L'alimentation de la truie en maternité est un facteur déterminant pour assurer la santé de l'animal, la vitalité des porcelets et la rentabilité de l'élevage. Les besoins nutritionnels de la truie évoluent en fonction de plusieurs facteurs, tels que le stade physiologique, le niveau de performance (prolificité, nombre de sevrés), des facteurs environnementaux (température) et des facteurs propres à l'animal (rang de portée, état d'engraissement, poids vif). Une approche nutritionnelle précise et adaptée est donc essentielle pour optimiser la production laitière, le poids des porcelets au sevrage et la reproduction des truies au cycle suivant.
Évolution des Besoins Nutritionnels Durant la Gestation
Les besoins nutritionnels de la truie varient considérablement au cours de la gestation, nécessitant une alimentation par phases pour répondre à ces demandes spécifiques. L'objectif principal est de maximiser la quantité et la qualité de la viande produite par truie et par an, tout en minimisant les coûts.
Début de Gestation (Jours 1-28)
En début de gestation, l'objectif est d'assurer le plus grand nombre d'embryons de qualité et de reconstituer les réserves corporelles perdues pendant la lactation et entre le sevrage et la saillie. Pour les truies ayant perdu des réserves corporelles importantes, une augmentation de la ration alimentaire peut être bénéfique. Il est essentiel d'atteindre et de maintenir un bon état métabolique et endocrinien, ce qui est crucial pour le développement et la survie embryonnaire et fœtale. Par exemple, une étude a montré qu'une augmentation de la ration alimentaire de 2,5 à 3,25 kg/jour chez les truies ayant perdu un poids corporel considérable augmentait la taille de la portée de 13,2 à 15,2 porcelets par portée. La quantité d’aliment apportée à chaque truie va dépendre de son rang de portée, de son état corporel (poids, épaisseurs de lard et de muscles), des besoins de croissance (jusqu’en quatrième portée) et de l’objectif d’état à atteindre pour la prochaine mise-bas. Elle peut ainsi varier entre 2,6 kg à 4,0 kg par jour (aliment formulé à 9,0 MJ EN/kg) en fonction des truies.
Milieu de Gestation (Jours 29-84)
Au milieu de la gestation, les besoins énergétiques augmentent de 2 à 3 MJ/jour. Ces besoins peuvent être satisfaits en augmentant la ration alimentaire de 0,15 à 0,20 kg/jour. L'accent est mis sur le maintien de l'état corporel de la truie, car les besoins du fœtus sont encore relativement faibles et les réserves de la truie ont été reconstituées. Ainsi, la truie utilise l’aliment en majorité pour ses besoins d’entretien.
Fin de Gestation (Jours 85-115)
En fin de gestation, lorsque la croissance fœtale et mammaire est la plus importante, il y a une augmentation significative des besoins nutritionnels de la truie. Il est habituel d'augmenter la ration alimentaire de 0,5 kg/jour ou plus, en fonction de l'état corporel de la truie et des conditions environnementales. L'alimentation de la truie doit pourvoir à la croissance du fœtus sans que la truie puise dans ses réserves destinées à la phase de lactation.
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Besoins en Acides Aminés et Équilibre Nutritionnel
En matière d'acides aminés, la lysine est souvent considérée comme l'acide aminé le plus limitant. La teneur en lysine de l'aliment peut être calculée en fonction des besoins et de la quantité d'aliment fournie. Les calculs modernes des besoins en acides aminés se basent sur des modèles qui montrent que ces besoins changent non seulement en fonction de la phase de gestation, mais aussi de la parité de la truie.
Par exemple, il existe des différences significatives en termes d'équilibre entre la lysine et d'autres acides aminés essentiels comme la thréonine, le tryptophane et la méthionine + cystine. En début et en milieu de gestation, les principaux besoins concernent le maintien et le gain de protéines maternelles, tandis qu'en fin de gestation, les besoins pour le développement fœtal et mammaire augmentent, nécessitant un ajustement de l'équilibre en acides aminés.
Des recherches récentes ont montré que la thréonine pourrait être le premier acide aminé limitant chez les truies en fin de gestation, soulignant l'importance d'une évaluation continue des profils d'acides aminés pour optimiser l'alimentation.
Facteurs Influant sur les Besoins Alimentaires
Plusieurs facteurs peuvent influencer les besoins alimentaires de la truie en maternité, nécessitant une approche personnalisée de l'alimentation.
Poids Vif et Prolificité
Les besoins alimentaires varient considérablement entre les truies, même au sein d'une même parité. Par exemple, une truie plus lourde et plus prolifique aura des besoins alimentaires supérieurs à une truie plus légère et moins prolifique. Durant la phase de gestation, les besoins alimentaires théoriques de la truie plus lourde et plus prolifique sont supérieurs de 200 grammes par jour par rapport à sa congénère.
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Température Ambiante
La température ambiante joue un rôle crucial dans les besoins énergétiques de la truie. Si l'on fait varier la température d'ambiance de 18 °C (zone de thermoneutralité) à 13 °C, les besoins journaliers augmentent de 120 grammes supplémentaires pour chacune d'elles en logement en groupe. La truie gestante commence à avoir froid à moins de 18 °C lorsqu’elle est logée en stalle individuelle, ou à moins de 12°C lorsqu’elle est en groupes. Une truie en position debout dépense deux fois plus d’énergie que lorsqu’elle est couchée.
Nombre de Porcelets Sevrés
Le nombre de porcelets sevrés a un impact direct sur les besoins alimentaires de la truie. Une truie sevrant un porcelet de plus à 21 jours que sa congénère verra ses besoins alimentaires augmenter de 500 grammes par jour, soit 10 kilos au total entre la mise-bas et le sevrage. L’écart monte à 14 kilos dans le cas d’un sevrage à 28 jours (porcelets de 8 kg). Si l’on considère le seul facteur de l’âge au sevrage, les besoins alimentaires totaux d’une truie sevrant à 28 jours sont en moyenne 70 kilos plus élevés que pour un sevrage à 21 jours.
Rang de Portée et Génétique
Le rang de portée et la génétique de la truie influencent également ses besoins nutritionnels. Les truies primipares, par exemple, ont souvent une consommation spontanée d'aliment inférieure à celle des multipares, tout en ayant des besoins de croissance à satisfaire. La prise en compte de facteurs comme le rang de portée, la génétique, est déterminante dans la réussite de l’élevage.
Stratégies d'Alimentation en Maternité
Pour répondre aux besoins spécifiques de la truie en maternité, plusieurs stratégies d'alimentation peuvent être mises en œuvre.
Alimentation Multi-Phases
L'alimentation multi-phases consiste à adapter l'alimentation de la truie en fonction de son stade physiologique. En termes d’énergie, une stratégie basée sur un seul régime peut suffire (12,5 MJ EM/kg), en augmentant les niveaux le 85e jour de gestation. L’application de différents régimes alimentaires devrait être possible dans une station d’alimentation informatisée. Autrement, on peut distribuer la ration de gestation de base et la compléter par un supplément apporté « en surface » à partir du 84e jour de gestation.
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En maternité, cela peut impliquer l'utilisation d'un aliment péri-mise bas pour faciliter le déroulement de la mise bas et le démarrage de la lactation, suivi d'aliments spécifiques pour les 15 premiers jours et les 15 derniers jours de lactation. Pierre utilisait déjà un plan en triphase Nutréa : un aliment péri-mise bas pour le bon déroulement des mises bas et le démarrage de la lactation, un aliment dédié aux 15 premiers jours, puis un aliment plus riche pour les 15 derniers jours de lactation. L’augmentation du nombre de repas s’est intégrée naturellement à cette stratégie, en cohérence avec les besoins des truies et des porcelets. Les résultats obtenus confirment l’efficacité de cette approche combinant alimentation fractionnée et plan triphase Nutréa.
Fractionnement des Repas
Le fractionnement des repas consiste à distribuer la ration alimentaire en plusieurs petits repas au cours de la journée. Aux Pays-Bas, certains éleveurs distribuent jusqu’à huit repas par jour via des doseurs connectés. Le nouveau fonctionnement repose sur six repas, distribués toutes les quatre heures, avec une montée progressive au cours de la lactation. Les truies peuvent ainsi ingérer jusqu’à 11 kg d’aliment au plafond.
Cette approche permet d'améliorer l'ingestion alimentaire, de réduire le gaspillage et de mieux synchroniser l'apport de nutriments avec les besoins de la truie.
Accès à l'Eau
L'accès à l'eau est un élément crucial pour la production laitière. Une truie qui ne boit pas suffisamment ne mangera pas non plus comme il faut. L'abreuvement correspond à 93,6 % de la consommation d’eau d’un élevage. Les consommations d’eau par jour sont : De 15 à 20 litres par jour pour les truies gestantes, De 20 à 35 litres par jour pour les truies allaitantes. Apporter de l’eau aux porcs de plus de deux semaines en permanence est une obligation réglementaire, quel que soit le mode d’alimentation.
Il est essentiel de s'assurer que les truies ont un accès facile et constant à de l'eau fraîche et propre, en particulier pendant la lactation.
Surveillance et Ajustement
Une surveillance régulière de l'état corporel, de la consommation alimentaire et des performances de reproduction des truies est essentielle pour ajuster l'alimentation en fonction des besoins individuels. Des logiciels et des recommandations nutritionnelles peuvent être utilisés pour optimiser l'alimentation et maximiser l'ingéré en lactation.
Impact d'une Alimentation Optimisée
Une alimentation optimisée de la truie en maternité a un impact significatif sur la performance de l'élevage.
Amélioration de la Production Laitière
Une alimentation adéquate favorise une production laitière optimale, ce qui est crucial pour la croissance et la survie des porcelets. La quantité de lait produit est directement liée aux apports nutritionnels de l’aliment et à la mobilisation des réserves corporelles. Une production laitière insuffisante va accroître le risque de pertes sous la mère (dépérissement, écrasements) et affecter la croissance de la portée : les porcelets sevrés seront moins nombreux, plus légers et moins vigoureux.
Augmentation du Poids au Sevrage
Une alimentation appropriée contribue à augmenter le poids des porcelets au sevrage, ce qui est un indicateur clé de la performance de l'élevage. L’augmentation homogène du poids des porcelets dès la naissance et le taux de pertes avant sevrage dépendent de la production laitière de la truie.
Amélioration de la Fertilité
Une alimentation équilibrée permet de limiter les pertes de poids et d'état corporel de la truie, ce qui est essentiel pour une bonne fertilité et une reproduction réussie au cycle suivant. Une sous consommation d’aliment des truies va également impacter le retour à la reproduction après le sevrage. Une truie qui ne consomme pas assez va compenser en puisant dans ses réserves. Une mobilisation des réserves lipidiques et protéiques excessive en lactation aura des conséquences sur le cycle suivant, telles que l’allongement de l’intervalle sevrage-oestrus, la baisse du taux de mise bas, une taille de portée réduite.
Réduction des Pertes
Une alimentation optimisée peut contribuer à réduire les pertes de porcelets sous la mère, en améliorant leur vigueur et leur capacité à téter.
Exemples d'Applications Réussies
Plusieurs éleveurs ont constaté des améliorations significatives de leurs performances grâce à une alimentation adaptée de leurs truies en maternité. Par exemple, un éleveur a observé un gain de 500 g/porcelet au sevrage après avoir mis en place une alimentation fractionnée et un plan triphase Nutréa. Les performances s’améliorent avec un gain de 500 g/porcelet au sevrage pour la majorité des bandes : « Le gain de poids de sevrage a été visible tout de suite, c’est l’indicateur le plus rapide et visuel ».
Un autre éleveur a constaté une amélioration du nombre de sevrés de 0,9 porcelet par portée en un an, grâce à l'utilisation d'aliments spécifiques et à un accompagnement technique personnalisé. Depuis un an nous travaillons avec Sanders et nous avons mis en place un programme alimentaire qui nous donne satisfaction grâce à des courbes alimentaires personnalisées et des aliments spécifiques formulés pour chaque stade physiologique. Le troupeau est homogène et la fertilité est de 95 %. Grâce à l’aliment et aussi à l’accompagnement technique de Sanders, nous sevrons entre 15 et 16,2 porcelets par truie et par portée. Nous avons amélioré le nombre de sevrés de 0,9 porcelet par portée en 1 an.
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