Le vaginisme, trouble sexuel caractérisé par une peur panique de la pénétration entraînant une contraction involontaire des muscles du plancher pelvien, touche une part non négligeable de femmes en âge de procréer. Bien que souvent entouré d'une omerta, ce trouble peut être pris en charge et soigné. Cet article vise à explorer le lien entre le vaginisme et l'accouchement, en particulier la césarienne, et à offrir des informations essentielles pour les femmes concernées et les professionnels de santé.
Qu'est-ce que le Vaginisme ?
Le vaginisme se manifeste par un réflexe incontrôlé des muscles entourant le vagin, rendant toute pénétration difficile, voire impossible. Cette réaction peut être déclenchée par l'approche d'un pénis, d'un spéculum ou même d'un tampon. Il existe deux types de vaginisme :
- Vaginisme primaire : présent dès le début de la vie sexuelle.
- Vaginisme secondaire : survient après une période d'activité sexuelle normale.
Selon le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF), le vaginisme toucherait environ 1 % des femmes en âge de procréer, mais ce chiffre pourrait atteindre 6 à 15 % chez les consultantes en sexologie.
Grossesse et Vaginisme : Est-ce Possible ?
La réponse est oui. Malgré la difficulté de pénétration, une grossesse est tout à fait possible en cas de vaginisme. La pénétration n'est pas la seule voie vers la conception. Bien que les rapports sexuels avec pénétration puissent être compliqués, un échange de fluides au niveau de l'entrée du vagin peut suffire pour une fécondation. De plus, de nombreuses femmes atteintes de vaginisme conçoivent grâce à l'insémination artisanale.
Samra Abaidia Seddik souligne que dans 90% des cas, le vaginisme est la conséquence d’une méconnaissance anatomique. Elle utilise des supports visuels pour aider ses patientes à comprendre leur corps et à accepter l'idée qu'une pénétration est possible.
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Accouchement et Vaginisme : Quels Défis ?
L'accouchement chez les femmes souffrant de vaginisme soulève des questions spécifiques. La crainte de la douleur et de la pénétration peut engendrer une anxiété importante. Il est crucial que les femmes atteintes de vaginisme soient suivies par des professionnels de santé formés à ce trouble, afin de les accompagner au mieux pendant la grossesse et l'accouchement.
Une étude observationnelle et rétrospective menée sur deux maternités d'Île-de-France a comparé les modalités d'accouchement de femmes vaginiques et non vaginiques. Les résultats ont mis en évidence des différences significatives :
- Césariennes : Les patientes vaginiques ont plus souvent recours à la césarienne (10,8 %) que les patientes non vaginiques (2,5 %).
- Extractions instrumentales : Chez les femmes ayant accouché par voie basse, les extractions instrumentales (forceps, ventouses) sont plus fréquentes chez les patientes vaginiques (43,9 %) que chez les patientes non vaginiques (22,2 %).
- Lésions périnéales : Les femmes vaginiques présentent plus de déchirures périnéales (92,5 %) que les femmes non vaginiques (76,1 %). De plus, les lésions de haut grade (LOSA 3 et 4) sont plus fréquentes chez les patientes vaginiques (14,9 %) que chez les patientes non vaginiques (1,2 %).
Ces résultats suggèrent que les femmes atteintes de vaginisme peuvent rencontrer des difficultés accrues lors de l'accouchement, tant en termes de type d'accouchement que de lésions périnéales.
La Césarienne : Une Option Fréquente ?
L'étude mentionnée précédemment indique une augmentation du taux de césariennes chez les femmes souffrant de vaginisme. Cette option peut être envisagée en raison de la peur de la douleur et de la pénétration, ainsi que des difficultés potentielles liées à l'accouchement par voie basse.
Cependant, il est important de noter que de nombreuses femmes atteintes de vaginisme peuvent accoucher par voie basse avec un accompagnement adapté. Un courrier adressé à l'équipe médicale, joint au projet de naissance, peut être utile pour les informer du vaginisme de la future mère et de ses besoins spécifiques.
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Accoucher par Voie Basse avec un Vaginisme : Comment Faire ?
L'accouchement par voie basse est possible, mais nécessite une préparation et un accompagnement spécifiques:
- Suivi par un professionnel formé : Il est essentiel d'être suivie par une sage-femme ou un médecin formé au vaginisme.
- Préparation à l'accouchement : La préparation à l'accouchement peut se faire en couple ou individuellement, et peut inclure des séances de relaxation et de gestion de la douleur.
- Communication avec l'équipe médicale : Il est important de communiquer ouvertement avec l'équipe médicale sur le vaginisme, les craintes et les besoins spécifiques.
- Gestion de la douleur : La péridurale peut être posée à l'aveugle si nécessaire, en attendant que les contractions soient suffisamment rapprochées.
- Toucher vaginal limité : Le toucher vaginal n'est pas systématique et peut être évité si possible.
L'Importance d'un Suivi Psychologique
Le vaginisme peut être lié à des traumatismes ou à une méconnaissance du corps. Un suivi psychologique avec un sexologue ou un psychologue spécialisé en maternité peut être bénéfique pour aider les femmes à surmonter leurs peurs et à vivre une grossesse et un accouchement plus sereins. La psychothérapie vise à dissocier le traumatisme de la sexualité.
Après l'Accouchement : La Guérison du Vaginisme
L'accouchement ne résout pas le vaginisme. Il est donc important de poursuivre une thérapie après la naissance. Selon le CNGOF, le vaginisme se guérit bien, avec un taux de guérison d'environ 90 %. Une ou deux séances peuvent parfois suffire.
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