Introduction
Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et figure marquante des sciences humaines, est reconnu pour ses travaux sur la résilience et l'attachement. Ses recherches ont profondément influencé la compréhension du développement de l'enfant et des liens parents-enfants. Cet article explore les contributions de Cyrulnik, en s'appuyant sur ses réflexions et ses observations cliniques.
L'Évolution de la Perception de l'Enfant
Des "tubes digestifs" à la reconnaissance de la sensibilité infantile
Il fut un temps où les bébés étaient considérés comme de simples "tubes digestifs", incapables de ressentir la douleur. Cyrulnik rappelle qu'il y a quelques décennies, les interventions médicales sur les nourrissons étaient pratiquées sans anesthésie. Heureusement, les mentalités ont évolué. Aujourd'hui, la sensibilité des bébés est reconnue, et des mesures sont prises pour atténuer leur douleur.
L'importance des 1000 premiers jours
Cyrulnik souligne l'importance cruciale des 1000 premiers jours de l'enfant, une période qui s'étend de la conception à l'âge de deux ans. Ces premiers jours sont déterminants pour le développement du cerveau et la construction de l'attachement. Il explique que le développement du système nerveux est déjà soumis aux pressions du milieu intra-utérin. La commission d’experts des “1000 premiers jours de l’enfant”, qu'il a présidée, a mis en évidence la nécessité d'accompagner les futurs parents dès la rencontre du couple parental.
La plasticité cérébrale : un espoir de rattrapage
Même si les 1000 premiers jours sont capitaux, Cyrulnik se veut rassurant : la plasticité cérébrale permet de rattraper les erreurs et de réparer les traumatismes. Il affirme que si l'on répare l'environnement du bébé, la plupart des bébés reprendront un bon développement.
L'Isolement des Mères et ses Conséquences
Une solitude grandissante
Cyrulnik constate que les mères sont de plus en plus isolées. Autrefois entourées de leur famille et de leur communauté, elles se retrouvent souvent seules face aux défis de la maternité. Il note qu'il y a de plus en plus de dépression « pré-maternelle », plus qu’après la naissance. Une des hypothèses est que la mère qui fait un bébé maintenant a plutôt 30 ans, elle vit loin de sa famille et se retrouve complètement isolée socialement. Quand son bébé naît, elle ne connaît pas les gestes de l’allaitement - elle n’a souvent jamais vu un bébé au sein avant son premier bébé - la grand-mère n’est pas là car elle habite loin et a ses propres activités, et le père la laisse seule pour retourner travailler. C’est une très grande violence pour la jeune mère.
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Les conséquences sur le bébé
L'isolement de la mère a des conséquences sur le développement du bébé. Une mère isolée et malheureuse risque de créer une "niche sensorielle appauvrie" pour son enfant, ce qui peut entraîner un attachement insécure et handicaper son développement ultérieur.
L'importance du soutien
Cyrulnik insiste sur la nécessité d'aider et d'entourer les femmes enceintes. Il plaide pour une plus grande présence des pères et pour un meilleur partage des tâches parentales. Il suggère de s'inspirer des pays du Nord, où les parents s'organisent en groupes de soutien mutuel.
Les Écrans et la Stimulation Sensorielle
Les dangers de l'exposition précoce aux écrans
Cyrulnik met en garde contre l'exposition excessive des bébés aux écrans. Il explique qu'un bébé qui passe trop de temps devant un écran risque de développer des retards de langage et de développement.
L'importance du regard et de la stimulation
Il rappelle que le regard et la stimulation sont essentiels au développement du bébé. Un bébé qui est regardé et stimulé par ses parents tète mieux et développe de meilleures compétences sociales. Il note que si un père ou une mère passe son temps à regarder son portable au lieu d’observer l’enfant, celui-ci n’est plus assez stimulé. Cela entraînera des problèmes d’ajustement aux autres : quand prendre la parole, à quelle hauteur de son.
Sous-stimulation vs Sur-stimulation
Cyrulnik souligne qu'il est important de trouver un équilibre entre la sous-stimulation et la sur-stimulation. Il évoque le fait que les pays d'Europe du nord prônent plutôt une sous-stimulation de l'enfant jusqu'à ce qu'il soit "sécurisé" dans son développement. Alors qu'à l'inverse, "au Japon, en Chine, il y a une surstimulation des bébés. Une minorité d’entre eux font des performances intellectuelles stupéfiantes à un prix humain exorbitant".
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La Violence et ses Effets sur le Cerveau
La violence conjugale et ses conséquences
Cyrulnik souligne que la violence conjugale a des effets dévastateurs sur le développement cérébral de l'enfant. Il explique qu'un enfant qui est témoin de violence entre ses parents voit son développement cérébral complètement altéré.
La violence éducative et ses séquelles
Il rappelle que la violence physique et verbale envers les enfants a également des conséquences néfastes sur leur cerveau.
L'espoir de la réparation
Cyrulnik se veut optimiste : une fois que la violence cesse et qu'un attachement sécure est rétabli, le cerveau de l'enfant est capable de se reformer complètement.
L'Attachement : Un Concept Clé
L'attachement sécure comme fondation
Les théories de l’attachement offrent « l’outil le plus efficace et le plus cohérent pour penser ce mystère ». Derrière cette expression savante, le propos est simple : « On aime Dieu comme on aime les hommes, pose-t-il. Ceux qui ont acquis un attachement rigide se soumettront à un Dieu totalitaire, alors que ceux qui bénéficient d’un attachement sécure se sentiront suffisamment en confiance avec leur Dieu pour tolérer que d’autres en aiment un autre que lui. »
La fonction paternelle
Interrogé sur l'importance ou non de la présence d'un père, il explique que la présence paternelle joue un rôle très tôt dans le développement psychique de l'enfant, mais ajoute que la définition du "père" n'est pas figée. Ainsi, dit-il, "ce qui compte c'est qu'il y ait deux" : "Si deux femmes s’occupent d’un bébé, l’une des deux aura la fonction paternelle. Si une femme élève un bébé avec un autre homme que celui qui a fait le coup, l’homme qui n’a pas planté l’enfant aura une fonction paternelle. Ce qui compte c’est d’ouvrir le champ sensoriel de l’enfant, pour qu’il apprenne à aimer sa mère et quelqu’un d’autre. Sinon il est prisonnier de l’amour de sa mère."
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Résilience et Spiritualité
La résilience : une capacité à surmonter le malheur
Bien connu pour ses travaux sur la résilience, Boris Cyrulnik est une figure attachante du paysage des sciences humaines. Sans doute parce qu’en introduisant ce thème en France, au tournant du siècle, il a su parler au meilleur de nous-mêmes. Il a étayé, consolidé, encouragé, une espérance intime et sociale profonde, celle de croire que nous sommes capables de traverser le malheur. Dans une époque lourde en déterminismes et en tragédies, le propos fut, à juste titre, remarqué.
Psychothérapie de Dieu
Que Boris Cyrulnik s’intéresse aujourd’hui à la question de Dieu peut sembler inattendu. Son travail autour de la résilience lui avait pourtant déjà fait traverser de nombreux thèmes traditionnellement pris en charge par la religion : le mal, l’épreuve, la souffrance, l’espérance… Son ouvrage Psychothérapie de Dieu s’inscrit donc dans le déploiement d’une pensée, même s’il s’attaque pour la première fois de front à cette immense question.