Introduction
« Bonne nuit les petits » est une émission de télévision française pour enfants, créée par Claude Laydu et son épouse Christine. Diffusée pour la première fois en 1962, elle a bercé des générations d'enfants avec ses personnages attachants et son ambiance douce et réconfortante. L'émission est devenue un véritable phénomène culturel, marquant l'histoire de la télévision française et laissant une empreinte durable dans le cœur de ses jeunes spectateurs.
L'Origine de l'Idée
L'idée de « Bonne nuit les petits » est née d'une expérience vécue par Claude Laydu en Allemagne de l'Est, lors du tournage du film « Goldoni » en 1960. Chaque soir, techniciens et acteurs se réunissaient autour du seul poste de télévision disponible pour regarder un programme pour enfants intitulé « das Sandmänchen » (le petit marchand de sable). Cette émission, animée par une jeune présentatrice, envoyait les enfants au lit juste avant l'heure du repas. Claude Laydu fut frappé par le pouvoir de la télévision sur les jeunes téléspectateurs, notamment par la réaction des deux petites filles d'actrices allemandes qui allaient se coucher sans rechigner après avoir regardé l'émission.
De retour à Paris, Claude Laydu partagea son expérience avec Pierre Mathieu, responsable du service des émissions pour la jeunesse à la télévision française. Enthousiasmé par l'idée, Pierre Mathieu encouragea Claude Laydu à créer une émission similaire.
La Genèse de l'Émission
En 1961, Claude Laydu rejoignit l'équipe de scénaristes du service « animation » de la R.T.F. Il commença par écrire des scénarios pour d'autres émissions, tout en développant le concept de « Bonne nuit les petits ». Initialement, l'émission devait mettre en scène deux enfants, Petit Louis et Mirabelle, attendant la visite d'un jeune musicien, Ulysse (le marchand de sable), accompagné de plusieurs animaux. Les enfants choisiraient l'animal qui les rejoindrait pour l'émission. Cependant, ce concept ambitieux s'avéra trop coûteux, et Claude Laydu dut se résoudre à éliminer presque tous les animaux, ne conservant que l'ours. La « mini-arche de Noé » céleste se transforma alors en un petit nuage à deux places.
Le manque de moyens incita Claude Laydu à approfondir le concept de l'émission, en créant un univers qui se situait entre le rêve et la réalité du quotidien. Les décors des génériques du programme furent inspirés par la banlieue parisienne, notamment par la vue des HLM de Montrouge que Claude Laydu découvrait en rentrant à Paris, à la nuit tombante. Pour lui, ces grands ensembles illuminés dégageaient un charme poétique indéniable.
Lire aussi: Traitement de l'ovulation : conseils et informations essentielles
Fin 1961, Pierre Matthieu décida de produire deux émissions pilotes de cinq minutes chacune, afin de les soumettre à l'approbation du Directeur de la R.T.F. La musique du générique fut confiée à un illustrateur sonore qui eut l'idée d'utiliser « Le printemps » de Vivaldi pour le générique de début et « l'hiver » pour le générique de fin. Cette initiative plut au responsable de la chaîne, qui commanda douze émissions pour la période de Noël 1962.
Les Premiers Épisodes
Les premiers tournages eurent lieu dans un studio photo aménagé en plateau. Claude Laydu, en collaboration avec sa femme Christine, cumulait les fonctions d'auteur des scénarios et dialogues, producteur, comédien (la voix du Marchand de Sable), accessoiriste et script-boy. Les marionnettistes prêtaient leurs voix aux personnages, et Jacques Samyn assurait la réalisation. Jean-Baptiste, le fils de Claude Laydu, âgé de trois ans, servait de banc d'essai. Sa fille Dominique, qui jouait du pipeau, inspira à ses parents la couleur musicale fondamentale des émissions.
Les marionnettes furent confectionnées suivant les indications de Claude et Christine par deux marionnettistes de l'équipe. Afin de pallier le manque de moyens, les émissions étaient tournées à une cadence élevée, ce qui engendrait une atmosphère houleuse sur le plateau. De nombreux incidents éclatèrent avec les marionnettistes, qui n'appréciaient pas cette façon de travailler. De plus, la nouvelle émission n'était pas prise au sérieux, et le titre « Bonne nuit les petits » faisait sourire tout le monde.
Malgré toutes ces difficultés, la première série fut diffusée à partir du 12 décembre 1962, du lundi au vendredi. L'émission ne figurait pas sur la grille des programmes et servait de bouche-trou, diffusée quand le minutage antenne le permettait, en alternance avec « Le petit train » ou la célèbre pendule R.T.F. Il arrivait même que Gros Ours fasse son apparition après le Journal télévisé, vers 20h30.
Ces diffusions et ces horaires fantaisistes déclenchèrent des réactions dans les familles. En l'absence de l'émission, les enfants refusaient d'aller au lit avant d'avoir vu leur « Gros Ours ». Soutenus par la presse, les parents manifestèrent leur colère et réclamèrent une diffusion quotidienne et régulière. C'est ainsi que les dirigeants et responsables de la R.T.F. prirent conscience de l'importance de ce petit programme.
Lire aussi: Activités manuelles de Bonne Année pour enfants
Le Succès et l'Évolution de l'Émission
« Bonne nuit les petits » commença à se faire connaître et le public réclama d'autres épisodes. Une suite de 53 nouvelles émissions fut commandée à Claude Laydu. Cependant, les relations entre ce dernier et les marionnettistes se détériorèrent de plus en plus. Les diffusions s'arrêtèrent fin juillet 1963. La direction demanda à l'auteur-producteur de poursuivre le travail et de changer de marionnettes, qu'elle jugeait disgracieuses.
Après ces 65 premiers épisodes, Claude Laydu conçut avec sa femme Christine la fabrication de ses propres personnages. Deux nouveaux enfants furent baptisés : Nicolas et Pimprenelle, et Gros Ours devint le célèbre Nounours, plus rond et plus gentil. Il devint l'ami des enfants.
Tous les dialogues furent préenregistrés et joués en play-back lors des tournages. Monique Messine fut choisie pour donner sa voix à Nicolas, Martine Merri à Pimprenelle, Jean Martinelli apporta sa voix à Nounours, et Claude Laydu continua d'interpréter le rôle du Marchand de Sable. Les nouveaux marionnettistes furent Gilbert Chalvet, André Roggers, Jeanine Duroc, Michel Hellas et Jean Villiers. La réalisation fut confiée à Michel Manini.
« Bonne nuit les petits » devint une programmation complète, entrecoupée de chansons composées par Jean-Michel Defaye et co-écrites par Claude Laydu et Victor Villien, et de suites d'histoires. Les airs de pipeau étaient interprétés par les musiciens du « Quatuor Syrinx ».
Les nouvelles émissions revinrent à l'antenne en octobre 1963 et furent bien accueillies. Le changement de marionnettes s'avéra bénéfique. Pour relancer l'intérêt, les trois neveux de Nounours firent leur apparition le 29 septembre 1964. Leurs prénoms, Rémi, Toto et Fanfan, furent choisis pour leurs initiales, qui formaient le sigle R.T.F. Par la suite, d'autres personnages et décors furent créés : Cornichon, le petit gitan et sa roulotte, apparurent pour la première fois le 29 octobre 1964. Oscar, le neveu farceur, arriva pour une émission spéciale Noël, le 25 décembre 1964. Avec l'arrivée de ce quatrième neveu, la R.T.F. changea de sigle et devint l'O.R.T.F. Le 14 février, Julietta, la chouette, se posa sur l'écran. Dada, interprété par Sacha Pitoëff, choisit la 395ème émission, le 8 octobre 1966, pour passer la tête dans l'ouverture de la fenêtre de la roulotte, rejoint deux mois plus tard par Pépita, l'amie de Cornichon.
Lire aussi: Comparatif enceintes auto
La Popularité et l'Impact Culturel
Nounours devint une véritable star du petit écran. La chaîne lui proposa de présenter, en compagnie de Léon Zitrone, le journal télévisé du 24 décembre 1963. Il accepta et remporta un grand succès. Il reçut quotidiennement un volumineux courrier auquel la secrétaire de Claude Laydu répondait scrupuleusement. Les enfants lui envoyaient également des pots de miel et des écharpes pour qu'il ne prenne pas froid sur son nuage. Le courrier conservé révèle des trésors de naïveté. Une institutrice commençait tous les matins sa classe en jouant au pipeau le générique de l'émission.
Ce succès populaire eut un retentissement commercial important, qui prolongea la longévité de l'émission et incita la direction de l'O.R.T.F. à continuer de diffuser de nouveaux épisodes. En novembre 1963, 1000 disques étaient vendus chaque jour. De nombreux produits dérivés furent créés. Nounours eut aussi son « Journal de Nounours », un mensuel qui, pour son numéro 1, eut un tirage et une vente supérieurs à ceux de l'Express (412 000 exemplaires). Les enfants du Prince de Monaco et le fils du Chah d'Iran faisaient partie des abonnés du Journal de Nounours. Le prince Rainier de Monaco déclara lors d'une interview pour Télé 7 Jours : « Les enfants regardent beaucoup la télévision. J'ai été étonné de voir la fascination qu'elle produit sur les enfants ! et surtout ! "Bonne nuit les petits". Il n'y a rien à faire avant que Nounours soit passé, mais dès qu'il a dit qu'il faudrait se coucher, ils nous embrassent et vont au lit sans discuter ! les chers petits ! »
Le succès gagna les pays voisins, surtout en Hollande (Barend de beer) et en Belgique. Le 15 novembre 1966, au « Bon Marché » de Bruxelles, où étaient réunis 30 des 70 fabricants d'objets sur la série, 50 000 personnes défilèrent en quatre heures. « Bonne nuit les petits » fit l'objet d'un nombre impressionnant d'articles de presse, et Nounours posa pour des photographies avec de nombreuses personnalités et vedettes de l'époque.
La Fin de la Première Période et les Retours Ultérieurs
Les derniers épisodes de la série furent tournés en 1969, et la chaîne passa alors aux secondes et troisièmes diffusions. En tout, 568 émissions + 5 spéciales furent produites et diffusées, environ 1500 fois, entre 1962 et 1973. Après plus de dix ans de présence à l'antenne, la dernière émission fut diffusée le 23 décembre 1973, cédant sa place à la publicité.
En 1974, une participation remarquée de Nounours à l'arbre de Noël de l'Élysée incita TF1 à coproduire une nouvelle série en couleurs intitulée « Nounours », de 78 épisodes de 5 minutes. Cette série se passait dans l'intimité familiale de la « grotte des Ours » en haute montagne et mettait en scène Nounours, sa sœur Emilia et son neveu Oscar, en compagnie de quatre petites marmottes voisines. Michel Manini demeura le réalisateur de cette série, qui fit l'objet de 150 passages à l'antenne avec un succès mitigé.
Quelques années s'écoulèrent sans aucune diffusion de « Bonne nuit les petits » à la télévision. En 1984, un affichage sauvage sur les murs de Bordeaux exigea « la libération de Nounours » et son retour à l'antenne. La presse locale et parisienne s'empara de l'affaire. Claude Laydu fut surpris par cet événement, qui relança l'intérêt pour l'émission. Télé 7 jours lança un référendum, qui révéla qu'une large majorité de Français souhaitaient le retour de « Bonne nuit les petits ». Les responsables de cette initiative étaient quelques étudiants des Beaux-Arts de Bordeaux, en réaction contre les nouveaux programmes de la télévision.
En 1989, la compagnie américaine « Delta Airlines » lança une campagne publicitaire de presse axée sur la nostalgie de « Nounours et du Marchand de Sable ». Cette campagne attira l'attention de la télévision.
En 1991, Polygram édita une VHS. D'avril 1995 à janvier 1997, une quatrième saison de l'émission fut produite, renouant avec les origines en retrouvant Nicolas, Pimprenelle et le marchand de sable. À l'exception de Claude Laydu, les autres personnages eurent de nouvelles voix.
Héritage et Souvenir
« Bonne nuit les petits » reste une émission emblématique de la télévision française, associée à l'enfance et à la nostalgie. Ses personnages attachants, ses histoires simples et ses musiques douces ont marqué des générations de téléspectateurs. L'émission a contribué à l'éducation et à l'éveil des enfants, en leur transmettant des valeurs positives telles que la gentillesse, le partage et l'imagination. Elle a également permis aux parents de trouver un rituel du coucher paisible et rassurant pour leurs enfants. Même Christine Laydu, la co-auteure de « Bonne nuit les petits », est décédée à l'âge de 94 ans, laissant derrière elle un héritage culturel précieux.
tags: #bonne #nuit #les #petits #histoire