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Intoxication au Cannabis en Pédiatrie : Conduite à Tenir

Introduction

L'intoxication accidentelle au cannabis chez les jeunes enfants, en particulier les nourrissons, est un problème de santé publique en augmentation en France et dans d'autres pays consommateurs. Cet article a pour but de présenter une vue d'ensemble de la conduite à tenir face à une suspicion ou une confirmation d'intoxication au cannabis chez l'enfant, en s'appuyant sur des données cliniques, toxicologiques et épidémiologiques.

Prévalence et Épidémiologie

En France, malgré le statut illégal du cannabis, sa consommation est l'une des plus élevées d'Europe. La banalisation et l'accessibilité de cette drogue, souvent présente sous forme de haschisch concentré en THC, entraînent une augmentation des intoxications accidentelles chez les enfants, particulièrement chez les nourrissons. Entre 2010 et 2014, 140 cas d’intoxication au cannabis chez des enfants ont été signalés, dont 59 cas pour la seule année 2014. Ces intoxications concernent surtout des enfants de moins de 2 ans et 120 d’entre elles ont débouché sur des hospitalisations de plus de 24 heures. Neuf cas graves, où l’enfant a failli mourir, ont nécessité une hospitalisation en réanimation pédiatrique ou en soins continus. Heureusement, aucun décès n’a été rapporté.

Une étude multicentrique rétrospective observationnelle menée sur 11 ans (2004 à 2014) a révélé une augmentation significative des admissions aux urgences pédiatriques pour intoxication accidentelle au cannabis chez les enfants de moins de 6 ans. Le taux annuel d'admission a été multiplié par 13 sur cette période, avec une augmentation du nombre de cas sévères. En 2015-2017, il y a eu 2,5 fois plus d’intoxications, 2 fois plus d’hospitalisations et 5 fois plus de cas graves avec admission en réanimation par rapport à 2010-2014.Les régions PACA et Occitanie sont particulièrement touchées.

Physiopathologie

Le cannabis est une drogue issue d’une variété de chanvre (la plus répandue est le Cannabis sativa), dont le principe actif est le tétrahydrocannabinol ou THC. Il existe sous forme d’herbe ou marijuana (concentrations en THC : 0,5-40 %), de résine ou haschisch (3-40 %) ou d’huile de haschisch (30-60 %). Il est soit inhalé (joints, chicha), soit ingéré (tisanes, space cakes…).

L'intoxication chez l'enfant résulte le plus souvent de l'ingestion accidentelle de résine de cannabis. L'ingestion accentue la métabolisation du THC en 11-OH-THC, métabolite aussi actif que le THC mais avec une meilleure diffusion cérébrale. Le THC, fortement lipophile, se distribue rapidement dans les tissus.

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Présentation Clinique

Les symptômes apparaissent généralement dans les 30 minutes à 7 heures après l'ingestion et se résolvent spontanément dans les 24 à 48 heures.La présentation clinique est variable, mais dominée par des symptômes neurologiques. Les manifestations les plus fréquentes comprennent :

  • Troubles de la conscience : fluctuation de la conscience, avec alternance de périodes d’éveil plus ou moins agité et de phases de coma d’une profondeur variable, somnolence avec des phases d’agitation.
  • Anomalies neurologiques : hypotonie généralisée, ataxie, mydriase ou myosis bilatéral, convulsions, hyperréflexie, nystagmus, tremblements, signe de Babinski bilatéral.
  • Symptômes cardiorespiratoires : bradypnée (pouvant mener à un arrêt cardiorespiratoire), tachycardie ou bradycardie sinusales, hypotension artérielle, détresse respiratoire.
  • Autres symptômes : vomissements, hyperhémie conjonctivale, cyanose péribuccale, dysrégulation thermique (hypo- ou hyperthermie).

Dans les cas graves, l'enfant peut présenter un coma profond nécessitant une hospitalisation en réanimation.

Diagnostic

Suspicion Clinique

Il est important d'évoquer une intoxication au cannabis devant tout symptôme neurologique aigu survenant chez un enfant antérieurement en bonne santé, non fébrile. Une intoxication doit également être envisagée face à un malaise, une somnolence, un coma, un épisode de convulsions ou un syndrome cérébelleux inexpliqués.

Anamnèse

L'interrogatoire des parents ou de l'entourage est crucial, même si la consommation de cannabis n'est avouée que dans la moitié des cas. Il faut rechercher une consommation ponctuelle ou chronique de cannabis chez la personne accompagnante.

Examens Complémentaires

  • Recherche de cannabinoïdes dans les urines : C'est l'examen de référence pour confirmer le diagnostic. Il s'agit d'un examen toxicologique qualitatif généralement rapide (résultats disponibles dans l’heure) qui reste positif jusqu’à 12 jours après ingestion.
  • Dosage sanguin : Le dosage sanguin n'est pas recommandé car le THC, fortement lipophile, se distribue rapidement dans les tissus ; sa négativité n’élimine pas une éventuelle intoxication.
  • Examens complémentaires non spécifiques : Une élévation de la glycémie est fréquente. Une hyponatrémie (Na < 130 mmol/L) est plus souvent retrouvée dans les cas d’intoxication sévère avec coma profond. Devant un coma non fébrile du nourrisson, scanner cérébral et bilan sanguin sont souvent la règle, de même qu’une ponction lombaire et l’administration d’une antibiothérapie parentérale en cas de fièvre.

Prise en Charge Thérapeutique

La prise en charge est à la fois médicale et sociale.

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Traitement Médical

  • Hospitalisation : Elle est systématique, soit en réanimation en cas de détresse vitale, soit en service traditionnel.
  • Soins de support :
    • Mesures de protection neurologique (maintien de l’homéostasie : normothermie, normoglycémie, normocapnie/normoxie, favoriser le retour veineux cérébral, éviter les convulsions) en cas de coma.
    • Assistance ventilatoire si bradypnée extrême.
    • Remplissage(s) vasculaire(s), voire réanimation cardiorespiratoire dans les états de choc.

Généralement, le séjour à l’hôpital est court : 24-48 heures.

Signalement

Toute intoxication aux stupéfiants chez l’enfant impose la rédaction et l’envoi d’un signalement au procureur de la République, sans délai, dès le diagnostic établi avec certitude ou en cas de forte suspicion.

Prévention

La prévention des intoxications accidentelles au cannabis chez les enfants repose sur plusieurs axes :

  • Sensibilisation des parents et de l'entourage : Il est essentiel d'informer les parents et les proches des jeunes enfants sur les risques liés à la présence de cannabis à domicile et sur la nécessité de ranger le cannabis hors de leur portée.
  • Information des professionnels de santé : Les équipes soignantes, hospitalières comme libérales, doivent être sensibilisées à ce phénomène et y penser devant toute symptomatologie neurologique brutale chez un nourrisson antérieurement sain.
  • Mesures de santé publique : L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) signale que de plus en plus d’intoxications accidentelles au cannabis ont eu lieu ces dernières années chez les jeunes enfants. Ces intoxications peuvent être graves et engager le pronostic vital.
  • Vigilance face aux nouveaux produits : En France, la vente de produits contenant moins de 0,2 % de THC, du cannabidiol ou du chanvre (prétendument vertueux pour la santé), se développe. Leurs effets ne sont pas encore connus, notamment chez l’enfant. Une vigilance accrue des systèmes de santé face à ce nouvel engouement apparaît donc indispensable.

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