu par Lyell.

Il manifeste sa reconnaissance envers John Henslow en lui adressant de longues lettres riches d'observations inédites et de remarques pénétrantes.

L'Élaboration de la Théorie de l'Évolution

De retour en Angleterre, Darwin s'installe à Londres, publie le récit de son voyage, Voyage d'un naturaliste autour du monde (1839), et commence à exploiter la masse de données qu'il a collectées. Le Beagle accoste les côtes anglaises le 2 octobre 1836. A son retour Darwin confie la quasi totalité de ses échantillons aux personnes les plus qualifiées pour les étudier : Henslow pour les plantes, Owen pour les fossiles, John Gould pour les oiseaux… Ils sont l’objet de multiples publications que Darwin fit regrouper dans un ouvrage, Zoologie du voyage du Beagle dont les tomes paraissent de 1838 à 1843. En 1843, il s'établit définitivement à Downe, dans le calme de la campagne londonienne, pour poursuivre ses recherches.

Dès son retour, Charles Darwin étudie tous les spécimens rapportés, les rapproche, et commence à élaborer sa théorie de l’évolution. Thomas Malthus publie (en 1798) Sur la population, un essai où l’économiste démontre que, la population augmentant perpétuellement, il existe une lutte pour la survie, et que seuls les individus présentant un avantage quelconque pourront survivre. En 1838, Charles Darwin devient secrétaire de la Geological Society, et membre de la Royal Society dès 1839, à trente ans. Le jeune savant épouse en janvier 1839 Emma Wedgwood, sa cousine germaine. La même année, il publie Journal de recherche (Journal of Researches) - passé à la postérité sous le titre de Voyage du Beagle (Voyage of the Beagle), titre apparu sur une édition de 1905. C’est également en 1838 qu’il devient secrétaire de la Société Géologique pour ses travaux sur les atolls.

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Il rédige aussi ses fameux carnets où il élabore peu à peu sa théorie. Darwin est obsédé par la mutation des espèces, pour son étude il élève des plantes et des pigeons de toute sorte et s’intéresse de près à leur comportement et à leurs variations. Il se renseigne énormément sur la sélection artificielle, la façon dont les hommes effectuent un choix entre les variations d’une même espèce. Il envoie des questionnaires imprimés aux éleveurs et aux jardiniers. Enfin la lecture de Malthus lui fait prendre conscience que toute espèce pourrait croitre indéfiniment s’il n’y avait pas la barrière de la disponibilité en nourriture qui induit une lutte entre individus. Malthus utilisait la Nature pour justifier un système social rejetant l’état providence qui ne fait qu’attiser la paupérisation. Reprenant le concept, Darwin retranspose cette doctrine sociale dans les sciences naturelles. La lutte entre individus doit réguler la population.

Tout concourt à faire de l'ancien navigateur autour du monde un homme sédentaire et retiré. Une santé médiocre l'oblige à ménager ses forces physiques : c’est ainsi qu’il va mener à bien son œuvre immense en passant douze heures par jour dans son lit ! Son caractère paisible ne s'accommodera pas des violentes polémiques que sa doctrine va provoquer. Lui privilégie le soin de s'occuper de sa femme et de ses sept enfants, avec infiniment de délicatesse, comme de ses pigeons, de ses fleurs de serre et de tous les êtres vivants dont il s'est entouré dans sa maison de Down (comté de Kent). Il vit de ses rentes, à l’abri des nécessités financières, et travaille à son grand œuvre, qu’il entend affiner dans ses moindres détails.

Par analogie avec la sélection artificielle, il découvre le mécanisme de la sélection naturelle. Les individus d'une espèce les mieux adaptés à leur environnement subsistent, se reproduisent, les autres disparaissent. Seules les variations utiles à l'espèce sont transmises d'un individu à ses descendants. Ces caractéristiques nouvelles deviennent ainsi progressivement dominantes. Les espèces ne sont donc pas figées comme on le croyait jusqu'alors, en cohérence avec la Bible.

Dans les années 1850, avant même la sortie de la théorie de Darwin, le biologiste Huxley et le paléontologue Owen s’affrontent ouvertement au sujet du lien entre l’Homme et le singe. Leur débat est relayé par la presse et divise le public. Cependant, si l’œuvre de Darwin n’a pas inauguré le débat force est de constater qu’elle a jusqu’à nos jours transformé notre rapport à l’humain.

La Publication de De l'origine des espèces et la Révolution Darwinienne

La théorie de Darwin est exposée dans De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle (1859) où sont décrits l'évolution générale et les principes de la sélection, et dans La descendance de l'homme et la sélection sexuelle (1871). En complément de sa théorie sur la transmutation Darwin prendra soin de faire quelques autres publications scientifiques pour qu’on ne puisse par remettre en cause ses compétences quand il publiera sa thèse principale. Il travailla ainsi sur les verres de terre mais aussi et surtout sur les cirripèdes, avec une nouvelle espèce qu’il avait ramenée d’Amérique latine. Dès son retour il écrit aussi son journal de voyage qui est publié dès 1839 et est partie prenante de sa célébrité.

Cependant il teste sa théorie en en débattant avec des amis érudits qu’il réunit dans sa maison de Downe dans le kent, à deux heures de Londres. Or parmi ces connaissances se trouve Alfred Rund Wallace, naturaliste et chasseur d’espèces rares pour le compte de collectionneurs. Ce dernier s’interroge aussi sur l’évolution des espèces et prépare un article qu’il envoie à Darwin en 1858. La théorie de Wallace, qui est bien son œuvre, est très similaire à celle de Darwin ! Pour ne pas se faire couper l’herbe sous le pied dans le domaine de la publication scientifique Darwin est contraint de publier prématurément un extrait de son travail le 1er Juillet 1858. Les amis de Charles Darwin, le géologue Charles Lyell et le botaniste Joseph Dalton Hooker présentent ce texte à la Linnean Society - sans que Wallace soit au courant -, accompagné de textes de Darwin originellement non destinés à publication. Cette présentation jointe est intitulée On the Tendency of Species to form Varieties; and on the Perpetuation of Varieties and Species by Natural Means of Selection (De la tendance des espèces à former des variétés, de la conservation des variétés et des espèces à l’aide de la sélection naturelle) ; elle est publiée dans le Journal de la Linnean Society en août 1858. Le concept d’évolution par sélection naturelle est alors présenté comme la théorie de Darwin-Wallace.

À la suite de cette publication, sur la demande pressante de Lyell et Hooker qui craignent, face à l’avancée des travaux de Wallace, que leur ami ne se fasse devancer, Darwin se résout à publier ce qui, à ses yeux, n'est que le résumé d’une théorie bien plus vaste. Le 24 novembre 1859, l’ouvrage - dont le titre complet est On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life (l’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, selon la traduction française la plus fidèle au titre anglais) - paraît en librairie. Le soir du même jour, tout est vendu. Six éditions différentes se succéderont jusqu’en 1872, au fil desquelles le texte de l’ouvrage évoluera de façon considérable. Charles Darwin prend en effet soin de modifier son texte pour répondre de façon argumentée aux critiques qui lui sont faites, pour corriger des erreurs, pour parachever sa théorie.

La publication de De l'origine des espèces marque une révolution dans la biologie et dans la pensée humaine. La théorie de l'évolution par la sélection naturelle remet en question la vision fixiste des espèces et propose une explication rationnelle de la diversité du vivant.

Controverses et Réception de la Théorie Darwinienne

La théorie de Darwin suscite de vives controverses, notamment dans les milieux religieux qui y voient une contradiction avec le récit biblique de la création. A l’époque la croyance populaire interprétait les textes bibliques « à la lettre » et laissait à Dieu le soin de faire évoluer toute chose (catastrophisme)… ou de ne rien faire (fixisme) ! Les réactions sont rapides et nombreuses, aussi bien dans la communauté religieuse que scientifique. Succès ne veut pas dire approbation, et dans bien des milieux piétistes ou de strictes obédiences théologiques, il s'agit d'un succès de scandale. Ce qui n’est pas pardonné à cette nouvelle théorie, c’est d’une part de présenter une sélection naturelle sans pitié, ternissant l'image doucereuse d'une bonne nature, œuvre pure d'un Dieu bon et, d’autre part, de dépouiller l’homme de l’épisode de création divine qui lui est propre… pire encore, de laisser entendre qu’il pourrait descendre du singe (théorie que Darwin expose dans son ouvrage la Descendance de l’homme et la sélection sexuelle [The Descent of Man and Selection in Relation to Sex, 1871 - également traduit sous le titre la Filiation de l’homme]).

Le débat fit rage plusieurs années (d’ailleurs certains fondamentalistes le relancent régulièrement, surtout au Etats-Unis). Un aparté célèbre opposa Huxley à l’évêque d’Oxford. Ce dernier, cynique, lui demanda « Est-ce par votre grand-père ou votre grand-mère que vous descendez du singe ?« . Huxley lui rétorqua « Si j’avais à choisir un ancêtre entre le singe et un universitaire s’opposant à des thèses, non par des arguments mais par la dérision, alors sans aucun doute je choisirais le singe« .

Dans les milieux scientifiques, une autre cause de résistance aux idées de Darwin est l'influence persistante des vues de Linné. En fait, à cette époque, on vient à peine de terminer l'admirable édifice de la systématique, de donner à chaque être vivant une identité faite d'un nom de genre et d'un nom d'espèce comme l'avait proposé Linné (→ classification des espèces), et il est pénible de s'avouer que ce bel édifice, payé de tant d'efforts, héberge des informations qui ne sont pas éternelles. C'est pourquoi Darwin revient avec insistance sur le caractère abstrait, mal défini et parfois contradictoire des coupures établies entre les espèces.

Si Darwin a fait le choix de ne pas traiter de l’Homme, c’est tout de même autour de lui que se noue tout le débat puisque la théorie de Darwin considère tout le vivant issu d’un ancêtre commun, peu à peu différencié en diverses espèces par la sélection naturelle. Darwin ne se sentira pas capable de tenir une joute oratoire et se contentera généralement de répondre aux attaques dans les rééditions de son ouvrage. Mais d’autres se chargeront de le défendre en place publique, dans les sociétés savantes mais aussi en milieu universitaire comme en la personne d’Huxley, vieil ennemi du vieux paléontologue Owen ! Il sera le « bulldog de Darwin » ! Ainsi quand la théorie arrive en France, la théorie de Darwin entraîne surtout un renforcement du Lamarckisme !

Conscient de l’intérêt suscité par la place de l’Homme dans le règne animal Darwin lui consacre un ouvrage publié en 1871 : La filiation de l’Homme et la sélection liée au sexe. Son but est alors de désacraliser l’Homme considéré par beaucoup, même parmi les évolutionnistes, comme à part car doté d’une conscience d’essence divine. L’œuvre de Darwin va être d’étudier les expressions physiques des sentiments, de constater qu’elles sont les mêmes entre les différentes races humaines (il envoie pour cela de nombreux questionnaires à des missionnaires et des gouverneurs dans tout l’Empire) et de les comparer avec ses travaux sur l’expression des émotions chez les animaux. Il en déduit que chez les animaux comme chez l’homme il y a la même palette d’émotions, souvent physiquement exprimées de façon proche. Son but est de montrer que beaucoup de comportements même sociaux sont hérités, issus de l’instinct acquis à un stade très primaire de notre évolution.

Malgré ces controverses, la théorie de Darwin s'impose progressivement dans les milieux scientifiques et contribue à transformer notre vision du monde vivant.

Héritage et Postérité

Charles Darwin est loin d’être l’homme d’un seul sujet. Toute sa vie, Darwin se passionne pour les orchidées. Ayant reçu d’un correspondant une orchidée originaire de Madagascar (Angraecum sesquipedale), dont les fleurs présentent un éperon de 25 à 30 cm de long, Darwin suppose l’existence sur cette île d’un papillon doté d’une trompe suffisamment longue pour parvenir à aspirer le nectar au fond de l’éperon (il n’en connait aucun en mesure d’atteindre une telle profondeur), permettant ainsi la pollinisation des fleurs sans laquelle l’orchidée aurait disparu.

La théorie de Darwin implique de fait que seule survie la lignée de ceux qui sont les plus aptes à survivre en temps de crise (sélection naturelle) et/ou les plus aptes à se reproduire (sélection sexuelle). Inspirée de la sociologie de Malthus, cette théorie retourne à la sociologie à travers des auteurs comme Galton (cousin de Darwin) qui fonde en 1908 une « société d’éducation eugénique » avec Léonard Darwin (fils ainé de Darwin). L’eugénisme est la volonté de laisser aux êtres supérieurs la possibilité de supplanter, socialement voire sexuellement, les êtres les plus faibles. Et ainsi ne pas enrayer la complexification du vivant à l’œuvre depuis les origines. La lutte pour l’existence « se termine malheureusement d’une façon contraire à celle que désirait l’école de Darwin, à celle que l’on oserait peut-être désirer avec elle : je veux dire au détriment des forts, des privilégiés, des exceptions heureuses. « Ce fut la sélection du pire… et des pires tortionnaires… et, de surcroit, souvent sous les applaudissements des faibles d’esprit, plus nombreux encore que les sadiques.

Quel est donc le secret de la fécondité de la pensée darwinienne ? Plusieurs passages de l'Origine des espèces montrent l’humilité de l'auteur, qui accepte de présenter toutes les objections possibles à la théorie de la sélection naturelle, puis à les réfuter lorsqu'il jugeait la chose possible ou, sinon, à en prendre acte.

Charles Darwin meurt le 19 avril 1882. Il est enterré en grande pompe à l’abbaye de Westminster. De l’origine des espèces, son œuvre la plus connue, figure au nombre des ouvrages marquants de l’histoire de la biologie : elle a imprimé un virage profond à la pensée scientifique et, au-delà, à la conception philosophique de la nature même de l’espèce humaine. Ponctuée de controverses et de débat, la pensée évolutionniste de Darwin, passée à la postérité sous le nom de darwinisme, a peu à peu gagné toute l’Europe, puis les États-Unis. En quelques décennies, le darwinisme s’est imposé dans tous les milieux scientifiques, et en-dehors, jusqu’à ce que l’Église elle-même décide de ne plus y voir de contradiction avec la foi.

Aujourd'hui, la théorie de l'évolution est un pilier de la biologie moderne, confirmée et complétée par les progrès de la génétique. Ses principes de fond ont été confirmés au fil du temps… Dès 1865, le moine Grégor Mendel découvrit, grâce à une expérimentation sur les petits pois, les lois de l’hérédité des caractères. La publication de son ouvrage a d'ailleurs suscité de vives réactions au sein de l'Eglise.

S'il est parvenu à préciser et appuyer certains aspects, les idées de Darwin demeuraient incomplètes, faute de preuves pour les confirmer. Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que sa théorie ne revienne sur le devant de la scène grâce à l'émergence de la génétique et notamment de la génétique des populations, à savoir l'étude des facteurs qui influencent la diversité génétique au sein des populations d'êtres vivants.

Cette discipline a fourni aux scientifiques les outils pour appuyer les principes de variation et d'hérédité à la base de la théorie de l'évolution des espèces. Ceci a donné naissance, dans les années 1940, à la "théorie synthétique de l'évolution" qui rassemble les lois sur l'hérédité, la génétique des populations et les concepts de Darwin. Une décennie plus tard, la découverte de l'ADN et de sa structure en double hélice est venue ajouter de nouvelles pièces au puzzle. Depuis, la théorie de l'évolution n'a cessé de s'enrichir, de se nuancer et de se complexifier grâce aux progrès scientifiques dans les différents domaines. Les recherches ont montré que, si les espèces évoluent bel et bien au fil des générations, le processus implique différents mécanismes qui ne se résument pas à la sélection naturelle.

L'œuvre de Darwin a profondément transformé notre compréhension du monde vivant et a ouvert de nouvelles perspectives dans de nombreux domaines de la science.

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