Introduction
L'histoire de l'avortement est complexe et multifacette, intimement liée aux contextes sociaux, économiques et culturels de chaque époque. Cet article explore les pratiques abortives, notamment l'utilisation des algues laminaires, à travers une analyse de témoignages historiques et de documents d'archives. L'objectif est de comprendre les motivations, les méthodes et les réactions des femmes confrontées à une grossesse non désirée, ainsi que les perceptions sociales et légales de l'avortement.
Contexte socio-économique et désir de contrôle des naissances
Plusieurs facteurs contribuaient au désir de limiter les naissances. Les difficultés économiques, les préoccupations liées à la taille de la famille et les dissensions conjugales jouaient un rôle important. J’ai réuni 77 témoignages sur la taille de la famille, principalement fournis par les échecs contraceptifs (33 avortements, 8 infanticides) et les dissenssions conjugales (8 crimes passionnels, 4 adultères etc.), et 88 témoignages sur les réactions féminines en présence d’une grossesse non désirée, relevés pour l’essentiel dans les affaires d’avortement (75 avortements). Dans les campagnes, la pression sociale sur les couples sans enfant pouvait être forte, comme en témoignent les charivaris organisés à Nivillers en Picardie pour les couples sans enfant après un an de mariage. A Nivillers en Picardie, le couple sans enfant après un an de mariage se voit gratifié d’un charivari selon J. de Wailly et M. Grampon, Le folklore de Picardie, Amiens, 1968, Musée de Picardie.
Après la Première Guerre mondiale, la critique des familles « lourdes » s'intensifie, reflétant les préoccupations démographiques de l'époque. 14 dossiers critiquent ces familles « lourdes », dont 13 après 1914. La Médaille Française, créée en 1920, récompensait les familles de cinq enfants au moins, tandis que le prix Cognacq-Jay exigeait neuf enfants, soulignant les politiques natalistes de l'époque. Créée en 1920, la Médaille Française récompense les familles de cinq enfants au moins et le prix Cognacq-Jay place la barre à neuf enfants. Voir F. Thébaud, Donner la vie. Histoire de la maternité dans l’entre-deux-guerres, thèse de 3e cycle, 1982, Université de Paris VII
Dans les années 1930, un quart des couples n’a pas d’enfant dans les cinq premières années du mariage et un sixième après quinze ans. Les études sociologiques confirment que dans de nombreux cas, les couples s'entendent sur le nombre d'enfants qu'ils souhaitent avoir. A. Girard, Le choix du conjoint, Paris, 1964, PUF, 48 % des couples s’entendent sur le nombre d’enfants, 7 % divergent et les 39 % qui n’en parlent pas ont des familles de plus de trois ou quatre enfants.
Méthodes abortives : Focus sur les algues laminaires
Les méthodes utilisées pour interrompre une grossesse variaient considérablement. Parmi celles-ci, l'utilisation d'algues laminaires, connues pour leurs propriétés hygroscopiques, était une pratique courante. Les algues laminaires, une fois insérées dans le col de l'utérus, absorbent l'humidité et gonflent progressivement, provoquant la dilatation du col et, potentiellement, l'expulsion du fœtus.
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Les témoignages et les documents d'archives révèlent que les femmes recouraient à diverses pratiques abortives, souvent dans des conditions précaires et avec des risques sanitaires importants. J'ai relevé 11 cas en Morbihan, 7 dans le Finistère, 6 dans le Doubs et 15 dans le Pas-de-Calais, ouvriers et paysans mêlés.
Réactions féminines face à une grossesse non désirée
Les réactions des femmes face à une grossesse non désirée étaient diverses et complexes, allant de l'inquiétude et de la peur au désespoir et à la détresse. 86 5 femmes sont « inquiètes », deux ont « peur », 7 expriment leur « crainte ». Certaines femmes se sentaient « prises » ou « attrapées » par leur grossesse. 100 15 sont « prises » et une se dit « attrapée ». D'autres exprimaient leur contrariété ou leur mécontentement. 95 6 sont « contrariées », deux sont « embêtées » et une « mécontente ». Dans les cas les plus extrêmes, les femmes pouvaient se sentir « affolées », « tourmentées » ou « désespérées ». 106 3 « affolées », 4 « tourmentées », 2 « désespérées », une « désolée », une « déprimée », une « neurasthénique », une « folle ».
Perceptions sociales et légales de l'avortement
L'avortement était illégal et socialement stigmatisé, ce qui contraignait les femmes à recourir à des pratiques clandestines et dangereuses. Les archives judiciaires regorgent de procès-verbaux d'interrogatoires, de témoignages et d'actes d'accusation liés à des affaires d'avortement. Les peines encourues pouvaient être sévères, tant pour les femmes que pour les personnes pratiquant l'avortement.
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