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Césarienne et Instinct Maternel: Études et Perspectives

L'arrivée d'un enfant est un événement majeur, souvent idéalisé, mais qui peut aussi être source de questionnements et d'inquiétudes. La question de l'instinct maternel, souvent présenté comme inné et universel, est particulièrement complexe, surtout dans le contexte des accouchements par césarienne. Cet article explore les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur des études scientifiques et des témoignages, afin de mieux comprendre l'impact de la césarienne sur le lien mère-enfant et la construction de l'identité maternelle.

La Césarienne: Un Acte Médical aux Implications Multiples

La césarienne, intervention chirurgicale consistant à extraire le bébé par une incision abdominale, est devenue une pratique courante dans de nombreux pays. Si elle peut être une nécessité médicale pour sauver la mère ou l'enfant, elle est parfois pratiquée de manière abusive, soulevant des questions éthiques et des préoccupations quant à ses conséquences sur la santé de la mère et de l'enfant.

Violences Obstétricales et Accouchement Respecté

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a récemment dénoncé les "violences obstétricales" faites aux femmes durant l'accouchement. Catherine Béchard, ostéopathe, a réalisé le documentaire « Loba » (la louve), pour relayer ce message. Elle y plaide pour que chaque femme puisse choisir un lieu d’accouchement où elle se sente en sécurité physique et émotionnelle, qu’on ne l’infantilise plus et qu’on arrête de vouloir aveuglément le « risque zéro » au point de faire de son accouchement une cascade de gestes médicaux.

Le Rôle du Cerveau dans l'Accouchement

Selon Catherine Béchard, le cerveau est le principal allié d’un accouchement réussi. Grâce aux neurosciences, on sait mieux comment fonctionnent nos trois cerveaux : le reptilien qui a l’instinct de vie, le cortical lié au raisonnement, et le limbique, siège des émotions. Le cerveau limbique sécrète, via l’hypothalamus, l’ocytocine, l’hormone qui stimule les contractions de l’utérus et par la suite l’allaitement. Mais cette mécanique archaïque et puissante est altérée si le néocortex et les émotions sont perturbés. Or trop souvent, l’accouchement à l’hôpital va provoquer une série de stress qui l’inhiberont.

La Perte de Confiance et le Rôle de la Sage-Femme

La société tout entière a perdu le contact avec le corps. Du coup, la maman ne sait plus se faire confiance. Une sage-femme correctement formée aide à rétablir cette confiance. Elle libère l’accès au système archaïque du cerveau, respecte ses rythmes. Elle aide la maman à se concentrer, lui suggère des positions confortables. Elle utilise son appareil de monitoring, mais de façon discrète et appropriée, et ne pose pas des cathéters partout, « au cas où », comme on le dit aux femmes qui arrivent en salle de travail.

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L'Instinct Maternel: Inné ou Acquis?

La notion d'instinct maternel est souvent présentée comme une évidence, une force innée qui guide les mères dans leurs interactions avec leur enfant. Cependant, cette idée est de plus en plus remise en question, notamment par les neurosciences et les sciences sociales.

Définition et Controverse

L’instinct maternel, censé être inné, permettrait de savoir et connaître tous les besoins de son enfant, naturellement. Mais qu'en est-il dans le cadre de parents adoptants ou de GPA ? L’instinct parental ne serait-il pas plutôt acquis ? Ou alors, ce que l’on nomme « instinct », ne serait-il pas de l’intuition tout simplement et que l’on reporte au fait de la parentalité ?

Alexandra affirme que l’instinct maternel ou paternel n’existe pas. Pour preuve, s’il existait, les enfants maltraités il n’y en aurait pas. On ne peut pas parler d’instinct car par définition c’est une tendance innée et puissante, commune à tous les êtres vivants ou à tous les individus d’une même espèce. Si ça ne s’applique pas à tous, ça ne peut pas s’appeler instinct. Après je trouverai que le mot « lien » parental conviendrait mieux.

Frédérique pense que l’instinct primaire paternel ou maternel existe, mais ça ne fait pas tout et il faut cultiver le lien pour que l’instinct reste. Mais je pense que l’instinct primaire animale existe oui, comme pour beaucoup de mammifères. Un instinct qui nous réveille la nuit pour voir si notre bébé respire, un instinct pour le protéger (d’où le besoin de certains parents de ne pas lâcher bébé les premiers jours par exemple), etc.

Eulalie pense qu'il n’y a pas d’instinct parental. Elle a demandé aux sages-femmes si elles n’avaient pas trouvé le mode d’emploi pendant la césarienne. A priori non pas de notice même en chinois ou grec ancien, dommage. Donc j’ai rencontré mon fils et j’ai appris à devenir maman, j’ai tous les jours l’impression qu’il évolue plus vite que moi, un peu comme si j’avais acquis aujourd’hui les programmes de la maman qui pourrait parfaitement répondre à ses besoins d’hier, et le temps d’acquérir ceux d’aujourd’hui on sera déjà demain depuis un moment. Si je reconnais à tout le règne animal un instinct maternel, je pense vraiment que l’humain doit passer par cette phase d’apprentissage pour s’en sortir.

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Catherine pense qu'il est évident qu il y a un instinct parental. Tous les parents ont « une tendance innée et puissante » à aimer et vouloir protéger leur enfants. Ça peut se manifester plus ou moins fort. Certains sauront avec certitude quoi faire d’autres auront plus de mal et ne se rendront pas forcément compte de ce qui change. Très très rares sont ceux qui seront totalement et complètement indifférents. Question de sensibilité je pense.

Chacha pense que l’on apprend à être parent, que le désir d’avoir des enfants soit présent avant même d’en avoir, ou lorsqu’on le devient par surprise. Pour ma part, je parlerai plutôt de fibre parental, ce qui fait qu’on peut être un parent plein d’amour et de bienveillance, que l’enfant soit biologiquement le nôtre ou pas.

Sanéra raconte qu'elle a découvert totalement la maternité. Une nuit, elle a eu un petit instinct, une sensation qu’il fallait qu'elle se lève, elle n’aurai plus eu sa fille. Instinct maternel ou lien parental, je ne sais pas.

Pepette pense que cela existe cet instinct parental. Pendant tous le temps où l’équipe médicale ne s’est absolument pas occupée d’elle, nous avons ressenti cet instinct qui nous indiquait qu’elle était en souffrance. Nous avons passé notre trempe à alerter sans résultat. Je pense que aujourd’hui on ne fait pas assez attention à cet instinct.

Flora pense que non ça n’existe pas. On apprend sur le tas à devenir mère, père, parents. Et je trouve que cette notion d’instinct censé être inné culpabilise encore plus les jeunes parents.

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Magali pense que l’instinct existe, donc pourquoi pas maternel et paternel ? J’ai trois enfants, quand ils étaient petits, j’ai plusieurs fois « senti » qu’il se passait quelque chose, alors que rien ne le laissait prévoir - et j’ai eu raison à chaque fois… pourtant, jeune, je n’avais pas de désir d’enfant.

Les Neurosciences et le Cerveau Maternel

Pendant la grossesse, les femmes subissent des bouleversements tant psychologiques que physiques. Et si la prise de poids est l’un des changements les plus connus car facilement observables, peu de futures mamans savent que leur cerveau, lui, perd du volume.

Elseline Hoekzema et son équipe ont tenté d’identifier les modifications cognitives que pouvaient entraîner la grossesse chez les futures mamans. Pour cela, le cerveau de 25 femmes enceintes de leur premier enfant a été analysé grâce à des séries d’IRM réalisés tout au long de leur grossesse et après la naissance du bébé. Des changements dans la structure et la fonction cérébrale des femmes enceintes s’opèrent, surtout dans les régions sollicitées dans les interactions sociales telles que la perception et l’interprétation des désirs, des émotions, des intentions et de l’humeur des autres. Toutefois, Elseline Hoekzema précise que la perte de volume ne se traduit pas nécessairement par une perte de fonction cérébrale. Ce processus permettrait l’élimination des synapses les plus faibles et ainsi le développement du comportement maternel. L’étude a démontré que les mamans dont le cerveau a subi le plus de bouleversements ont un lien maternel plus fort que les autres.

Le Rôle des Hormones

Les écrits d’une sociobiologiste servent régulièrement de caution scientifique à l’idée qu’il existe un « instinct maternel ». Pour Sarah Blaffer Hrdy, il existe d’importants soubassements biologiques (hormones de grossesse, odeur dégagée par le nourrisson, etc.) qui peuvent expliquer les mécanismes biologiques de l’attachement maternel.

L’ocytocine, impliquée lors de l’accouchement et de la lactation, a un rôle dans le renforcement du lien parental, qu’il soit maternel ou paternel. L’ocytocine est naturellement secrétée en quantité chez les parturientes.

Michel Odent défend la théorie selon laquelle l’ocytocine libérée lors de l’accouchement est la source de l’amour maternel qui naît ainsi naturellement. En parallèle, le livre dans lequel Blaffer Hrdy argumente en faveur de l’existence de processus biologiques favorisant les comportements maternels y compris chez les femelles humaines est traduit, recevant un accueil favorable dans les médias.

Les Limites de l'Extrapolation

L’extrapolation des études ayant rapporté des effets de l’administration intra-nasale d’ocytocine est problématique à plus d’un titre. De même, les rares études ayant rapporté un lien entre ocytocine et attitudes maternelles chez l’Homme restent à répliquer sur de plus larges échantillons, souffrent de biais méthodologiques liés aux mesures de l’ocytocine et de l’attachement, et ne sont basées que sur l’observation de corrélations qui peuvent aisément être expliquées autrement que par un effet de l’ocytocine.

Un haut niveau d’ocytocine pourrait être la conséquence de l’allaitement, lui-même corrélé à un certain degré d’investissement maternel, et non sa cause. Autre possibilité : certaines femmes ayant un dysfonctionnement du système ocytocinergique empêchant l’éjection du lait et échouant de ce fait à allaiter pourraient, du fait de leur incapacité à se conformer à l’injonction sociale à l’allaitement, développer des complications dans leurs relation avec leur bébé alors nullement dues à une action de l’ocytocine sur d’hypothétiques centres cérébraux de contrôle desdites relations.

Les Facteurs Sociaux et Culturels

Présenter comme naturel le développement après l’accouchement d’un sentiment maternel épanouissant a l’avantage de rassurer les femmes angoissées par l’injonction à la maternité réussie, contrecoup imprévu de la « maternité choisie » revendiquée avec succès par le MLF. Induire que les cas échappant à ce scénario idyllique relèvent soit d’un effet de l’environnement, soit d’un dysfonctionnement purement biologique, a de son côté l’avantage de disculper les mères concernées et de leur éviter de se questionner sur leurs choix de vie.

Césarienne et Lien Mère-Enfant : Impact et Adaptation

La césarienne, en tant qu'intervention chirurgicale, peut perturber le processus naturel de l'accouchement et avoir un impact sur le lien mère-enfant. Cependant, il est important de noter que cet impact n'est pas systématique ni irréversible.

Les Défis de la Césarienne

La césarienne peut être vécue comme une expérience traumatique pour certaines femmes. L’événement peut sidérer, surprendre. Chacun réagira différemment. La césarienne peut être assimilable à la première (1er temps).

La césarienne renvoie les femmes à leur incapacité. Celle qui se décide à la dernière minute est plus touchée. La séparation précoce entre la mère et son enfant est fréquente. La stérilisation n’est pas très élevée.

La césarienne implique un allongement du temps et prive d’un contact nécessaire. Elle prive d’un contact nécessaire. La mère ne conserve plus aucune prérogative et n’a pas vu naître l’enfant.

L'Adaptation du Cerveau Maternel

Le cerveau s'adapte aux nouvelles exigences que représente cette période si particulière de la vie. Des millions d'années d'évolution l'ont conformé de façon que les jeunes parents s'emploient sans réserve au bien-être de leur progéniture, quel que soit leur état d'épuisement, ou presque.

La transformation d'une femme en mère dévouée corps et âme à son petit s'amorce dès la grossesse, et se poursuit dans les premières semaines après la naissance. Au cours de cette période, le corps de la mère est submergé par un cocktail d'hormones comme l'ocytocine, l'hormone de la confiance et du lien, les œstrogènes, ou la prolactine qui stimule la production du lait. Certaines zones du cerveau, qui assurent notamment la régulation du stress, sont spécialement pourvues en récepteurs de ces hormones.

L'Importance du Contact et de l'Allaitement

L'allaitement, quant à lui, stabilise la relation entre la mère et son enfant, parce que le corps de la mère libère au cours de cette période de grandes quantités d'ocytocine.

La Réversibilité des Effets

Le manque d’ocytocine est aussi responsable du fait que les mères font plus souvent des dépressions post-partum à la suite d’une césarienne, qu’après un accouchement par voie naturelle. Mais rassurons les personnes qui craindraient qu'une césarienne se traduise durablement par une relation moins intime entre la mère et l'enfant. James Swain a réitéré son expérience avec les pleurs de bébés avec les mères, trois et quatre mois après. Et l'effet avait disparu. Le cerveau des femmes des deux groupes réagissait de la même façon aux pleurs des tout-petits.

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