Bernard Lavilliers, de son vrai nom Bernard Oulion, né le 7 octobre 1946 à Saint-Étienne, est bien plus qu'un simple chanteur. Il est un artiste engagé, un baroudeur, un témoin des douleurs et des maux du monde, dont la carrière a débuté dans les années 1970. Sa vie, riche en événements et en péripéties, est une source d'inspiration constante pour son œuvre.
Les Premières Années : Entre Usine et Ambitions Artistiques
Issu d'un milieu modeste, Bernard Lavilliers grandit à Saint-Étienne, une ville industrielle marquée par la lutte des classes. Son père, ancien résistant et militant de la CGT, travaille à la Manufacture d'Armes. Sa mère, assistante sociale, est passionnée de culture, notamment de littérature et de musique.
En 1962, il passe un contrat avec son père et apprend le métier de tourneur sur métaux. Il gagne ainsi sa vie jusqu'en 1965 comme ouvrier. Durant cette période, il écrit ses premières chansons et organise de petits concerts à Saint-Étienne et dans la région, avec peu de moyens.
Résolu à ne pas suivre le modèle paternel, il fuit l’usine et Saint-Étienne et s’embarque pour le Brésil, qu'il croit être un nouvel Eldorado. Débarquant à Rio, il essaie sans succès de devenir docker. Puis il fait cap au Nord : Salvador de Bahia, puis Belém, où il est engagé comme chauffeur de camion. C'est l'aventure de l'Amazonie : chaleur, insécurité des routes et vétusté des camions … un épisode mouvementé de sa vie. Après cette année et demie au Brésil, il rentre en France via les Caraïbes, l'Amérique centrale et l'Amérique du Nord.
C'est à cette époque qu'il adhère au Parti communiste. Loin des discours tenus à l'Université parisienne de la Sorbonne, membre du Parti communiste depuis 1963, il chante dans les usines lyonnaises occupées pendant les événements de mai 68.
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Sur ses années d’adolescence il dit : « À cette époque de ma vie, je me cherchais : je ne savais pas si je serais gangster, boxeur ou poète… »
L'Ascension Musicale : Du Stéphanois aux Scènes Internationales
Au début des années 1970, il écume, souvent seul avec sa guitare, MJC et cafés-théâtres, notamment à Bordeaux et à Metz, non loin de vallée de la Fensch et de ses sidérurgistes en lutte qu'il chantera plus tard. Deux albums vont contribuer à le faire connaître ; Les poètes (1972) puis Le Stéphanois (1975). Sa musique inspirée de l’Amérique latine séduit le public, et la chanson San Salvador issue de l’album Le Stéphanois contribue à lui donner une image de chanteur-voyageur.
En 1976, l’album Barbares lui permet de lancer définitivement sa carrière. Il use de toutes les musiques disponibles à la surface de la planète pour dire les bas-fonds, la misère, la colère, la drogue, la violence, l’alcool, la fatalité sociale, le combat contre le monde tel qu’il est, les bonheurs de la fraternité et de la musique. Il commence à aligner les succès - La Danseuse du Sud, Big Brother, Fortaleza, Attention fragile, La Salsa, Stand the Ghetto, Pigalle la blanche, Idées noires en duo avec Nicoletta, Noir et blanc qui marque son entrée au Top 50, Petit, On the Road Again, Faits divers… Ses fans le suivent dans son exploration de l’humaine diversité et des espoirs d’un monde meilleur.
Dès lors, la pente de Bernard Lavilliers est ascendante. Il use de toutes les musiques disponibles à la surface de la planète pour dire les bas-fonds, la misère, la colère, la drogue, la violence, l’alcool, la fatalité sociale, le combat contre le monde tel qu’il est, les bonheurs de la fraternité et de la musique.
L'Engagement Social et Politique : Une Voix pour les Opprimés
Bernard Lavilliers est un artiste engagé, qui n'hésite pas à prendre position sur les questions sociales et politiques. Il dédie une chanson aux ouvriers, Les mains d’or, dans l’album Arrêt sur image en 2001. Il est la voix-off de documentaires et raconte ses carnets de voyage.
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Il se voit en « chanteur de barrio, chroniqueur de l'instant présent, qui écrit à Saigon une chanson sur Saigon ». Ainsi, il aura fait voyager des millions de francophones dans des jungles où le pire fauve est un humain, leur aura fait rencontrer des filles vénéneuses dans des hôtels de l’autre bout du monde et leur aura même fait visiter des antipodes au ras du Périphérique parisien ou dans des parkings de sous-préfecture… Depuis des décennies, il est professeur d’ailleurs, avec son reggae, sa salsa, sa morna, ses effluves musicales « de Sud-Amérique » (comme il dit) et ses échappées rock, mais aussi avec de grands orchestres, d’immenses simplicités, des mots nus posés sur une guitare.
Dans les années 90 qui voient l'Europe se passionner pour la world music, Bernard Lavilliers compte parmi les artistes qui rappellent que, derrière la délectation exotique, il y a des humains qui luttent. Il rend aux rythmes tropicaux leur valeur initiale, qu'ils soient nés comme chants de lutte ou comme remède contre la dépression. Dans ses chansons comme dans ses interviews ou les paroles qu'il prononce sur scène, il fait le lien entre la crise ici et l'exploitation là-bas, entre le garimpeiro brésilien et l'ouvrier européen, entre le dictateur lointain et le banquier occidental - une initiation citoyenne et engagée à la mondialisation.
Les Voyages : Une Source d'Inspiration Inépuisable
Bernard Lavilliers est un voyageur infatigable, qui parcourt le monde à la recherche de nouvelles expériences et d'inspirations musicales. Il a vécu au Brésil, en Jamaïque, et a visité de nombreux pays d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie.
Il dit volontiers : il lui faut des faubourgs dangereux, des routes perdues, des bars disgraciés pour en faire des chansons.
Le voyageur des musiques crée des itinéraires inédits, comme d’enregistrer à Kingston ses rythmiques, avant de transporter les bandes à Memphis pour y poser cuivres et cordes soul.
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Les Collaborations : Un Artiste Ouvert aux Autres
Tout au long de sa carrière, Bernard Lavilliers a collaboré avec de nombreux artistes, de tous horizons musicaux. Ces collaborations ont enrichi son œuvre et lui ont permis de toucher un public toujours plus large.
Idées noires, son duo avec Nicoletta qu'on retrouve sur l'album Etat d'urgence (83) est également un grand succès public.
Catherine Ringer s’invite ainsi sur Idées noires, Oxmo Puccino vient lui prêter main forte sur Les Barbares, Faada Freddy chante avec lui une Melody Tempo Harmony et Jean-Louis Aubert l’emmène On the road again. Jeanne Cherhal chante en duo le dernier titre de l’album, qui sonne comme une déclaration d’intention: L’Espoir.
Reconnaissance et Récompenses
En février 2011, Bernard Lavilliers reçoit la Victoire du meilleur album de chansons de l’année avec Causes perdues et musiques tropicales (2010). La 39e cérémonie des Victoires de la musique s'est déroulée et la carrière de Bernard Lavilliers était mise en lumière avec une Victoire d'honneur.
Recordman absolu du nombre de passages aux Francofolies. En concert aux Francofolies, Bernard Lavilliers a souligné la nécessité de continuer à jouer.
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