L'industrie cinématographique, reflet de nos sociétés, est parfois le théâtre de représentations idéologiques insidieuses. La multiplication des figures d'hommes injustement accusés de crimes, notamment envers les femmes et les enfants, constitue une tendance masculiniste préoccupante. Cet article se propose d'analyser ce phénomène, en s'appuyant sur des exemples concrets tirés de films et de séries populaires, afin de décrypter les mécanismes et les enjeux de cette réécriture de la réalité.
La Recrudescence des Hommes Victimes : Un Symptôme du Backlash Anti-Féministe
Depuis le début de la décennie, une vague de films et de séries met en scène des hommes injustement accusés de crimes envers les femmes et/ou les enfants. Cette tendance, perceptible dès la sortie de Taken 3, s'inscrit dans un contexte plus large de backlash contre les avancées féministes.
On observe ainsi la prolifération de maris accusés à tort du meurtre de leur femme dans des œuvres telles que Inception (2010), Gone Girl (2014), Hercule (2014) et la série Flash (2014-…). D'autres films, comme Dark Places (2015), mettent en scène des femmes accusant à tort leurs frères de crimes atroces. Effets Secondaires (2013) est un autre exemple frappant de cette tendance, en plus d'être considéré comme un film lesbophobe.
Sin City : A Dame to Kill For (2014) illustre également ce phénomène avec le personnage d'Eva Green, une femme fatale qui manipule les hommes pour faire assassiner son mari et hériter de sa fortune. Qualifiée de « sorcière et prédatrice », elle est finalement punie par la mort, renforçant ainsi une vision misogyne de la femme manipulatrice. On retrouve des schémas similaires dans Passion (2012) et The Ghost Writer (2010), où des hommes sont victimes de femmes manipulatrices.
Un Archétype Revisité : Du Fugitif à Taken 3
La figure de l'homme injustement accusé n'est pas nouvelle. Elle était déjà présente dans les années 80 et 90, lors de la période de backlash qui a suivi la seconde vague féministe des années 60 et 70. Le Fugitif (1993), avec Harrison Ford, est un exemple emblématique de cet archétype. Le film raconte l'histoire d'un chirurgien accusé à tort du meurtre de sa femme, qui tente de prouver son innocence tout en étant poursuivi par la police. La réplique « Je n'ai pas tué ma femme ! », criée par Harrison Ford, fait écho à la situation de Liam Neeson dans Taken 3.
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Harrison Ford a également incarné un rôle similaire dans Présumé innocent (1990), où il joue un avocat accusé du meurtre de sa collègue et maîtresse, et dont on découvre à la fin qu'il a été victime d'un complot orchestré par sa propre femme.
Ces scénarios, profondément masculinistes, présentent les hommes comme des victimes et invisibilisent la réalité des violences masculines envers les femmes.
Les Mécanismes de la Réécriture Masculiniste : Exemples Concrets
Inception : La Femme Fatale comme Obstacle à la Rédemption Masculine
Dans Inception, Leonardo DiCaprio incarne un homme accusé à tort du meurtre de sa femme, Mal (Marion Cotillard). Celle-ci s'est suicidée en laissant une lettre accusant son mari. Le film dépeint Mal comme une femme fatale qui hante les rêves de Léo, entravant ses projets et le tirant vers la névrose. Léo doit lutter contre cette femme araignée pour reprendre le contrôle de sa vie.
Pour se racheter, le héros doit non seulement laisser sa femme derrière lui, mais aussi se pardonner sa mort. On découvre à la fin que Léo a indirectement été à l'origine du suicide de sa femme en lui insufflant l'idée que son monde n'était pas réel. Cependant, le film déresponsabilise Léo, présentant son geste comme une tentative de sauver sa femme de sa prison mentale.
Hercule : La Revirilisation du Héros Déchu
Dans Hercule, le héros est victime d'un complot orchestré par un homme politique qui le fait passer pour un meurtrier. Hercule perd sa femme, ses enfants, sa popularité et sa confiance en lui. Privé de son statut de patriarche et de sa virilité, il doit retrouver la foi en lui-même pour retrouver ses pouvoirs.
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La scène de sa revirilisation est particulièrement significative. Enchaîné et sur le point d'assister à la décapitation de la femme qu'il aime, Hercule est encouragé par son ami devin à renouer avec son essence masculine. Après avoir retrouvé sa virilité, Hercule doit la prouver auprès du peuple, dépeint comme une masse manipulable. Il retrouve également une femme à protéger et un fils à qui transmettre les valeurs de la masculinité.
Gone Girl : La Diabolisation de la Femme Émancipée
Gone Girl est sans doute le film le plus férocement masculiniste de cette liste. Le personnage féminin principal, Amy, est totalement diabolisé et incarne tous les fantasmes masculinistes les plus délirants. Elle met en scène sa propre mort pour faire accuser et exécuter son mari innocent, et tous les hommes sont pour elle des proies qu'elle persécute sans aucun remords.
La fin du film achève de la dépeindre en femme araignée, piégeant le pauvre héros dans son mariage. Ce portrait misogyne possède également de fortes connotations antiféministes, car Amy justifie ses crimes par son désir d'émancipation et sa critique d'une société patriarcale.
Le discours potentiellement féministe sur l'oppression conjugale est finalement présenté comme un pur mensonge, sorti de l'esprit d'Amy-la-manipulatrice. Cette réécriture masculiniste est d'autant plus alarmante qu'elle s'exprime à l'écran sans susciter de réprobation générale.
The Flash : Virilité, Innocence et Suprématie Blanche
La série The Flash met en scène un fils qui souffre de l'emprisonnement de son père, accusé du meurtre de sa mère. Le héros, Barry, est présenté comme un nerd peu viril et peu populaire auprès des filles. Cependant, un éclair lui confère des superpouvoirs et des super-abdos, lui permettant de devenir un super-héros.
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En même temps qu'il devient « un-homme-un-vrai », Barry acquiert la preuve de l'innocence de son père et se promet de le faire libérer. La série réaffirme également la suprématie blanche en opposant Barry et son père à Joe West, un inspecteur de police noir qui est aussi le père adoptif de Barry. Joe finit par reconnaître qu'il a eu tort de ne pas avoir cru en l'homme blanc.
Taken 3 : Un Concentré de Topos Masculinistes et Racistes
Taken 3 reprend le dispositif masculiniste du Fugitif, où le héros est victime d'une manipulation visant à l'accuser du meurtre de sa femme et doit prouver son innocence tout en étant poursuivi par la police. Le film est également marqué par un racisme récurrent, avec le personnage de Forest Whitaker dans le rôle de l'inspecteur de police chargé d'arrêter Liam Neeson. La fille du héros, quant à elle, est dépeinte comme encore moins autonome que dans les épisodes précédents.
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