L'alimentation du nourrisson est une préoccupation majeure pour les parents et les professionnels de la santé. Comprendre les besoins nutritionnels spécifiques de cette période de la vie est essentiel pour assurer une croissance et un développement optimaux. Cet article explore les besoins nutritionnels du nourrisson, la séquence d'introduction des aliments, et les considérations particulières en situation d'urgence.
Introduction à la Diversification Alimentaire
La diversification alimentaire représente une étape cruciale dans le développement du nourrisson. Elle se traduit par l'introduction progressive de nouveaux goûts, textures, couleurs et odeurs, préparant ainsi l'enfant à une alimentation omnivore, semblable à celle de l'adulte. Cette transition doit être progressive et adaptée aux préférences et à l'appétit de l'enfant, en proposant les aliments de manière agréable et sans jamais imposer.
Chaque nouvel aliment (céréales, légumes et fruits, laitages divers et fromages, viandes et poissons, œufs) est introduit selon une séquence variable non établie. Il n'est plus justifié de retarder l'introduction d'aliments potentiellement allergènes, tels que l'œuf, le poisson, l'arachide ou les fruits exotiques, même chez les enfants présentant un risque d'allergie.
L’évolution porte essentiellement sur les quantités proposées et la consistance, autorisant l’utilisation de la petite cuillère à la place du biberon, tout en variant le plus possible les saveurs, les couleurs et les textures.
L'Importance Primordiale du Lait Maternel
Le lait maternel est reconnu comme l'aliment le plus adapté pour nourrir et protéger le nourrisson et le jeune enfant, notamment lors de situations d'urgence. Il offre un soutien immunitaire crucial, protégeant les nourrissons allaités contre les infections.
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En dehors des situations d’urgence, les nourrissons de moins de six mois qui ne sont pas allaités présentent 14 fois plus de risques de décès (toutes causes confondues) que les enfants exclusivement allaités. L’initiation et le maintien de l’allaitement doivent donc être une priorité car c’est la méthode d’alimentation qui expose les enfants au moindre risque.
Dans les situations d'urgence, l'approvisionnement en nourriture peut être interrompu, l'eau potable pour la préparation des biberons peut manquer, et le système de santé peut être gravement compromis. Les nourrissons non allaités deviennent alors particulièrement vulnérables aux infections et aux diarrhées. L'Unicef et l'IFE Core-Groupe ont élaboré un document sur l'alimentation des nourrissons et des jeunes enfants dans les situations d'urgence, visant à aider le personnel et les administrateurs de programmes d'urgence à faire face à leurs obligations vis-à-vis des nourrissons, jeunes enfants et leurs donneurs de soins.
Allaitement Maternel en Situation de Crise
Il est essentiel de rassurer les mères sur leur capacité à allaiter et de les éduquer sur la production de lait et l'allaitement. Les hormones du stress peuvent interférer avec la voie hormonale de l'ocytocine, qui libère le lait, donnant faussement l'impression aux mères qu'elles ne peuvent plus allaiter. Cependant, cet état est temporaire et n'affecte pas la capacité du corps à produire du lait. Il est déconseillé d'introduire des préparations pour nourrissons dans de telles situations, car cela peut nuire à l'allaitement en réduisant la production de lait de la mère. Un bébé qui pleure peut simplement exprimer du stress, et non nécessairement de la faim.
L’allaitement maternel est essentiel, il contribue à la sécurité alimentaire du jeune enfant, et dans un contexte de stress intense , il peut également contribuer à l’équilibre émotionnel de la mère et de l’enfant.
Préparation aux Situations d'Urgence
Il est important que les familles se préparent à ces situations d’urgence. Différents documents proposent de préparer un kit d’évacuation pour le bébé. Ce kit contient le matériel nécessaire pour nourrir/ prendre soin de l’enfant et de la mère pour 3 jours. Pour une mère tire-allaitante, il comprend en plus des gobelets en plastique à usage unique, pour recueillir le lait manuellement et le donner à l’enfant, voire des biberons stérilisés pour un usage unique (un pour chaque repas), du savon et de l’eau potable pour le lavage des mains. soit des biberons et tétines stérilisés au préalable, qui seront à usage unique, une boite de lait en poudre, et des bouteilles d’eau potables, du savon et des bidons d’eau potable pour le lavage des mains et de la zone de préparation.
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Interdiction des Dons Inappropriés
Il est crucial de ne pas donner ou accepter de dons de Substituts de laits maternels (BMS), d'autres produits laitiers ou d'équipement servant à l'alimentation (y compris des biberons, des tétines et des tire-laits) en cas d'urgence. Les situations d'urgence sont souvent l'occasion d'un marketing inapproprié par des fabricants de préparations pour nourrisson. La Commission européenne et l'Unicef encadrent l'utilisation des substituts du lait maternel et insistent sur l'importance de l'évaluation des nourrissons qui ne sont pas allaités par du personnel qualifié, afin d'assurer un approvisionnement sur la durée et dans des conditions sécuritaires des substituts du lait maternel.
Besoins Nutritionnels Spécifiques
Apports Hydriques
L’eau représente 75 % du poids du corps les premières semaines de vie et 60 % à l’âge d’un an. Le nourrisson est très dépendant des apports hydriques du fait de ce contenu en eau élevé et de l’immaturité des fonctions de concentration-dilution des urines.
Protéines
Les apports nutritionnels conseillés (ANC) en protéines sont de l’ordre de 10 g par jour jusqu’à l’âge de 2 ans, puis d’environ 1 g/kg par jour. Il s’agit des apports minimaux à assurer pour couvrir les besoins en protéines et non d’une valeur maximale à ne pas dépasser.
Lipides
Les apports lipidiques contribuent à la couverture des besoins énergétiques mais doivent égale-ment assurer les besoins en vitamines liposolubles (A, D, E et K), et en acides gras essentiels (AGE). Les AGE ne peuvent pas être synthétisés par les humains, y compris par la glande mammaire ; leur concentration dans le lait maternel dépend donc des apports chez la mère. Les lipides doivent contribuer à 50 % des apports énergétiques totaux de 0 à 6 mois, pour diminuer progressivement ensuite mais rester notables. Les AGE sont l’acide linoléique (oméga 6) et l’acide α-linolénique (oméga 3). Leur carence se manifeste principalement par des anomalies du développement psychomoteur. À partir des AGE se produisent une série d’élongations et de désaturations aboutissant à des acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC), principalement l’acide arachidonique (ARA, oméga 6) et l’acide docosahexaénoïque (DHA, oméga 3). Ces AGPI-LC (présents dans le lait maternel) jouent un rôle très important dans le développement du système nerveux central et de la rétine, ainsi que dans l’immunité et le contrôle de l’inflammation. Toutes les préparations infantiles sont enrichies en DHA et la grande majorité en ARA. Les besoins en AGE sont assurés par la consommation d’huiles végétales, notamment d’huile de colza, bien équilibrée en oméga 6 et oméga 3.
Glucides
Les glucides ont essentiellement un rôle d’apport calorique.
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Fer
Les besoins en fer sont importants à couvrir chez le nourrisson, en raison du rôle essentiel du fer dans la synthèse de l’hémoglobine et dans le développement du système nerveux central. Quel que soit l’âge, l’absorption intestinale du fer est basse, ce qui explique que les ANC atteignent 6 à 10 mg par jour jusqu’à 10 ans puis 13 à 16 mg par jour au-delà pour couvrir des besoins de 1-2 mg par jour de fer absorbé. Le fer héminique (viande, poisson, abats) est mieux absorbé que le fer non héminique (lait, végétaux, œuf) : 20-30 % versus 2-5 %. La teneur en fer du lait de vache est très faible, ce qui le rend inadapté à l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant. Dans les laits infantiles (1er âge, 2e âge et lait de croissance), la présence de sels ferreux et de vitamine C améliore l’absorption du fer qui atteint 10-20 %. Les besoins en fer sont assurés chez le nourrisson et le jeune enfant par les laits infantiles (1er âge, 2e âge, lait de croissance) et, chez l’enfant et l’adolescent, par la consommation de deux produits carnés par jour. Les végétaux, même les plus riches en fer (légumes secs, épinards), ne contribuent que très peu à assurer ces besoins car le fer qu’ils contiennent est très mal absorbé.
Calcium
Les apports sont principalement assurés par le lait et les produits laitiers, mais aussi par les eaux minérales riches en calcium. La plupart des végétaux ne constituent pas une source potentielle de calcium en raison de sa faible biodisponibilité dans les légumes qui en contiennent. Une attention doit être portée aux enfants ayant une APLV. Pour assurer les besoins en calcium, il est recommandé de consommer trois ou quatre produits laitiers par jour.
Vitamine K
La vitamine K joue un rôle essentiel dans la synthèse des facteurs de coagulation, en particulier en période néonatale. Afin de prévenir la maladie hémorragique du nouveau-né, il est recommandé de donner 2 mg de vitamine K per os à la naissance et entre le 4e et le 7e jour de vie. Pour tenir compte de la faible teneur en vitamine K du lait maternel, une supplémentation de 2 mg per os est indiquée à 1 mois de vie en cas d’allaitement exclusif chez le nouveau-né à terme.
Étapes de l'Alimentation du Nourrisson
Alimentation Lactée Exclusive (0-4/6 Mois)
L’équipement enzymatique du tube digestif permet la digestion des protéines, des lipides et des glucides du lait maternel ou des préparations lactées, mais pas encore de grandes quantités d’amidon.
Diversification Alimentaire (4/6-12 Mois)
C’est une période de transition, caractérisée par l’introduction progressive d’aliments autres que le lait. La diversification alimentaire doit être débutée entre 4 et 6 mois, notamment pour prévenir l’apparition de manifestations allergiques ultérieures. Cela concerne aussi les aliments à fort potentiel allergisant (œuf, arachide [sous forme de beurre de cacahuète] et fruits à coque) dont l’introduction précoce est recommandée, que l’enfant soit atopique ou non. Jusqu’à l’âge de 1 an, la presque totalité des besoins micronutritionnels est assurée par les préparations infantiles, notamment ceux en fer et en AGE. L’ingestion de 700 ml par jour de préparation de suite permet d’assurer la totalité des besoins en fer et en AGE.
Après 1 An
Après l’âge de 1 an, l’alimentation est totalement diversifiée, comme celle de l’adulte.
Lait Maternel vs. Lait de Vache
Le lait maternel est le modèle nutritionnel pour l’alimentation du nourrisson, et constitue la référence retenue pour le calcul des besoins et donc des ANC dans cette tranche d’âge. Le lait de vache n’est pas adapté à l’alimentation du nourrisson, en raison de son contenu trop faible en acides gras essentiels, en fer et en vitamine D. Les préparations pour nourrisson et les préparations de suite sont conçues pour répondre aux besoins spécifiques des nourrissons. Elles remplacent les préparations pour nourrisson lorsque l’enfant a un repas totalement diversifié. Les protéines lactées autorisées dans les préparations de suite sont les mêmes que pour les préparations pour nourrissons. Leur composition a pour principal objectif la prévention des carences en fer et, à un moindre de-gré, en AGE et vitamine D.
Recommandations Importantes
- Promotion de l’allaitement maternel par tout professionnel de santé.
- En l’absence d’allaitement ou en complément de celui-ci, connaître les préparations lactées adaptées au nourrisson. Le lait de vache est totalement inadapté à cet âge.
- Ne pas débuter la diversification avant l’âge de 4 mois ni après 6 mois.
Allaitement et Diversification
L’OMS recommande un allaitement (maternel) pendant 6 mois pour, notamment, prévenir les risques infectieux dans les pays en développement. Cependant, dans les pays développés, la diversification doit être débutée, comme chez les nourrissons en alimentation lactée, entre 4 et 6 mois. Le nombre de tétées dépend des souhaits de l’enfant.
Préparation des Biberons
La prescription doit préciser le type de lait, le volume quotidien et le nombre de biberons, ainsi que les modalités habituelles de reconstitution : 1 cuillère-mesure pour 30 ml d’eau faiblement minéralisée (l’eau du robinet peut également être utilisée). L’eau doit être versée dans le biberon avant la poudre de lait. Le volume proposé est adapté à l’appétit de l’enfant, qui varie d’un biberon à l’autre et d’un jour à l’autre.
Textures des Aliments
L’alimentation doit être mixée (lisse) de 4 à 8 mois, puis moulinée (moins lisse) de 8 à 10 mois, puis des petits morceaux de tailles et de duretés progressivement croissantes doivent être intro-duits à partir de 10 mois. La diversification menée par l’enfant (DME) consiste à proposer des aliments en morceaux aux nourrissons dès qu’ils peuvent tenir assis (vers l’âge de 6 mois) et de les laisser se nourrir seuls avec leurs doigts, tout en poursuivant parallèlement l’allaitement ou les biberons de lait infantile. Par rapport à la diversification traditionnelle à la cuillère, les enfants ont moins de troubles de l’oralité, mais les risques de fausses routes et de carences en lipides et en fer sont accrus.
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