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La Collégiale du Folgoët : Histoire et Architecture Sculpturale

La Collégiale du Folgoët, véritable musée à ciel ouvert, offre un aperçu exceptionnel de trois des plus grands ateliers de sculpture bretonne du XVe au XVIIe siècle, utilisant la pierre de kersanton comme matériau de prédilection. Cet article s'inspire des travaux d'Emmanuelle le Seac'h, notamment de son ouvrage "Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne" (p. 76 à 81), pour explorer les statues extérieures de la collégiale.

Les Statues de l'Extérieur

I. La Façade Occidentale

1°) Saint-Michel terrassant le dragon

À gauche du portail occidental, se dresse une représentation saisissante de Saint-Michel archange terrassant le dragon. Cette sculpture en kersanton, réalisée par l'Atelier du Folgoët entre 1423 et 1433, est une pièce maîtresse de la façade.

Description détaillée :

"L'archange est placé sur une console feuillagée à gauche du portail. Revêtu de son armure, les jambières serrées sur les tibias, il est en équilibre sur le dragon, à la gueule plissée et aux naseaux dilatés et dont la queue s'enroule entre les pattes. De son bras valide muni d'un gantelet, saint Michel appuie sur son bouclier qui lui bloque la tête. Dans la lutte, il réussit à garder son manteau drapé sur l'épaule droite et conserve un visage impassible." (E. Le Seac'h)

Il est à noter que derrière la tête du saint, on peut distinguer la plaque portant l'inscription gothique de 1423. Le bras droit de la statue a été descellé au niveau de l'épaule, mais on imagine qu'il s'élevait et tenait la hampe de la lance dont l'extrémité pénétrait dans la gueule du dragon.

La queue du dragon, selon un motif fréquent, se termine en tête de serpent, symbolisant une force autonome qui refuse la défaite. Cette représentation souligne que le combat contre les forces du Mal est incessant. Le dragon est terrassé, mais non exterminé. Ce motif se retrouve également dans les Arbres de Jessé et les Vierges à la Démone. L'écu porté par Saint-Michel arborait des armoiries qui ont été martelées.

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Style et influence :

"Ici aussi on reconnaît la main du premier Maître du Folgoët qui trace le nez dans la continuité parfaite du philtrum puis de la fossette mentonnière. Les yeux sont dessinés en amande et accentués par un croissant pour la paupière supérieure. La ligne des sourcils est symbolisée par un petit arc entre le front et cette paupière. Les cheveux, en mèches séparées et bouclées, sont copiés des angelots du tombeau de Gatien de Monceaux à Quimper" (E. Le Seac'h). On y reconnaît aussi l'amict dont le rabat forme un W ou oméga minuscule, caractéristique de cet Atelier.

1°) suite. Le tympan du porche occidental

Du porche ouest ruiné après l'incendie de 1708 ne subsiste que le tympan dont les sculptures sont très abîmées. L'intrados de l'arc représente de gauche à droite la Nativité, l'Adoration des Mages et l'Annonce aux Bergers.

La Nativité:

Sur ce tympan, saint Joseph, barbu, tête coiffée d'un bonnet, s'appuyant sur une canne, est accroupi au chevet de son épouse et tient le gland de l'oreiller du lit. Sur ce lit repose Marie, représentée juste après qu'elle ait donnée naissance à son Fils : il s'agit de la figure nommée "Vierge en gésine sur son lit d'accouchée" ou Maria im Wochenbett. Elle est tournée sur le coté droit et en appui maladroit sur le coude, alors qu'elle tient l'Enfant assis sur son ventre. Au dessus d'elle, l'âne et le bœuf sortent la tête d'une sorte de lucarne ronde.

L'Adoration des Mages:

L'Enfant est tourné vers le premier mage, Melchior, qui se penche, ôte sa couronne de la main droite et présente une cassette pleine d'or. Derrière Melchior, Balthasar, imberbe, coiffé d'une toque, et vêtu d'une riche pelisse, tend l'index vers l'étoile à cinq branches (visible à l'aplomb de Jésus) qui les a guidé. La tunique est plissée, courte, aux manches évasées, mais roulée à gauche sur le poignet. A droite, on imagine plutôt qu'on ne distingue Gaspard offrant l'encens.

L'Annonce aux bergers:

Sur le phylactère, seul reste lisible le mot EST, final de PUER NATUS EST, "un enfant est né".

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2°) Le groupe de Saint Yves entre le Pauvre et le Riche

En longeant par la droite la façade ouest jusqu'à l'angle sud-ouest de l'édifice, nous découvrons successivement trois statues qui composent un ensemble, actuellement un peu dispersé, celui du groupe de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre.

Ces trois statues sont l'œuvre de Bastien Prigent, sculpteur de Landerneau (1527-1577). "Les visages aux formes rectangulaires et aux yeux en amande sont de toute beauté." (E. Le Seac'h p. 165) Ce groupe provient en fait de l'ancienne chapelle de Guicquelleau, ou de celle du château de Lesneven. Il a servi de modèle pour le groupe de La Roche-Maurice.

  • Saint Yves : La première statue, qui occupe le contrefort droit du portail ouest, est celle de saint Yves, qui perd ainsi sa position centrale entre les deux plaideurs. "Saint Yves est un saint très vénéré en Bretagne : on trouve sa statue dans la plupart églises. Il naquit à Tréguier en 1455. Après avoir étudié"les lettres, ·la théologie et le droit pendant quatorze ans, il se fit avocat. Il aimait à défendre la cause des petits et des pauvres devant les tribunaux, et il avait un tel souci de l'honnêteté, qu'on disait de lui : Sanctus Yvo, advocatus et non latro, res miranda populo : Saint Yves était avocat et point voleur, chose inouïe pour le peuple. Il évangélisa les campagnes du Trégor, prêchant toujours la justice et le droit et accomplissant de nombreux miracles. Il est représenté ici vêtu d'un surplis à larges manches. Remarquez l'élégance et la finesse du cul-de-lampe et du dais de cette niche." (Guiilermit) "Le saint, vêtu d'une robe longue, la cotte, recouverte d'un surcot à longues manches , déroule un parchemin de la main droite. " (Le Seac'h p.165)

  • Le Riche : "Il lève la main droite tout en s'accrochant à son escarcelle. Son habillement est recherché : un pourpoint long avec un col cassé est ceinturé à la taille. Un long manteau ouvert se termine en plis enroulés. La tenue est complétée par un grand chapeau au bord conique décoré d'une broche ronde. " (Le Seac'h p. 165) Certains auteurs (Guillermit) voit dans cette main une bourse.

  • Le Pauvre : "Le pauvre est sur l'autre contrefort de l'angle. Il est souvent appelé aussi Salaün ar Foll selon la légende du fou bienheureux [honoré ici]. Il est simplement vêtu ici d'une souquenille de paysan et les jambes gainées de houseaux, le pied gauche nu. Deux refouillement plus profonds de la pierre sur son coté droit simulent un trou dans ses haillons ainsi qu'au coude. Il marche avec un long bâton et tient son chapeau rond des deux mains. Il lève légèrement la tête probablement vers saint Yves qu'il devait regarder lorsque les statues étaient regroupées " (Le Seac'h p. Académie Française 1694) ce qui l'apparente à un sac à procès. Le poids et le volume de ce sac s'oppose avec dérision à la pièce de monnaie du Riche.

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3°) Saint Éloi

Entre ces deux statues, dans un renfoncement, nous apercevons celle de saint Eloi, le patron attitré de la race chevaline. Il est naturel qu'il figure dans cette galerie, car les foires de chevaux du Folgoët sont renommées de longue date. Dans les proches environs, à Ploudaniel, le saint a sa chapelle avec son pardon de chevaux fameux dans la région.

Les tenailles et le fer à cheval du support sont les attributs du saint patron des forgerons. Il est représenté en saint évêque, portant la mitre, bénissant de la main droite et tenant une crosse épiscopale (brisée) de la main gauche. E. Le Seac'h ne précise pas quel est l'auteur de cette statue. Elle n'est pas très éloignée de la statue en kersanton de saint Eloi à la chapelle de Locmaria-Lan à Plabennec, attribuée à Bastien Prigent. Mais la chevelure de la tête (recollée) est compacte, crêpée, et non méchée, et les yeux en amande sont ourlés. Le saint porte une aube tombant sur le sol, une tunique fendue sur les cotés, et une chasuble à capuchon.

La Façade Sud

Après avoir contourné l'angle qui sépare la façade principale de la façade du midi, nous nous trouvons devant une série d'admirables contreforts agrémentés de niches et de pinacles élancés. Certaines niches sont vides, d'autres sont occupées par des statues.

4°) Statue de saint François d'Assise

Plus à gauche, dans la niche d'un contrefort, Saint François d'Assise, reconnaissable au costume des religieux de son ordre : la robe de bure, le cordon à nœuds, et surtout à la plaie du côté que le sculpteur a naïvement figurée pour rappeler les stigmates." (Guillermit) Le costume est franciscain, la posture des bras est bien celle de François d'Assise montrant ses stigmates, mais la tête (recollée) semble être féminine, avec un front épilé et le bas du visage arrondi. Mais le front est ridé, et ce qui me semblait un voile est la capuche de l'habit de bure. Je me laisse convertir à la proposition de Guillermit.

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