Le camp de concentration de Ravensbrück, situé à 90 km au nord de Berlin, est tristement célèbre comme le principal camp de concentration pour femmes du IIIe Reich. Surnommé l'"enfer des femmes", ce lieu a été le théâtre de souffrances et d'atrocités inimaginables. De sa construction en 1939 à sa libération en 1945 par l’armée soviétique, Ravensbrück a accueilli plus de 120 000 femmes issues de 40 nationalités différentes, les enfermant dans un processus de déshumanisation orchestré par le nazisme. Près de 25 000 d'entre elles y ont trouvé la mort, sans compter les victimes des transferts vers d’autres camps d'extermination.
Genèse et Expansion d'un Camp de la Mort
Avant janvier 1939, Ravensbrück était un simple hameau. Rapidement, il est devenu un symbole de l'horreur nazie. Les femmes prisonnières ont été forcées de participer à l'expansion du camp, construisant les maisons de leurs gardiennes, des SS (Schutzstaffel). Avec l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale et l'extension du Reich, de nouveaux baraquements furent construits pour accueillir les contingents croissants de détenues. À son apogée, entre 1942 et 1944, le camp abritait 40 000 femmes, enfants et quelques milliers d’hommes, une population huit fois supérieure à celle de la ville voisine de Fürstenberg.
En avril 1941, un « petit camp » y est accolé : il accueillera près de 20 0000 hommes.
L'Esclavage au Service de l'Économie Nazie
Le camp de concentration de Ravensbrück s'est transformé en un camp de travail, fournissant une main-d'œuvre gratuite aux entreprises du Reich. Dès leur arrivée, les détenues étaient soumises à l'esclavage pour aménager le camp. En 1940, des usines de couture furent installées dans l'enceinte du camp. Les prisonnières, souffrant de malnutrition et de brutalités, étaient forcées de travailler entre huit et douze heures par jour dans des conditions épouvantables. En 1942, une nouvelle zone industrielle fut créée, accueillant des usines d’armement, dont l’entreprise Siemens & Halske. En 1944, 2400 femmes détenues y travaillaient jour et nuit, intégrées de force à l’économie de guerre nazie. Si les prisonnières-esclaves n’atteignaient pas les objectifs fixés par d’entreprises, elles étaient sévèrement punies.
Hiérarchie et Déshumanisation
La hiérarchisation était au cœur de l’idéologie nazie et omniprésente à Ravensbrück. La maison du commandant SS, située en hauteur, symbolisait son autorité suprême. Parmi les détenues, chaque prisonnière était classée en catégories, et toutes n'étaient pas traitées de la même manière : prisonnières politiques, prisonnières de guerre, prisonnières juives, prisonnières homosexuelles, etc. Les prisonnières juives et homosexuelles se retrouvaient en bas de la hiérarchie, synonyme de traitements inhumains et de chances de survie réduites.
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Chaque prisonnière est classée en catégories et toutes ne sont pas traitées de la même manière : prisonnières politiques, prisonnières de guerre, prisonnières juives, prisonnières homosexuelles etc… Les prisonnières politiques pouvaient espérer un meilleur traitement de la part des gardes, et augmenter leurs survies si elles étaient allemandes ou pouvaient correspondre physiquement à la description physique “aryenne”. Les prisonnières juives et homosexuelles se retrouvaient quant à elles en bas de la hiérarchie, synonyme de traitements inhumains et de chances de survie réduites. Document montrant les signes distinctifs imposés aux prisonniers des camps nazis : triangle rouge pour les politiques, rose pour les homosexuels, combinables avec d’autres marques (notamment juif) et indications nationales.
Atrocités et Expériences Médicales
L'horreur ne s'arrêtait pas là. Certaines femmes du camp décédaient des suites d'expériences médicales menées par les nazis. Elles faisaient partie des "Lapines de Ravensbrück", un groupe de 74 prisonnières polonaises sur lesquelles Karl Gebhardt, le médecin du camp, testait des médicaments destinés aux soldats allemands. Pour cela le médecin nazi blessait volontairement et gravement ces jeunes femmes polonaises ou infectait de bactéries leurs membres pour y tester des médicaments.
Les Gardiennes de Ravensbrück : Bourreaux au Féminin
Le camp de Ravensbrück était en grande partie administré par de jeunes femmes, majoritairement de 20 à 25 ans, recrutées pour assurer l’autorité dans l’enceinte du camp avec brutalité et cruauté. Outre la possibilité d’un alignement complet sur l’idéologie nazie, le travail de garde pouvait offrir pour les jeunes femmes une émancipation sociale rare pour l’époque. À Ravensbrück, ces jeunes femmes disposaient de grandes maisons, avaient accès un cinéma et avaient le respect des habitants de Fürstenberg.
Ravensbrück et la France
De janvier 1942 à septembre 1944, 9 000 femmes vivant en France ont été déportées en Allemagne, et sur ce nombre 7 000 femmes ont été déportées au camp de Ravensbrück. Parmi les déportées originaires des pays occupés par l'Allemagne, 8 000 étaient françaises. Juives ou non-juives, ces femmes ont été déportées du fait de leur opposition au régime nazi.
Renée Mirande-Laval, avocate arrêtée par la Gestapo en mars 1943 et transférée à Ravensbrück, témoigne de la cruauté des gardiennes SS et de la négation de l'humanité au sein du camp. Son témoignage, diffusé en 1967, illustre les efforts entrepris après la guerre par les anciennes déportées pour diffuser leur expérience et collecter des preuves des atrocités subies. L'Amicale de Ravensbrück, présidée par Renée Mirande-Laval, a joué un rôle crucial dans la constitution d'un fonds documentaire important et la publication d'un livre de référence intitulé Des Françaises à Ravensbrück.
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La Libération et ses Suites
À l'approche des troupes alliées, 7 500 déportées furent remises à la Croix Rouge suédoise. La majorité des 20 000 détenues restantes furent évacuées et soumises à une « marche de la mort », forcées d'avancer à pied sous peine d'exécution immédiate. Le 30 avril 1945, lorsque l'armée soviétique arriva à Ravensbrück, seules 3 500 détenues, malades et très affaiblies, furent découvertes. Au total, parmi les détenues du camp de Ravensbrück et de ses annexes, seules 40 000 ont survécu.
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