L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes en France, acquis grâce à la loi Veil en 1975. Cependant, l'accès à ce droit reste un enjeu constant, nécessitant des campagnes de sensibilisation et des mesures législatives pour garantir son effectivité.
Un Numéro National et une Campagne de Communication pour l'IVG
Afin de faciliter l'accès à l'information et au soutien en matière d'IVG, un numéro national anonyme et gratuit, le 0800 08 11 11, a été mis en place. Ce numéro permet de répondre à toutes les demandes d'information, de conseil et d'orientation concernant l'IVG, mais aussi la sexualité et la contraception.
Parallèlement à la création de ce numéro, une campagne nationale de communication sur l'IVG et le droit des femmes à disposer librement de leur corps a été lancée. Cette campagne vise à réaffirmer la liberté de choix des femmes et à faire connaître le numéro de téléphone. Des annonces presse et une vidéo sont diffusées dans la presse écrite et sur les réseaux sociaux. Une affiche est mise à disposition des établissements et professionnels de santé ainsi que des associations accueillant des femmes en demande d'IVG. Le site www.ivg.gouv.fr a également été refondu et enrichi de nouveaux contenus.
La campagne de communication, intitulée "MON CORPS, MON CHOIX, MON DROIT", utilise des visuels forts où les femmes témoignent avec leurs propres corps. Des inscriptions corporelles temporaires revendiquent le droit à l'IVG, faisant du corps un sujet d'expression et de revendication.
Évolution Législative pour Faciliter l'Accès à l'IVG
Plusieurs mesures législatives ont été adoptées pour faciliter l'accès à l'IVG en France. La loi du 2 mars 2022 a allongé le délai légal pour recourir à l'IVG, le faisant passer de 12 à 14 semaines de grossesse. Cette loi a également instauré plusieurs mesures significatives pour renforcer l'accès à ce droit fondamental :
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- Elle permet désormais aux sages-femmes de pratiquer des IVG chirurgicales dans les hôpitaux.
- Elle pérennise les mesures mises en place pendant la crise sanitaire, telles que l’allongement du délai pour l’IVG médicamenteuse en ville, qui passe de 5 à 7 semaines de grossesse.
- Elle consacre la possibilité pour les médecins et les sages-femmes de réaliser à distance les consultations liées à l’IVG.
- Elle supprime le délai de réflexion de deux jours imposés après l’entretien psychosocial pour confirmer une demande d’avortement.
- Elle précise dans le Code de la santé publique qu’un pharmacien refusant de délivrer une contraception d’urgence enfreint ses obligations professionnelles.
Le Rôle des Sages-Femmes et des Centres de Santé
Pour améliorer l'offre d'IVG sur l'ensemble du territoire, le projet de loi de modernisation du système de santé permet aux sages-femmes de pratiquer des IVG médicamenteuses et aux centres de santé de pratiquer des IVG instrumentales. En 2023, 1 208 sages-femmes ont réalisé une IVG, soit une augmentation de 693 par rapport à 2022.
Les centres de santé sexuelle offrent un accueil gratuit et confidentiel, permettant aux femmes de bénéficier d'une prise en charge complète pour une IVG médicamenteuse. Certains centres proposent également des IVG instrumentales sous anesthésie locale.
Accompagnement Psychosocial et Soutien
Les Espaces Vie affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) sont des lieux d’information, d’écoute et de prévention dédiés à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Leur approche bienveillante garantit un service anonyme et gratuit, sans actes médicaux, accessible sur tout le territoire, y compris en outre-mer.
Les EVARS jouent également un rôle essentiel dans l’accompagnement des femmes (et de leur partenaire) envisageant une interruption volontaire de grossesse (IVG) ou y ayant recours. Ils assurent les entretiens psychosociaux pré-IVG (obligatoires pour les mineures) ou post-IVG permettant d’apporter un soutien individualisé dans un cadre respectueux et sans jugement.
Le Planning Familial a aussi mis en place des services d’écoute et d’accompagnement en santé sexuelle. Ses équipes, présentes sur l’ensemble du territoire, informent et conseillent les personnes sur des thématiques telles que l’éducation à la sexualité, la contraception, l’interruption volontaire de grossesse (IVG), le droit des femmes, ainsi que la lutte contre toutes les formes de violences et de discriminations.
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Les Défis Persistants et les Inégalités d'Accès
Malgré les avancées législatives et les campagnes de sensibilisation, l'accès à l'IVG reste inégal en France, notamment en raison des déserts médicaux et des délais de consultation. Certaines femmes se retrouvent contraintes de se rendre à l'étranger pour avorter, ce qui engendre des coûts financiers importants et un sentiment de culpabilité.
Le Planning familial dénonce cette injustice et se bat pour que toutes les personnes aient les mêmes droits et disposent de leur corps selon leurs propres choix.
La Constitutionnalisation du Droit à l'IVG
Le 4 mars, les parlementaires français réunis en Congrès à Versailles ont voté à une écrasante majorité en faveur de l’inscription dans la loi fondamentale de la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à une IVG.
Cette décision historique revêt une importance considérable compte tenu du recul de ce droit essentiel à travers le monde. La protection de la liberté d’accès à l’avortement constitue un rempart important contre les mouvements anti-droits de plus en plus virulents.
L’inscription de l’IVG dans la Constitution s’inscrit également dans le cadre plus large du plan d’action interministériel Toutes et tous égaux, qui fait de l’égalité entre les femmes et les hommes la grande cause quinquennale.
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Les Actions Anti-IVG et la Nécessité de Vigilance
Des associations anti-IVG mènent régulièrement des actions pour dissuader les femmes d'avorter. Ces actions, parfois illégales, suscitent une vague d'indignation et rappellent la nécessité de rester vigilant et de défendre le droit à l'IVG.
Pour Mélanie Vogel, sénatrice écologiste des Français de l’étranger, ces actions sont « la preuve qu’on n’aura jamais définitivement gagné contre les anti-choix. C’est un mouvement qui existe dans tous les pays européens et dont le lobbying s’intensifie et se structure. L’histoire que l’on se raconte parfois, que la France serait moins touchée que certains pays par ce lobbying, est fausse ».
Les Recommandations du Planning Familial pour un Accès Amélioré à l'IVG
Le Planning familial formule plusieurs recommandations pour améliorer l'accès à l'IVG en France :
- Élargir la compétence en matière d’IVG à d’autres professions, telles que les infirmier·es.
- Supprimer le caractère obligatoire des consultations préalables à l’IVG.
- Supprimer le caractère systématique de la première échographie.
- Garantir l’anonymat de manière systématique pour toutes les personnes souhaitant avorter.
- Garantir l’accès gratuit à l’avortement pour toutes et tous sur le sol français, sans distinction de nationalité ou de statut administratif.
- Supprimer la clause de conscience des professionnels de santé.
- Instaurer des lieux de proximité permettant à toute personne d’avoir accès à l’avortement dans des conditions sécurisées et confidentielles.
- Garantir l’application du répertoire des praticien·nes pratiquant l’IVG sans exception.
L'IVG dans le Monde : Un Droit Fragile
En 2023, dans le monde, 753 millions de femmes, soit 40 % des femmes en âge de procréer, n’ont toujours pas accès à l’IVG ou ne peuvent y recourir que sous certaines conditions. Face aux tentatives de recul dans certains pays, la France affirme son engagement à défendre ce droit et de le promouvoir à l’échelle internationale.