Introduction
La blague de la tétine McDonald's, bien que souvent perçue comme anecdotique, révèle des enjeux sociologiques profonds concernant l'éducation alimentaire, le rôle des enfants en tant qu'acteurs sociaux et l'influence des messages nutritionnels sur les comportements alimentaires. Cet article explore ces thèmes en s'appuyant sur des recherches sociologiques et des exemples concrets.
L'enfant comme intermédiaire de l'éducation nutritionnelle
Les pouvoirs publics, conscients de l'influence des enfants sur leurs parents, les ciblent souvent à travers des campagnes de sensibilisation à la nutrition. Avec des slogans comme « Pour bien grandir, mange au moins cinq fruits et légumes par jour », diffusés pendant les programmes destinés aux enfants voire aux adolescents, les pouvoirs publics visent les enfants pour atteindre leurs parents, en charge de nourrir leur famille. L’enfant est donc assigné au rôle d’intermédiaire entre le Programme national nutrition santé (PNNS) et sa famille.
La sociologie de l'enfance considère l'enfant comme un acteur social à part entière, capable d'agir et de réagir face au monde qui l'entoure. L’enfant n’est plus seulement une cire molle sur laquelle on imprime ce que l’on veut lui inculquer, il dispose d’une agency, c’est-à-dire d’une capacité d’agir par lui-même. Ainsi, théoriquement, l’enfant pourrait être porteur de messages prônant une alimentation « saine et équilibrée » et pourrait éduquer lui-même sa famille, puisqu’il peut agir sur le monde qui l’entoure. Cependant, il se peut que cet enfant ne soit pas sensible à ces messages ou ne veuille pas en être le porte-parole dans sa famille. Bernard Lahire développe l’idée d’un acteur pluriel, soumis à « des modèles de socialisation différents, concurrents, contradictoires », et qui se comporte différemment selon le contexte dans lequel il est. L’enfant n’agit et ne réagit donc pas de la même manière dans toutes les situations et ne donnera pas forcément des leçons à ses parents sur comment bien manger.
Les initiateurs de ces programmes d’éducation alimentaire (l’INPES entre autres), dont le programme EPODE est le plus emblématique, postulent que les enfants peuvent jouer le rôle d’intermédiaires dans leurs familles en « éduquant » leurs parents et ainsi « favoriser un mode de vie familiale plus favorable à la santé ». Ce postulat est questionné ici par l’analyse de la réception des messages par les enfants, de leur restitution à différentes personnes et du fonctionnement familial ouvrant ou non un espace de parole pour l’enfant. La question qui se pose ici est celle de la restitution par les adolescents de ces discours, provenant à la fois de sources « directes » (au collège) et « indirectes » (notamment à la télévision). Qu’en font-ils à l’école, face à leurs pairs ou aux adultes, chez eux, face à leurs parents ?
L'école comme lieu de diffusion des messages d'éducation alimentaire
L'école, et plus particulièrement le collège, joue un rôle important dans la diffusion des messages d'éducation alimentaire. Ce chapitre porte essentiellement sur l’école en tant que source de messages d’éducation alimentaire. Nous nous intéressons au rôle potentiel de go-between que peut jouer l’enfant entre la famille et l’école. Par « école » et « enfant », il faut entendre plus précisément collège et adolescent, voire préadolescent (en classe de 5e). Des conseils, des informations sur une alimentation « équilibrée » sont délivrés au collège. Le collège n’est pas un lieu anodin et les conditions de réception de ces messages sont particulières. L’adolescent y est entouré de ses pairs. Ce groupe de pairs, omniprésent au collège, représente une pression très forte pour l’adolescent. Une pression de conformisme : « Pour être soi, il faut d’abord être comme les autres » et une pression pour s’y intégrer. Les adolescents font face à un véritable défi : « Chacun doit ressembler à l’autre et s’en distinguer à la fois. » Donc des informations véhiculées par l’école et dans l’école ont un statut bien particulier pour l’élève, puisqu’il se joue au collège la place de l’adolescent dans son groupe de pairs. Il convient ainsi d’examiner les contextes précis de diffusion de ces messages d’éducation alimentaire et de leur réception par les élèves.
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La majorité des adolescents étudiés ici (les différents terrains d’enquête sur lesquels je m’appuie sont présentés dans l’encadré 1) font tous partie de la même classe de 5e d’un collège accueillant une population de milieu très défavorisé. Les élèves enquêtés sont la cible d’une action d’éducation alimentaire conçue par le Conseil général du département où se trouve le collège. Il s’agit d’un département de la région parisienne (petite couronne) ; cette action est donc mise en place dans plusieurs collèges du département. L’objectif principal est « d’aider [les adolescents] à mieux maîtriser leurs choix en matière d’achat et de consommation de produits alimentaires », et il est bien précisé que « ce programme s’inscrit dans le cadre du PNNS ». Elle se décompose en plusieurs séances assurées par l’équipe enseignante tout au long de l’année scolaire, qui ont pour objectif d’aider les adolescents à mieux maîtriser leurs choix en matière de consommation alimentaire en « exerçant [leur] esprit critique face à la diversité de l’offre ». L’action consiste en une petite dizaine de séances animées par les professeurs de la classe (EPS, mathématiques, SVT, français, physique-chimie), et dont le contenu a été élaboré avec mon aide et en s’inspirant de ce qui avait été fait les années précédentes. Les thèmes abordés étaient notamment : apprendre à lire des étiquettes alimentaires, découvrir leur sens, réfléchir sur l’équilibre alimentaire, connaître les groupes d’aliments, exploiter statistiquement un questionnaire rempli en classe, etc. De plus, dans le cadre de cette action, les élèves de la classe participent également aux « commissions menus » lors desquelles sont décidés les menus de la cantine pour le mois à venir. En plus de ce dispositif précis que nous étudierons ici, il ne faut pas oublier que les adolescents sont baignés dans un discours médiatique normatif sur l’alimentation, par exemple les quatre messages sanitaires introduits dans les publicités alimentaires depuis 2007, à l’initiative de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), dont le célèbre « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour. »
Réception et interprétation des messages nutritionnels par les adolescents
Les adolescents, cibles des pouvoirs publics, reçoivent des discours nutritionnels provenant de différentes sources et dont le contenu varie. Personne ne peut échapper à ces injonctions. Ces messages sont très bien connus des adolescents, et rares sont ceux qui ne peuvent en citer au moins un. Le message « cinq fruits et légumes » est le plus célèbre, et il suscite des interrogations notamment concernant son application. Par exemple, Émilie réfléchit à voix haute lors de son entretien : « Cinq fruits et légumes par jour, ça ne veut pas dire cinq fruits et cinq légumes, c’est pas cinq haricots. » Cependant, il semble difficile pour les adolescents de dire pourquoi les fruits et légumes sont importants, souvent les jeunes interrogés répondent : « Je ne sais pas. » Ne sachant pas à quoi sert un fruit, à part se nourrir, ils ne comprennent pas la raison pour laquelle on leur répète à la télévision d’en manger : « AM : Et pourquoi les fruits et légumes ça permettrait de pas devenir obèse ? »
À l’analyse, l’on s’aperçoit que ces messages entraînent des sentiments variés chez les adolescents : inquiétude, indifférence, rejet. Inquiétude entraînée par le message sur les fruits et légumes qui peut être source de questionnements, sur les portions par exemple : qu’est-ce que cinq fruits et légumes ? Indifférence de certains jeunes qui ne se sentent pas concernés et considèrent que ces messages ne leur sont pas destinés parce qu’ils n’ont pas de problèmes de poids. Rejet pour d’autres, qui s’érigent contre ces messages jugés irréalistes. Comme le montre M.-P. Julien dans ce même ouvrage, ce sentiment est partagé par les plus grands, les lycéens. Quand, en entretien, je demande aux jeunes adolescents ce qu’ils pensent des messages, ils me répondent qu’ils sont inutiles et qu’ils ne modifient pas leurs comportements : « Je m’en fous moi de ce qu’ils disent », lance Salim. Viviane : Ça me gêne parce que je suis difficile, je n’arrive pas si… J’sais pas pourquoi ça… Ça rentre pas dans la tête. Tu vois ? Ça passe d’une oreille, ça ressort de l’autre aussitôt tu vois donc… Donc voilà. Ça passe pas ! Donc quelques fois je me dis oh mince j’ai oublié, ou des fois je me dis c’est pas grave une prochaine fois. Tu vois ? Donc des fois je m’en fous un peu mais des fois je m’en veux un peu aussi. Parce que j’aurais pu en prendre. Donc voilà. C’est un peu grâce aux pubs que des fois j’en prends. Parce que je te dis des fois je vois des pommes, des fruits, tout.
D’autres adolescents expriment une certaine opposition. Jade cherche à prendre de la distance par rapport à ces messages qui ne sont pas respectés chez elle. Lorsqu’elle cite les fruits et légumes comme étant des aliments essentiels, elle ajoute : « C’est la pub qui l’a dit ! » En associant ces messages à de la publicité, Jade se positionne en observatrice critique et les abaisse au rang de publicités commerciales. Elle ne se place pas en émettrice de ces messages, elle ne les intègre pas à son discours, ils restent extérieurs à elle. Sa mère commente : « Oui, mais la pub… » : il faut s’en méfier, elle peut être trompeuse. Ainsi, les messages nutritionnels perdent leur légitimité : cette famille considère qu’ils suivent des modes (« avant c’était le lait, maintenant c’est les fruits et légumes ») et qu’à ce titre il est inutile de les suivre. Elles se sentent plus concernées que les garçons. Samir soutient que « la pub » ne lui sert à rien : « Si, je vais regarder la pub mais après elle me servira à rien », on voit encore une fois l’assimilation des messages à de la publicité. Au collège, il apparaît que les enseignants (et l’infirmière) ne mènent pas de la même façon une séance d’éducation alimentaire destinée à des adolescents. Certains ont un discours très normatif, moralisateur et responsabilisant, d’autres ont un discours davantage centré sur la liberté individuelle, la pluralité des goûts, la découverte de ces goûts. Les messages sont soit diffusés de façon frontale et unidirectionnelle, soit en faisant participer l’élève et en partant de ses idées. Dans un cas, l’élève est vu comme un récepteur passif ayant une conduite réprouvable à corriger, dans l’autre comme un acteur qui peut trouver en lui des réponses, ses réponses. L’intermédiaire de diffusion des messages, ici les enseignants, joue sur la teneur des messages et la façon dont ils sont diffusés - ces messages sont pourtant au départ les mêmes, ceux du PNNS.
La blague de la tétine McDonald's : Une expression de la culture populaire et de la critique sociale
La blague de la tétine McDonald's s'inscrit dans un contexte culturel plus large où la marque McDonald's est souvent associée à la malbouffe et à une alimentation déséquilibrée. Cette blague peut être interprétée comme une forme de critique sociale, visant à dénoncer l'influence de la publicité et des marques sur les habitudes alimentaires, en particulier chez les enfants.
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L'évolution des goûts et des préférences alimentaires
Il est important de noter que les goûts et les préférences alimentaires évoluent avec l'âge et sont influencés par de nombreux facteurs, tels que la famille, les pairs, les médias et les expériences personnelles. Les enfants et les adolescents sont particulièrement sensibles à ces influences, et leurs choix alimentaires peuvent être le reflet de leur identité sociale et de leur appartenance à un groupe.
Dans ce contexte, la blague de la tétine McDonald's peut être vue comme une expression de la tension entre les injonctions à une alimentation saine et équilibrée et les plaisirs associés à la consommation de produits perçus comme moins sains, mais souvent plus attractifs pour les jeunes.
Confiseries et marques : Un univers de saveurs et de divertissement
L'univers des confiseries et des marques alimentaires joue un rôle important dans la construction des goûts et des préférences alimentaires, en particulier chez les enfants et les adolescents. De nombreuses marques proposent des produits ludiques, colorés et aux saveurs variées, qui contribuent à créer un imaginaire associé au plaisir et à la gourmandise.
Parmi les marques de confiseries populaires, on peut citer :
- Amos : Connue pour ses bonbons gélifiés originaux, colorés et aux formes ludiques.
- Bebeto : Reconnue pour sa large gamme de bonbons gélifiés, ainsi que sa nouvelle collection innovante de bonbons lyophilisés (freeze-dried).
- Funny Candy (Brabo) : Spécialisée dans la vente de distributeurs de bonbons et de gadgets.
- BREBION : Spécialisée dans la sucette festive que l’on retrouve dans les foires et fêtes foraines.
- Brets : Une marque française de chips premium, fabriquées en Bretagne à partir de pommes de terre 100 % françaises.
- Candy Pop : Une marque américaine pionnière des popcorns gourmands cross-over, mélangeant pop‑corn non‑OGM et nappages inspirés de barres cultes (Snickers, M&M’s, Twix, Butterfinger…).
- Carambar : Une marque française emblématique, célèbre pour ses barres caramel, ses blagues et ses saveurs iconiques.
- CÉMOI : Un chocolatier français avec 200 années de savoir-faire et une expertise du chocolat, de la fève jusqu’au produit fini.
- Chupa Chups : La célèbre marque espagnole de sucettes, souvent copiée, mais restant la référence.
- Conee’s : Une jeune marque française de snacks proposant des mini cônes croustillants garnis de chocolat belge fondant, sans huile de palme ni sucre ajouté.
- Confiserie du Nord : Productrice de la gamme Tête Brûlée, la référence incontestablement des bonbons acidulés.
- Dolciaria : Le spécialiste de la guimauve et de la meringue, fabriquant en exclusivité pour Bonbonrama.com des grosses confiseries en guimauve.
- Felko Holland : Un producteur et importateur de confiseries uniques.
- Fida : Connue pour ses Bonelle, des gelées tendres aromatisées aux fruits fabriquées avec une méthode de traitement artisanale.
- FINI SANCHEZ CANO : Le spécialiste espagnol du bonbon gélifié ou destiné à la revente à la pièce.
- Freekee : Une marque qui réunit des sucreries extravagantes dans des emballages innovants et surprenants.
- Hamlet : Un fabricant Belge de chocolats proposant un large choix de pralines belges, truffes et figurines en chocolat magnifiquement décorés.
- Haribo : La marque référence dans le monde du bonbon gélifié.
- Hitschler international : Une société familiale Allemande spécialisée dans la fabrication de confiseries.
- Ilham Sweets : Des chewing gum gourmands, acidulés et originaux !
- Jake S.A. : Un leader européen de la confiserie, offrant une large gamme de produits distribués mondialement.
- Johny Bee : Une marque spécialisée dans la fabrication et la distribution de confiseries ludiques, confiseries, cônes surprise, petits jouets pour enfants.
- King Regal : L’empereur espagnol du bonbon qui transforme chaque bouchée en fête, avec des gels fruités, bonbons liquides, dragées, chocolats ou fruits secs.
- Kubli : Un fabricant français de confiseries crée en 1900 en région parisienne.
- La Linoise : Un fabricant qui perpétue la tradition de la fabrication du nougat depuis trois générations.
- Lonka : Un confiseur historique néerlandais datant de 1920, orienté dans la gourmandise artisanale.
- Lutti : Un fabricant français avec un savoir-faire unique dans tous les domaines de la confiserie, notamment les bonbons sucrés cuits, la confiserie de chocolat et les bonbons gélifiés.
- Malabar : Une marque française de chewing-gum lancée en 1958.
- Mars Incorporated : Une entreprise agroalimentaire américaine implantée dans une centaine de pays.
- Mondelēz International : Une entreprise multinationale proposant une large gamme de produits snacking.
- Mr Flossy : Une marque française de barbe à papa proposant 18 parfums répartis en 4 collections.
- Nestlé : Une entreprise agroalimentaire présente en France depuis 1868.
- PEZ : Des bonbons uniques par leur forme, restées inchangées depuis leur création en 1927.
- Pierrot Gourmand : Une marque de confiseries pour les petits et les grands.
- Rebelle Snacks : Une marque française de bonbons sans sucre, fondée en 2021.
- Relkon Hellas SA : Une entreprise grecque spécialisée dans l'importation et la distribution de jouets et de produits de confiserie.
- Sweetmania : Une entreprise polonaise spécialisée dans la distribution B2B et la fabrication de confiseries sous ses propres marques.
- The Gommy’s Factory : Une marque espagnole spécialisée dans les bonbons gélifiés aux formats originaux et ludiques.
- TOGOLO : Une marque qui regroupe une sélection des meilleurs produits sucrés ou salés retenus pour leur qualité gustative, leur popularité, leur originalité ou leur aspect ludique.
- Vidal : Une société familiale, leader du bonbon en Espagne, fabricant chaque jour 50 millions de bonbons.
- Wringley's : Un fabricant américain de chewing-gums et de confiseries.
- ZED CANDY : Un fabricant européen de confiserie, spécialisé dans les bonbons qui changent de couleur et de goût, et qui contiennent un chewing-gum.
Ces marques, à travers leurs produits et leurs campagnes publicitaires, contribuent à façonner les imaginaires et les représentations associés à l'alimentation, et peuvent influencer les choix alimentaires des enfants et des adolescents.
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