L'accouchement est une expérience unique et personnelle pour chaque femme. Si l'accouchement par voie basse (VB) est souvent considéré comme la norme, la césarienne est une intervention chirurgicale qui peut s'avérer nécessaire dans certaines situations médicales. Cependant, la césarienne de complaisance, c'est-à-dire une césarienne pratiquée sans indication médicale claire, suscite des débats et des interrogations quant à ses risques et ses alternatives. Cet article a pour but d'explorer les enjeux de la césarienne de complaisance, en mettant en lumière les risques potentiels pour la mère et l'enfant, les alternatives possibles et les raisons qui peuvent motiver ce choix.
La Consultation Préanesthésique : Une Étape Clé
La femme enceinte doit obligatoirement prendre rendez-vous avec un médecin anesthésiste au cours de sa grossesse, généralement lors du dernier trimestre. Mais ce rendez-vous peut être pris plus tôt en cas de grossesse pathologique ou de problèmes de santé de la future maman. Le but de ce rendez-vous est de sécuriser et d'anticiper l'accouchement de la patiente grâce à une bonne connaissance en amont de son état de santé. Cette dernière peut en effet avoir besoin d'une péridurale, d'une césarienne, de forceps ou d'une ventouse pour mettre au monde son enfant, ce qui nécessite le recours à une anesthésie parfois dans l'urgence. La consultation préanesthésique est régie par le décret n°94-1050 du 5 décembre 1994.
Au cours de ce rendez-vous, le médecin anesthésiste procède à un examen clinique et à un interrogatoire de la future mère. Il s'informe sur l'état de santé de la patiente à tous les niveaux: tabagisme, alcoolémie, état bucco-dentaire, allergies, maladies du cœur et des vaisseaux, maladies respiratoires, urinaires, digestives, hépatiques, neurologiques, métaboliques ou dorsales. Il se renseigne de même sur les éventuels traitements en cours.
Un des rôles de l'anesthésiste est de définir avec la femme enceinte si elle est éligible à la péridurale, et ce, même si la femme n'envisage pas à priori d'y avoir recours. En effet, si la douleur devient ingérable pour la future maman au cours du travail, il est possible qu'elle souhaite au dernier moment recourir à la péridurale alors qu'elle ne l'envisageait pas initialement. Il existe à ce titre différents types d'anesthésie. La péridurale consiste en une anesthésie loco-régionale grâce à la pose d'un cathéter dans la zone péridurale (bas du dos) en passant entre les vertèbres lombaires. L'effet de la péridurale est d'atténuer, voire de faire disparaître, la douleur du travail lors de l'accouchement: douleurs des contractions et douleurs à l'expulsion du bébé. Le médecin anesthésiste peut injecter une première dose d'anesthésiant à la maman et, en fonction de sa perception et de la façon dont elle supporte la douleur, adapter la quantité d'anesthésiant à réinjecter dans le cathéter. Le médecin anesthésiste intervient donc dans la gestion de la douleur de la femme lors de l'accouchement. Or, si toute femme enceinte peut faire la demande d'une péridurale pour son accouchement, toutes ne peuvent pas en bénéficier. Dans ce cas, il existe des alternatives à la péridurale pour gérer la douleur, comme l'hypnose, l'acupuncture, la sophrologie, l'injection de morphine à faibles doses ou l'inhalation de gaz anesthésique.
Césarienne : Nécessité Médicale ou Choix Personnel ?
La césarienne peut être programmée ou décidée en urgence selon les cas. Elle répond à des impératifs médicaux et non à des motifs de complaisance, même s'il existe des exceptions dans certains établissements privés. La césarienne est programmée dans le cas d'une présentation du bébé par le siège ou par l'épaule, de naissances multiples (grossesse gémellaire, triplés…), d'un bébé ayant un poids très élevé (on parle alors de macrosomie). Elle est aussi envisagée en amont s'il y a des risques pour la sécurité de l'enfant ou de la maman: mère porteuse du VIH, utérus cicatriciel, etc. Mais la césarienne peut aussi être décidée en urgence: quand le travail devient très long et que l'enfant à naître ou la maman sont en souffrance (hypertension artérielle, prééclampsie, insuffisance cardiaque, toxémie gravidique et autres complications). Dans un cas comme dans l'autre, le rôle du médecin anesthésiste est de sécuriser l'accouchement. Il faut qu'il soit prêt, à l'instant T, à réaliser l'anesthésie avec un minimum de risque pour la maman et l'enfant, pour permettre la réalisation de la césarienne. Ce qui suppose donc qu'il ait réuni au préalable toutes les informations sur l'état de santé de la maman lors d'une consultation préanesthésique. S'il s'agit d'une césarienne en urgence et que la maman bénéficie déjà d'une péridurale, l'anesthésiste peut décider de faire passer dans le cathéter des anesthésiants plus puissants, afin de permettre la césarienne tout en évitant à la patiente une anesthésie générale. Lors d'un accouchement, des complications peuvent apparaître, comme une déchirure de l'utérus, la nécessité de recourir à des forceps, à une ventouse, à une épisiotomie. Le rôle de l'anesthésiste va donc être de gérer la douleur de la maman. Pour cela, il peut injecter des doses supplémentaires d'anesthésiant dans le cathéter si la maman a une péridurale posée.
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Les Motivations Derrière la Césarienne de Complaisance
Plusieurs raisons peuvent pousser une femme à opter pour une césarienne de complaisance :
- La peur de la douleur : L'appréhension de la douleur liée à l'accouchement par voie basse est une motivation fréquente. Certaines femmes préfèrent une intervention chirurgicale programmée, perçue comme plus contrôlable et moins douloureuse.
- La crainte des complications : Des complications potentielles de l'accouchement par voie basse, telles que les déchirures périnéales, l'incontinence urinaire ou fécale, peuvent également influencer le choix d'une césarienne.
- Le désir de contrôle : La césarienne programmée offre une certaine prévisibilité et un contrôle sur le déroulement de l'accouchement, ce qui peut rassurer certaines femmes.
- Les expériences passées : Un accouchement par voie basse traumatisant lors d'une précédente grossesse peut inciter une femme à choisir une césarienne pour les grossesses suivantes.
- Des raisons personnelles : Des raisons personnelles, telles que des contraintes professionnelles ou des convictions personnelles, peuvent également motiver le choix d'une césarienne de complaisance.
Il est important de noter que le choix d'une césarienne de complaisance est un droit pour chaque femme, cependant, il est essentiel qu'elle soit pleinement informée des risques et des bénéfices de cette intervention, ainsi que des alternatives possibles.
Les Risques Associés à la Césarienne de Complaisance
Bien que la césarienne soit une intervention chirurgicale courante, elle n'est pas sans risques, tant pour la mère que pour l'enfant :
Pour la mère :
- Risques liés à l'anesthésie : Comme toute intervention chirurgicale nécessitant une anesthésie, la césarienne comporte des risques liés à l'anesthésie, tels que des réactions allergiques, des problèmes respiratoires ou des complications cardiovasculaires.
- Infections : Le risque d'infection est plus élevé après une césarienne qu'après un accouchement par voie basse. Les infections peuvent toucher la plaie chirurgicale, l'utérus ou les voies urinaires.
- Hémorragies : Les hémorragies sont plus fréquentes après une césarienne qu'après un accouchement par voie basse. Elles peuvent nécessiter une transfusion sanguine ou, dans de rares cas, une hystérectomie (ablation de l'utérus).
- Thromboses : Le risque de formation de caillots sanguins (thromboses) dans les jambes ou les poumons est plus élevé après une césarienne.
- Complications liées à la cicatrisation : Des problèmes de cicatrisation, tels que des adhérences ou des douleurs chroniques, peuvent survenir après une césarienne.
- Risques pour les grossesses futures : Une césarienne augmente le risque de complications lors des grossesses suivantes, telles que la rupture utérine ou le placenta praevia.
Pour l'enfant :
- Problèmes respiratoires : Les bébés nés par césarienne ont un risque légèrement plus élevé de développer des problèmes respiratoires à la naissance, tels que la détresse respiratoire transitoire.
- Moins bon établissement de la flore intestinale : Le passage par la voie basse permet au bébé d'être colonisé par les bactéries bénéfiques de la flore vaginale de la mère, ce qui favorise l'établissement d'une flore intestinale saine. Les bébés nés par césarienne n'en bénéficient pas.
- Risque accru d'allergies et d'asthme : Certaines études suggèrent que les bébés nés par césarienne ont un risque légèrement plus élevé de développer des allergies et de l'asthme.
Il est important de souligner que ces risques sont relativement faibles, mais ils doivent être pris en compte lors de la décision d'opter pour une césarienne de complaisance.
Alternatives à la Césarienne de Complaisance
Pour les femmes qui souhaitent éviter une césarienne de complaisance, plusieurs alternatives sont possibles :
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- La préparation à l'accouchement : Les cours de préparation à l'accouchement permettent de se familiariser avec le processus de l'accouchement, de gérer la douleur et de se préparer mentalement et physiquement.
- La péridurale : La péridurale est une méthode d'analgésie qui permet de soulager la douleur pendant le travail. Elle peut être une option intéressante pour les femmes qui craignent la douleur de l'accouchement.
- Les méthodes naturelles de gestion de la douleur : L'hypnose, l'acupuncture, la sophrologie et d'autres méthodes naturelles peuvent aider à gérer la douleur pendant le travail.
- L'accouchement physiologique : L'accouchement physiologique respecte le rythme naturel du travail et minimise les interventions médicales. Il peut être pratiqué à domicile, en maison de naissance ou à l'hôpital, avec l'accompagnement d'une sage-femme.
- L'accompagnement personnalisé : Un accompagnement personnalisé par une sage-femme ou une doula peut aider la femme à se sentir soutenue et en confiance pendant le travail et l'accouchement.
Le Déclenchement de Convenance : Une Pratique à Encadrer
Le déclenchement de l'accouchement est une pratique de plus en plus courante. Cette rapide augmentation résulte de la multiplication des déclenchements dits « de convenance » soit à la demande des patientes, soit pour faciliter la vie de l’obstétricien ou du service de maternité. Il faut parfois oser dire les choses crûment : les ¾ des raisons de déclenchement sont « fantaisistes », « capricieuses » ou « commerciales » ; elles ramènent l’accouchement à un produit de consommation courante. Le déclenchement provoqué double le risque d’embolie amniotique (troisième cause de mort maternelle). Il double le risque de césarienne dont on connaît déjà les nombreux méfaits sanitaires pour la mère et l’enfant. Espérons que la nouvelle aventure du misoprostol nous permette de réaliser à quel point nos parturientes sont, soit très capricieuses, soit très mal informées.
Témoignages et Expériences
Les expériences d'accouchement sont très personnelles et varient d'une femme à l'autre. Certaines femmes ayant subi une césarienne témoignent d'un sentiment de frustration et de déception, tandis que d'autres se disent soulagées d'avoir évité un accouchement par voie basse qu'elles appréhendaient. Il est important de prendre en compte les témoignages et les expériences des autres femmes, mais de se rappeler que chaque situation est unique.
Une femme témoigne : "Durant toute ma grossesse, j'ai demandé une césarienne (à la SF, à la gygy..) et on me répondait qu'on ne pratiquait pas la césarienne pour convenance personnelle Bref, on ne m'a donc pas laissé vraiment le choix : Par voie basse bb viendrait. Elle est venue, mais dans des conditions catastrophiques (je ne vais pas entrer dans les détails ) et jusqu'au bout, ils se sont acharnés à ne pas vouloir me transférer en césarienne. Résultat ? Je ne garde pas un bon souvenir de mon accouchement (voire, je crois que je serais paniquée à l'idée de devoir recommencer) et je n'ai pas pu profiter du peau à peau qui me tenait vraiment à coeur (un énorme regret) Bref, il me reste beaucoup d'amertume de ce qui devrait être l'un des plus beaux jours de ma vie (les douleurs physiques, je crois qu'on les oublie bien vite) et je comprends vraiment très bien qu'on puisse avoir une préférence pour un mode d'accouchement ou un autre."
Une autre femme raconte : "J'étais dans le même cas que vous. Césarienne pour la première car en siège et je priais que ce soit pareil pour le deuxième, car j'avais une trouille pas possible de l'accouchement et des suites. Contrairement à l'ainée, mon fils était très rapidement dans la bonne position, mais mon gynéco m'a dit que si je souhaitais une césarienne, il n'y avais pas de souci, c'était à moi de voir. Je suis encore allée voir une sage-femme et finalement après une heure de discussion (elle a su trouver les bons mots pour me tranquiliser), j'ai décidé de tenter la vb. Résultat : accouchement de rêve en 3 heures, des suites beaucoup moins pénibles qu'avec la césarienne. Je n'ai qu'un seul regret, c'était mon dernier et je n'aurai plus l'occasion de revivre ça."
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