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Comprendre les enjeux sociétaux et culturels contemporains : Analyse critique

Le monde arabe, à l'instar d'autres régions du globe, est le théâtre de mutations sociales et culturelles profondes. Ces transformations, souvent impalpables, se manifestent à travers divers vecteurs, allant de l'expression artistique à l'évolution des mœurs, en passant par les revendications individuelles et collectives. Cet article se propose d'explorer certaines de ces dynamiques, en s'appuyant sur des exemples concrets et des analyses pertinentes, afin de mieux cerner les enjeux qui se dessinent.

L'affirmation des identités et des libertés individuelles

Un événement survenu lors d'un concert du groupe libanais Mashrou’ Leila au Caire, le 22 septembre, a mis en lumière la question de l'affirmation des identités et des libertés individuelles dans le contexte arabe. L'incident, qui a vu un spectateur brandir un drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBTQ+, a déclenché une répression symptomatique du climat dictatorial qui sévit en Égypte.

Cet événement n'est pas sans rappeler l'affaire dite du Queen Boat en 2001, où les autorités égyptiennes avaient déjà instrumentalisé le populisme en s'attaquant à une minorité fragile. Cependant, Brian Whitaker souligne que les conditions ont évolué depuis lors. Sur les réseaux sociaux, une opinion de moins en moins prompte à condamner sans nuance les sexualités minoritaires se fait entendre.

Mashrou’ Leila, groupe de rock indie créé en 2008 par des étudiants de l'Université américaine de Beyrouth, s'est imposé sur la « scène alternative » en abordant des thématiques telles que la dénonciation de la répression, du confessionnalisme et l'appel à étendre les libertés individuelles. Après un premier « scandale » à Byblos en 2010, où le chanteur du groupe avait arboré le drapeau arc-en-ciel, la réputation sulfureuse du groupe s'est confirmée lorsque le gouverneur d'Amman a annulé un concert en avril 2016, invoquant un prétexte fallacieux pour masquer l'opposition morale de cercles politiques musulmans et chrétiens.

Évolutions et blocages : regards croisés sur la production culturelle arabe

Si les soulèvements de 2011 avaient fait naître des espoirs quant à l'évolution des libertés individuelles, les progrès restent mitigés. Brian Whitaker évoque des avancées manifestes dans l'opinion, mais souligne qu'elles demeurent insuffisantes. Un panorama publié en avril 2011 par Al-Akhbar soulignait déjà la nécessité de temps pour que les progrès dans l'opinion se traduisent en mesures concrètes, notamment juridiques.

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Un regard rétrospectif sur la production culturelle arabe met en évidence des évolutions certaines. Adham Youssef déplore « l’absence de progrès » concernant les représentations cinématographiques de l’homosexualité durant le demi-siècle passé, mais son panorama omet des œuvres importantes sociologiquement, telles que Tûl ‘omri (طول عمري) de Maher Sabri (ماهر صبري), en 2008, considérée comme « la première description réaliste » d’homosexuels égyptiens, ou encore Secrets de famille (أسرار عائلية) de Hani Fawzi (هاني فوزي) en 2013.

La présence d'allusions à l'homosexualité dans des feuilletons télévisés, qui touchent un public beaucoup plus large que le cinéma, est également significative. Cela s'est produit dans un feuilleton intitulé Vague de chaleur (موجة حارة), projeté durant le mois de ramadan par la chaîne MBC Egypt en 2013, avec la mention, particulièrement hypocrite dans ce contexte, « interdit aux moins de 18 ans ! ».

Malgré la disparition du magazine tunisien GayDay, la publication en ligne LGTB MyKali a lancé une version arabe en Jordanie en juillet 2015. Après le Liban, d'autres pays ont vu apparaître des associations militant autour de ces questions, comme l'ONG Shams en Tunisie, qui se donne pour objectif de « lancer un débat sociétal sur l’homosexualité et de lutter contre l’homophobie ».

Progrès législatifs et résistances sociétales : le cas tunisien

La Tunisie, souvent considérée comme un pays pionnier dans le domaine des droits et des libertés, a récemment adopté des mesures législatives importantes. L'article publié dans la version anglaise du site Al-Araby al-jadid souligne la suppression des circonstances atténuantes pour les auteurs de « crime d’honneur » pris d’une « grave colère », avec pour résultat, dans certains cas, des peines fermes de six mois seulement. La Tunisie a également renforcé la protection des victimes de violences, notamment familiales, en pénalisant « le harcèlement sexuel dans les lieux publics, l’emploi d’enfants comme employés domestiques et prévoit des amendes pour les employeurs qui discriminent intentionnellement les femmes au niveau des salaires ».

Le président tunisien Béji Caïd Essebsi souhaite aller plus loin en proposant d’introduire les dispositions légales qui permettront une égalité totale entre les hommes et les femmes sur la question de l’héritage. Cette initiative, bien que potentiellement motivée par des calculs politiques, suscite la fureur de l’institution religieuse égyptienne.

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Si une partie de l’Égypte n’a guère envie d’évoluer sur cette question, comme en témoigne le projet de loi visant à baisser l’âge légal du mariage d’une mineure de 18 à 16 ans, sur les réseaux sociaux, l’affaire est entendue. « L’Égypte n’est pas la Tunisie » (مصر ليست تونس) répètent partisans et adversaires de la réforme légale tunisienne, soit pour s’offusquer du manque de rigueur religieuse des Tunisiens, soit pour s’opposer à l’ingérence des autorités religieuses égyptiennes au-delà des frontières de leur pays.

La liberté d'expression artistique face aux pressions intégristes : l'exemple du Théâtre National Tunisien

Un incident survenu au Théâtre National de Tunis en février dernier illustre les difficultés rencontrées par les artistes face aux pressions intégristes. Les responsables du théâtre ont reçu un acte d’huissier les sommant de retirer une affiche dont le titre arabe correspondait au premier verset de la 102e sourate du Coran. Ce verset, qui dénonce la rivalité et la course aux richesses, était utilisé dans le cadre d'un spectacle visant à dénoncer les puissants qui oublient les revendications du peuple.

À l’origine de la protestation contre l’utilisation d’une partie d’un verset coranique dans le titre de ce spectacle, on trouve le Syndicat des imams et cadres de mosquée, affilié à l’Organisation tunisienne du travail, ainsi qu'un imam à la réputation sulfureuse, Ridha Jaouadi. Face à ces protestations, aux allures de menaces, les responsables du Théâtre National Tunisien ont décidé de modifier l’affiche, en barrant le titre arabe de façon ostensible.

Cette décision, émanant d’un des hauts lieux de la résistance culturelle, a surpris et choqué. Thameur Mekki, sur le site Nawaat, évoque une « capitulation [qui] n’est pas qu’un simple choix individuel qui n’a de conséquences que sur soi. Le fait que le TNT concède que les fondamentalistes lui tracent une ligne rouge constitue un précédent. Il ouvre la porte aux conservateurs de tout bord de se poser en censeurs et leur donne une légitimité ».

Un article au vitriol signé par un certain « jbb » sur le site Tunisie numérique critique également cette décision, en soulignant que « le TNT a vraiment fait fausse couche, c’est le cas de le dire, le titre arabe de sa dernière création s’est avéré un mort-né. La direction du TNT, enceinte de sa dernière production, a privilégié l’avortement à la césarienne, de crainte peut-être que sa montagne n’accouche d’une souris ».

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tags: #cesarienne #ben #laden #explication

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