Le cancer de l'ovaire est une maladie complexe qui suscite de nombreuses interrogations, notamment en ce qui concerne son lien avec les hormones, et plus particulièrement les œstrogènes. Cet article vise à explorer en profondeur cette relation, en s'appuyant sur les données scientifiques disponibles et en vulgarisant l'information pour la rendre accessible à un large public.
Le Cancer de l'ovaire : Un Aperçu
Le cancer de l'ovaire est le huitième cancer le plus fréquent chez les femmes et représente la quatrième cause de décès par cancer chez la femme. En 2018, près de 5 200 nouveaux cas ont été diagnostiqués en France. Son diagnostic est souvent tardif, car il occasionne peu de signes physiques au début de son évolution. Les symptômes, lorsqu'ils apparaissent, sont souvent vagues et peuvent être confondus avec d'autres affections.
Types de Tumeurs Ovariennes
Il existe plusieurs types de tumeurs de l'ovaire, classés selon les tissus touchés. Les plus fréquentes sont les tumeurs épithéliales, qui représentent 90 % des tumeurs ovariennes et se développent aux dépens de la couche de tissu qui enveloppe l'ovaire. Parmi les tumeurs non épithéliales, on retrouve les tumeurs germinales malignes et les tumeurs du stroma et des cordons sexuels.
Un groupe de recherche étudie les tumeurs dites « des cellules de la granulosa », qui représentent environ 5 % de toutes les tumeurs ovariennes chez la femme. Malgré le traitement chirurgical, ces cancers sont caractérisés par un fort risque de récidive. De plus, les thérapies habituellement utilisées pour soigner cette pathologie en plus de la chirurgie (radiothérapie et chimiothérapie) ont une efficacité limitée et ont des effets secondaires importants, d'où la nécessité de développer de nouveaux traitements ciblés.
Diagnostic et Traitements
Le diagnostic du cancer de l'ovaire repose sur un examen gynécologique, une échographie vaginale ou pelvienne, et la recherche de marqueurs tumoraux comme le CA 125 ou le HE4. Un scanner ou une IRM peuvent être réalisés pour évaluer l'étendue de la tumeur. Le traitement est adapté à chaque situation et peut comprendre la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie, les thérapies ciblées et l'hormonothérapie.
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Œstrogènes et Cancer de l'ovaire : Une Relation Complexe
Les œstrogènes sont des hormones naturellement produites par les ovaires, qui jouent un rôle essentiel dans le développement des caractères sexuels secondaires et la régulation du cycle menstruel. Leur implication dans le développement du cancer de l'ovaire est complexe et multifactorielle.
Facteurs de Risque et Protection
Les femmes n'ayant pas eu d'enfant, ayant eu une puberté précoce ou une ménopause tardive présentent un risque accru de cancer de l'ovaire. En effet, une durée d’exposition aux hormones naturelles est définie par la période entre la ménarche et la ménopause. Au contraire, les facteurs qui réduisent le nombre d’ovulations - grossesses, allaitement ou contraception orale - réduisent le risque de cancer de l’ovaire.
Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le traitement oestrogénique de la ménopause comme cancérogène avéré pour l’ovaire. En France, en 2015, 31 nouveaux cas de cancer de l’ovaire (soit 0.7 %) seraient attribuables à l’utilisation d’un THM. Une durée de prise limitée à 5 ans est recommandée, avec une réévaluation annuelle de son indication.
L'action de l'œstradiol
Les travaux d'un groupe de recherche ont mis en évidence l'action protectrice d'une hormone, l'œstradiol, dans les cancers ovariens des cellules de la granulosa. Les chercheurs ont étudié l'effet de l'œstradiol sur des cellules de la granulosa provenant de tumeurs et de métastases humaines mises en culture. Ils ont montré que l'œstradiol diminue la migration des cellules, mais n'agit pas sur leur croissance.
L'équipe a découvert que l'hormone se fixe sur une protéine réceptrice exprimée par les cellules, appelée GPER. Près de 90 % des tumeurs ovariennes des cellules de la granulosa expriment cette protéine.
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Traitements Hormonaux de la Ménopause (THM)
L’association entre la prise de traitements hormonaux de la ménopause (THM) et le risque de cancer du sein ou de l’endomètre est bien établie, en revanche le risque vis-à-vis du cancer de l’ovaire est moins clair. Les résultats d'une étude E3N confirment que les effets des THM sont différents selon leur composition.
Aucune association n’a été trouvée entre les THM contenant uniquement des œstrogènes et le risque de cancer de l’ovaire. En revanche, comparées aux femmes non traitées, celles prenant des estrogènes associés à de la progestérone ou de la dydrogestérone présentaient un risque plus élevé (+ 28 %) de cancer de l’ovaire ; ce sur-risque diminuait avec le temps écoulé depuis la dernière utilisation de cette combinaison de THM. Comparées aux femmes non traitées, celles prenant des estrogènes associés à d’autres progestatifs présentaient un risque diminué (-19 %) de cancer de l’ovaire.
Ensemble, les résultats de la cohorte E3N sur les THM montrent donc que les combinaisons d’estrogènes et de progestérone / dydrogestérone, qui constituent les types de THM les plus utilisés en France, ont un profil plus favorable vis-à-vis du risque de cancer du sein que les autres associations estroprogestatives, mais qu’elles présentent un sur-risque de cancer de l’endomètre et de l’ovaire.
Hormonothérapie
L’hormonothérapie est un traitement qui consiste à modifier les taux d’hormones dans le corps afin de ralentir ou de stopper la croissance des cellules cancéreuses. L’hormonothérapie n’est cependant pas efficace su tous les types de tumeurs ovariennes. Tout d’abord, elle agit seulement sur les cancers hormono-dépendants. Pour traiter le cancer de l’ovaire, plusieurs types d’hormonothérapie peuvent être proposés, notamment les analogues de la LHRH, les anti-œstrogènes et les inhibiteurs de l’aromatase.
Tumeurs de la Granulosa
Les tumeurs de la granulosa sont des tumeurs malignes rares de l’ovaire (2 à 3 % des cancers de l’ovaire). Elles font partie du groupe des tumeurs des cordons sexuels de l’ovaire. On distingue deux formes principales à l’analyse histologique : la forme adulte, la plus fréquente (95% des tumeurs de la granulosa) et la forme juvénile, plus agressive.
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Diagnostic et Traitement
Parmi les examens d'imagerie, une échographie pelvienne par voie endovaginale peut être faite dans un premier temps pour permettre de caractériser la masse tumorale et de mesurer l’épaisseur de l’endomètre (souvent augmenté dans les tumeurs de la granulosa). Un examen plus précis sera ensuite nécessaire comme une IRM pelvienne (imagerie par résonance magnétique) afin de mieux analyser la tumeur et son extension éventuelle dans l'abdomen ou dans le pelvis. Certains examens biologiques seront aussi nécessaires grâce à une prise de sang avec par exemple un bilan hormonal et la recherche de marqueurs tumoraux.
La chirurgie reste la pierre angulaire du traitement curatif d’une tumeur de la granulosa et sera fréquemment réalisée sous cœlioscopie, limitant ainsi les cicatrices. Dans les stades précoces (limités à l’ovaire), le traitement chirurgical repose sur l’annexectomie (exérèse de l’ovaire et de la trompe) avec une stadification péritonéale complète (exploration de l’ensemble de la cavité abdomino-pelvienne avec réalisation de biopsies multiples) et un curetage utérin. Une hystérectomie totale est généralement réalisée chez les femmes ménopausée ou ne souhaitant plus conserver leur fertilité. Une chimiothérapie, qui consiste à introduire dans l’organisme une substance toxique pour les cellules cancéreuses, n’est généralement pas nécessaire pour les tumeurs de la granulosa de forme adulte limitées à l’ovaire.
A la différence des cancers épithéliaux de l'ovaire, la chirurgie doit être chaque fois que possible préservatrice de la fonction hormonale ovarienne et de la fertilité (conservation de l’utérus et de l'ovaire controlatéral) chez les patientes en âge de procréer. Les tumeurs de la granulosa répondent aux hormonothérapies telles que les agonistes à la gonadotropin- releasing hormone (GnRH), le tamoxifène (Nolvadex et génériques) ou les inhibiteurs de l’aromatase, suggérant une hormonodépendance tumorale.
Facteurs de Risque Généraux
Certaines caractéristiques individuelles et certains comportements augmentent le risque de survenue de cancers. Dans le cas d’un cancer de l’ovaire, les principaux facteurs de risque identifiés sont l’avancée en âge et l’hérédité. Un cancer de l’ovaire est parfois découvert à un stade précoce, lorsqu’une masse au niveau de l’ovaire a été détectée fortuitement suite à un examen gynécologique ou d’imagerie.
Prédisposition Génétique
Les cancers de l’ovaire sont d’origine génétique dans 15 % à 20 % des cas, liés aux gènes nommés BRCA1 et BRCA2. L’histoire familiale de cancer de l’ovaire est également reconnue comme un facteur de risque. Environ 10 % des cancers de l’ovaire surviennent dans un contexte de prédisposition génétique. Il s’agit alors de formes familiales de tumeur de l’ovaire, qui apparaissent à un âge plus précoce (avant 60 ans). Si une mutation est mise en évidence, un test de dépistage peut être proposé à l’entourage. La détection de ces mutations peut aussi amener à la prescription d’un traitement spécifique et personnalisé.
Autres Facteurs de Risque
D’autres facteurs de risque ont été identifiés, tels que l’exposition à l’amiante et l’utilisation de talc sur les zones génitales. La consommation de tabac augmente le risque qu’un cancer de l’ovaire apparaisse, notamment le carcinome mucineux. La sédentarité augmente le risque de nombreuses pathologies, dont les cancers. L’obésité expose les femmes aux œstrogènes de manière prolongée.
Répercussions des Traitements et Qualité de Vie
Le traitement du cancer de l’ovaire chez les femmes jeunes induit une ménopause précoce associée à des symptômes délétères sur leur qualité de vie. L’ablation des ovaires entraîne en effet une ménopause précoce. Certains des effets secondaires du traitement du cancer de l’ovaire comprennent des bouffées de chaleur, des sueurs, des troubles du sommeil et de l’humeur, une sécheresse vaginale. Cependant, ces troubles peuvent être traités par la prise d’un traitement hormonal substitutif.
L’instauration d’un traitement hormonal de la ménopause peut être discutée dans le double objectif d’améliorer la qualité de vie et de réduire les risques liés à une ménopause précoce. Plusieurs études se sont intéressées aux bénéfices d’un THM après un cancer épithélial de l’ovaire.
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