L'accouchement par césarienne, bien que parfois nécessaire pour la santé de la mère et/ou du bébé, peut avoir des conséquences sur l'établissement du microbiote intestinal du nourrisson. Cet article explore l'impact de la césarienne sur le microbiote du bébé, les conséquences potentielles sur sa santé et les stratégies possibles pour atténuer ces effets.
Le microbiote : Un écosystème essentiel
Le microbiote, anciennement appelé "flore intestinale", est l'ensemble des micro-organismes (bactéries, virus, parasites et champignons) qui vivent en communauté dans un environnement déterminé. Nous vivons quotidiennement en compagnie de milliards de bactéries, et selon leurs localisations, on parlera de microbiote cutané, respiratoire, buccal, intestinal, vaginal, etc. Le microbiote intestinal, en particulier, joue un rôle crucial dans la digestion, le système immunitaire et le métabolisme en général.
La transmission du microbiote de la mère à l'enfant : Un processus clé
La transmission des micro-organismes de la mère à la progéniture est, chez les mammifères, le facteur le plus important pour la mise en place d’un microbiote équilibré. Cette transmission se produit principalement lors de l'accouchement par voie basse, où l'enfant reçoit les bactéries vaginales et fécales de la mère, qui vont ensuite coloniser progressivement son intestin et l’ensemble de ses muqueuses.
La césarienne : Une perturbation du processus naturel
La césarienne, consistant à inciser l’abdomen puis l’utérus de la mère, est un acte chirurgical pratiqué lorsque l’accouchement par voie naturelle n’est pas retenu. Selon l’enquête nationale périnatale de 2021, 21,4 % des naissances se font par césarienne en France. La césarienne prive le nouveau-né de cette exposition initiale aux bactéries maternelles, l'exposant directement et sans doute trop brutalement aux bactéries de l’environnement, ce qui le prédispose à un risque accru de troubles immunitaires, en particulier les allergies et les infections respiratoires. Les premiers micro-organismes qui vont coloniser le tube digestif du bébé seront alors ceux qui proviennent de la peau de la maman, du papa, du personnel soignant, ainsi que de l’environnement extérieur, tel que l’environnement hospitalier. Le microbiote du bébé va alors devoir se construire avec des bactéries différentes et moins adaptées que celles retrouvées lors d’un accouchement par voie basse. De nombreuses études ont montré que le mode d’accouchement joue un rôle critique sur la composition du microbiote infantile. En effet, le microbiote oral et de la peau du nourrisson né par césarienne est moins abondant et de composition différente de celui né par voie basse. Le microbiote du bébé va ensuite graduellement évoluer et se diversifier durant les premiers jours et mois de sa vie afin de s’adapter au mieux aux différentes parties de son corps. Cette diversification va se réaliser de manière plus lente chez les enfants nés par césarienne.
Conséquences potentielles d'un microbiote perturbé
Un microbiote intestinal altéré chez le nourrisson peut perturber fortement l’éducation du système immunitaire, augmentant ainsi le risque de contracter des maladies immunitaires au cours de la vie. De nombreuses études ont associé les maladies chroniques à un manque de diversité du microbiote. Des études ont mis en évidence qu'après une césarienne, le microbiote de l’enfant semble au contraire se diversifier beaucoup trop rapidement. La muqueuse intestinale, excessivement stimulée par cette surexposition microbienne précoce, développe une propension aux phénomènes inflammatoires qui peuvent ensuite se propager à l’ensemble de l’organisme. Plus précisément, les cellules productrices de mucus sont perturbées dans leur fonctionnement. Il a récemment été montré que ces perturbations altèrent le développement du système immunitaire. Cela prédispose l'enfant aux allergies, à l’obésité et à l’inflammation intestinale.
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Stratégies pour atténuer l'impact de la césarienne
Même s’il est aujourd’hui admis que le microbiote intestinal d’un bébé né par césarienne diffère de celui d’un enfant né par voie basse, gardez en mémoire que la majeure partie du développement du microbiote intestinal se produit au cours des premières années de sa vie. Il est donc tout à fait possible d’adopter des mesures efficaces pour l’aider à développer son microbiote.
L'allaitement maternel : Une approche naturelle
L’allaitement maternel représente une approche naturelle permettant de modifier la communauté microbienne après une césarienne. Une consommation exclusive de lait maternel permettrait de restaurer un microbiote infantile comparable à celui de bébés nés par voie vaginale. La perturbation du microbiote intestinal infantile causée par la césarienne est partiellement restaurée par l’allaitement exclusif. En effet, le lait maternel contient une myriade de composés biologiquement actifs, dont le rôle est de guider le développement du système immunitaire et du microbiote intestinal. Une étude a mis en évidence que les bébés nourris au sein présentent des taux plus élevés de bifidobactéries.
Les probiotiques et les symbiotiques : Un coup de pouce pour le microbiote
Les probiotiques et les symbiotiques offrent également des résultats intéressants en matière de réimplantation des bactéries infantiles. Pris pendant la grossesse ou la lactation, des probiotiques et des symbiotiques améliorent le microbiote des enfants nés par césarienne. Certains probiotiques ont été combinés avec des galacto-oligosaccharides, des fructo-oligosaccharides ou des oligosaccharides. Là encore, le microbiote des nourrissons est devenu plus proche de celui des nouveau-nés des mères ayant accouché par voie basse par rapport aux groupes témoins, en particulier en ce qui concerne la colonisation par Bifidobacterium, souvent peu après la naissance. Une méta-analyse totalisant 1 193 nourrissons montre qu’une supplémentation en probiotiques ou en symbiotiques après une césarienne rapproche leur microbiote de celui des nourrissons nés par voie basse.
Quel probiotique choisir ?
Pour pouvoir être utilisée, une souche probiotique doit au préalable avoir été validée par au moins une étude clinique et présenter un effet positif sur la santé de l’enfant. Les probiotiques destinés aux nourrissons étant spécifiques, le mieux est de s’adresser à un professionnel de santé qui saura vous orienter vers les combinaisons de souches adéquates. Demander conseil à votre médecin ou votre pharmacien !
Le transfert de microbiote vaginal (TMV) ou "vaginal seeding" : Une technique en devenir
Une autre solution en devenir consiste au transfert du microbiote vaginal au nouveau-né directement après l’accouchement par césarienne par une technique appelée « vaginal seeding ». Cette technique consiste à incuber une gaze pendant 1h dans le vagin de la mère pré-accouchement puis de passer cette gaze sur le nouveau-né directement après l’accouchement. Plusieurs études cliniques sont en cours aux États-Unis pour tester l’efficacité de cette technique dans la réduction de risques de contraction de maladies immunitaires chez les enfants nés par césarienne. Les premiers résultats sont encourageants et montrent que l’exposition aux bactéries vaginales maternelles (principalement Lactobacillus) post-accouchement permettrait le rétablissement d’un microbiote non perturbé dans les mois suivant la césarienne.
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La transplantation de microbiote fécal (TMF) : Une approche prometteuse
La transplantation de microbiote fécal (TMF), plus connue, semble en revanche bien fonctionner. Des nourrissons ont reçu par voie orale un échantillon de fèces diluées de leur propre mère, prélevé trois semaines avant l’accouchement. L’évolution de la composition du microbiote des nourrissons traités par TMF montrait une similitude significative avec celle des nourrissons nés par voie basse. Cette première étude preuve de concept montre la sûreté et l'efficacité potentielle d’une TMF pour restaurer le microbiote intestinal des bébés nés par césarienne.
L'importance des 1000 premiers jours
La période des 1 000 premiers jours de l’enfant, allant de sa conception à ses 2 ans, est un moment clef pour son développement et sa santé future. Pendant cette période, le microbiote intestinal de l’enfant se met en place dès la naissance, puis se structure pendant la petite enfance sous l’influence de nombreux facteurs. A l’âge adulte, le nombre et la variété de bactéries qui le compose ont tendance à se stabiliser.
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