La question de l'avortement, encadrée par la loi Veil de 1975, continue de susciter des débats passionnés en France. À l'approche des élections, il est essentiel d'examiner les positions des différents candidats sur ce droit fondamental. Bien qu'aucun candidat majeur n'envisage de remettre en cause la loi Veil, des nuances importantes existent quant à l'accès, au remboursement et à l'encadrement de l'IVG.
Positions des Candidats
Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière)
Nathalie Arthaud insiste sur la nécessité de poursuivre la lutte contre ceux qui tentent régulièrement de remettre en cause le droit à l'avortement. Elle souligne l'importance de défendre ce droit face aux remises en question persistantes.
François Asselineau (Union Populaire Républicaine)
François Asselineau ne mentionne pas l'avortement dans son programme. Cette absence de positionnement explicite laisse planer un doute sur ses intentions concernant ce droit.
Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès)
Jacques Cheminade souhaite rendre les conditions de l'IVG plus humaines et assurer qu'elle se fasse dans les meilleures conditions possibles, grâce à un réel accueil et une vraie prise en charge des femmes enceintes. Il met l'accent sur l'accompagnement psychologique et médical des femmes confrontées à cette décision.
Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France)
Nicolas Dupont-Aignan veut infléchir la politique de santé publique afin que l'offre de soins spécifiques aux femmes, dont l'accès à l'IVG, soit correctement assurée. Il veut également améliorer l'information des jeunes en matière d'avortement. Il considère l'avortement comme "un droit élémentaire de la femme" et qu'il ne serait pas remis en cause, mais que, "dans une société de libertés", les opposants à ce droit avaient "le droit d'exprimer leur position". Il insiste sur l'importance de la prévention et de la contraception.
Lire aussi: PME : Optez pour le BTS GPME
François Fillon (Les Républicains)
François Fillon ne mentionne pas l'IVG dans son programme, mais s'est dit "à titre personnel" opposé à l'avortement. S'il assure qu'il ne reviendra jamais sur ce droit, il voulait abroger la loi sur le délit d'entrave numérique à l'IVG. Il affirmait que l'avortement était "un droit fondamental", tout en précisant que, compte tenu de sa foi, il ne pouvait l'approuver philosophiquement. Il s'est régulièrement opposé à toute avancée en matière d'avortement au cours de sa carrière politique.
Jean Lassalle (Résistons !)
Le candidat du parti Résistons ! n'a pas clairement défini sa position sur l'avortement.
Marine Le Pen (Rassemblement National)
Marine Le Pen ne mentionne jamais l'IVG dans son programme. Elle s'est en revanche clairement exprimée contre le délit d'entrave numérique. Elle réclamait que les femmes aient le choix et "la possibilité éventuelle de refuser l'avortement en leur accordant les moyens d'assurer à leur enfant un avenir correct". Lors de la précédente campagne présidentielle, elle parlait de l'avortement en utilisant l'expression "IVG de confort", preuve d'un mépris certain pour les femmes qui y avaient recours. Elle déclarait qu'il n'y aurait "aucune modification, ni du périmètre, ni de l'accès, ni du remboursement de l'IVG". Elle fustigeait "les femmes qui avortent deux, trois, quatre fois" et qui feraient de l'IVG une sorte de "moyen de contraception".
Emmanuel Macron (En Marche !)
Emmanuel Macron est favorable à l'IVG, même s'il n'a pas inclus de mesure spécifique dans son projet. Il se disait inquiet que ce droit soit à nouveau attaqué. Il souligne qu'il ne faut pas banaliser l'IVG, mais, pour que ce soit un droit réel, il faut en faciliter l'accès tout en assurant l'encadrement psychologique et le suivi. Il est pour une politique d'incitation plutôt que d'imposer une contrainte supplémentaire aux hôpitaux.
Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise)
Jean-Luc Mélenchon se pose en fervent garant du droit à l'avortement qu'il veut inscrire dans la Constitution, afin qu'il soit définitivement protégé. Il estime que "le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement". Il souligne que "refuser l'avortement légal, c'est augmenter le nombre d'avortements clandestins et des mortes qui vont avec".
Lire aussi: Macron et la PMA : où en est-on ?
Le Rassemblement National et les Droits des Femmes : Une Ambivalence Européenne
Le Rassemblement National (RN), tout en cherchant à projeter une image plus modérée en France, adopte souvent des positions ambiguës, voire conservatrices, au niveau européen en matière de droits des femmes. Des figures du parti ont exprimé des opinions personnelles anti-IVG, qui contrastent avec la ligne officielle du parti.
Abstentions et Votes Contre au Parlement Européen
Jordan Bardella, président du RN, s'est abstenu sur un vote européen visant à faciliter l'accès à des avortements sûrs. De nombreux eurodéputés RN se sont également abstenus ou ont voté contre des textes promouvant l'égalité entre les femmes et les hommes. Ces votes concernent des sujets cruciaux tels que la lutte contre les violences sexistes, les soins de santé, le monde du travail et l'éducation. Le RN justifie souvent ces positions en arguant que ces sujets ne relèvent pas des compétences de l'Union européenne.
Sophie Robert : Une Cadre du RN aux Positions Anti-IVG Affichées
Sophie Robert, conseillère régionale et cadre du RN, a affiché publiquement ses positions anti-IVG. Elle a notamment déclaré qu'elle ferait "tout pour éradiquer ce fléau de l'avortement qui ravage la France". Ces déclarations, bien que personnelles, soulèvent des questions sur la cohérence du RN en matière de droits des femmes.
Alliances Européennes et Compromis Conservateurs
Le RN, pris dans ses alliances avec des partis d'extrême droite aux positions très conservatrices en Europe, se retrouve souvent contraint de faire des compromis qui vont à l'encontre des progrès en matière d'égalité entre les femmes et les hommes.
Constitutionnalisation de l'IVG
L’écrasante majorité au Parlement en faveur de l’inscription de l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution s’est élargie au moment de l’approbation au Congrès. Députés et sénateurs étaient 762 à se prononcer pour le projet de loi constitutionnelle, respectivement les 30 janvier et 28 février.
Lire aussi: Identification du candidat AP : décryptage
Du passage dans chaque chambre au vote final dans l’aile du Midi du château de Versailles, ce sont donc 18 parlementaires qui rejoignent les partisans de la constitutionnalisation : 12 à l’Assemblée nationale et 6 au Sénat.
Quatre sénateurs, qui avaient voté contre le 28 février, ont en bout de course approuvé la révision constitutionnelle : Gilbert Bouchet (Drôme, LR), Michel Canevet (Finistère, Union centriste), Corinne Imbert (Charente-Maritime, LR) et Micheline Jacques (Saint-Barthélemy, LR). Deux qui n’avaient pas exprimé de position il y a une semaine pour cause d’abstention ou de non-participation au vote, Daniel Gremillet (Vosges, LR) et Claude Nougein (Corrèze, LR) ont finalement rejoint la majorité de leurs collègues. À noter également que la sénatrice Valérie Boyer, qui avait initialement voté contre en première lecture au Sénat, n’a pas pris part au vote au Congrès.
Plusieurs dizaines d’élus Les Républicains et une douzaine du Rassemblement national se sont opposés à l’inscription de l’IVG dans la Constitution, au Congrès parlementaire réuni à Versailles.
Mais parmi les 780 parlementaires ayant approuvé l’introduction à l’article 34 du texte fondamental de la phrase : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse », 72 élus ont voté contre.
Après le vote, le président de la République Emmanuel Macron a salué une « fierté française » et un « message universel » envoyé aux femmes.
tags: #candidats #élections #position #avortement