Introduction
Rina Ketty, de son nom complet Cesarina Picchetto, est une figure emblématique de la chanson française d'origine italienne. Sa voix, teintée d'un accent turinois qu'elle cultivait avec charme, a bercé les cœurs d'une génération, notamment avec son interprétation inoubliable de "J'attendrai". Cet article explore la vie et la carrière de cette artiste attachante, de ses débuts modestes à Montmartre à son statut de vedette internationale, en passant par les épreuves de la guerre et une retraite paisible sur la Côte d'Azur.
Les Jeunes Années Italiennes et l'Arrivée à Paris
Née le 1er mars 1911 à Sarzana, une petite ville de Ligurie, près de La Spezia, Rina Ketty passe une partie de sa jeunesse en Italie. Contrairement à une idée répandue, elle n'est pas originaire de Turin. Son certificat de baptême, conservé dans la paroisse de Saint André, atteste de sa naissance à Sarzana, dans le vieux quartier de la Vetraia. Dans les années 1930, elle quitte l'Italie pour rejoindre ses tantes à Paris, dans le quartier bohème de Montmartre. Elle découvre avec ravissement l'atmosphère de la Commune Libre et se lance dans une carrière artistique.
Les Débuts au Lapin Agile et l'Ascension
Rina Ketty fait ses premiers pas sur scène dans les cabarets montmartrois, notamment au Lapin Agile, dès 1934. Elle y interprète des chansons de Paul Delmet, Gaston Couté, Théodore Botrel et Yvette Guilbert, s'imprégnant du répertoire populaire de l'époque. En 1936, elle enregistre ses premiers disques, dont "La Madone aux fleurs", "Près de Naples la jolie" et "Si tu reviens", des titres qui, malgré leur qualité, ne rencontrent pas immédiatement le succès.
La consécration arrive en 1938 avec la reprise de chansons italiennes à succès. "Rien que mon cœur" lui vaut le Grand Prix du disque, propulsant sa carrière sur une nouvelle trajectoire. La même année, elle interprète "J'attendrai", une adaptation française de Louis Poterat de la chanson italienne "Tornerai" de Nino Rastelli (musique de Dino Olivieri), elle-même inspirée du chœur à bouche fermée de Madame Butterfly de Puccini. Ce titre devient un immense succès, immortalisé sur un 78 tours Pathé, et devient l'une des chansons emblématiques du début de la Seconde Guerre mondiale.
L'Âge d'Or et les Collaborations
L'accent turinois de Rina Ketty, qu'elle cultive avec soin, fait merveille à la radio et sur les scènes prestigieuses de l'ABC, de l'Européen (où elle se produit en 1938) et de Bobino (en 1939). Sa popularité attire l'attention de nombreux compositeurs qui écrivent spécialement pour elle, mettant en valeur son phrasé unique et son timbre de voix chaleureux. Parmi eux, Paul Misraki lui offre "Rendez-moi mon cœur", une chanson inspirée de "Sombreros et Mantilles" mais évoquant l'actualité espagnole, tandis que Jean Tranchant compose "Pourvu qu'on chante". En juin 1939, elle s'aventure même dans le répertoire classique avec "Mon cœur soupire", une adaptation du célèbre "Voi che sapete" extrait des Noces de Figaro de Mozart.
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Parallèlement à sa carrière de chanteuse, Rina Ketty fait une incursion dans le cinéma, apparaissant dans quelques films (qui donnent souvent lieu à des chansons).
Les Épreuves de la Guerre et le Déclin
En 1940, Rina Ketty divorce de Jean Vaissade, l'accordéoniste qui lui avait offert son premier grand succès avec "Sombreros et mantilles". En raison de ses origines italiennes, elle se fait discrète pendant la Seconde Guerre mondiale, se produisant principalement en Suisse. À la Libération, malgré un retour sur scène à l'Alhambra en 1945 et une tournée de cinq mois en France, elle ne parvient pas à retrouver son statut de vedette d'avant-guerre.
Souvent cataloguée comme une « chanteuse exotique et sentimentale », elle est supplantée par de nouvelles figures de la chanson, comme Gloria Lasso, puis Dalida, qui reprendra "J'attendrai" en version disco. Malgré de nouvelles chansons à son répertoire, comme "Sérénade argentine" (1948), "La Samba tarentelle" et "La Roulotte des gitans" (1950), elle peine à retrouver le succès.
L'Exil Canadien et la Retraite à Cannes
En 1954, Rina Ketty quitte la France pour s'installer au Canada, où elle reste une dizaine d'années, partagée entre le Québec et l'Ontario. Elle continue à chanter, principalement son célèbre "Sombreros et Mantilles", dans des réserves indiennes et même chez les Inuits, témoignant de son attachement à la scène et à son public.
Après son remariage avec Jo Harman, elle revient en France et devient restauratrice à Cannes, sur la montée du Suquet. Elle y coule une retraite paisible, loin des projecteurs, mais toujours présente dans le cœur de ses admirateurs.
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L'Héritage Musical de Rina Ketty
Rina Ketty décède à Cannes le 23 décembre 1996, laissant derrière elle un héritage musical riche et varié. Sa voix, reconnaissable entre toutes, continue de résonner à travers ses nombreux enregistrements, témoignant d'une époque révolue. Ses chansons, empreintes de romantisme et de nostalgie, évoquent les bals populaires, les amours perdues et les espoirs d'une génération marquée par la guerre.
Parmi ses titres les plus célèbres, outre "J'attendrai" et "Sombreros et Mantilles", on peut citer "Rien que mon cœur", "Prière à la Madone", "Rendez-moi mon cœur" et "Pourvu qu'on chante". Son répertoire comprend également des chansons moins connues mais tout aussi charmantes, telles que "La Madone aux fleurs", "Près de Naples la jolie", "Si tu reviens", "Sérénade argentine", "La Samba tarentelle" et "La Roulotte des gitans".
"Berceuse du Reve Bleu": Un Titre Redécouvert
Le titre "Berceuse du reve bleu", interprété par Rina Ketty, a récemment refait surface grâce à la surveillance des radios par RadioMonitor. Le 28 décembre 2025, à 08h19, il a été diffusé sur la radio Intensite, une station suivie en continu par RadioMonitor. Cette détection, bien que récente, témoigne de la persistance de l'œuvre de Rina Ketty et de son attrait pour un public contemporain. La chanson, sortie initialement le 11 février 2019, a été identifiée et ajoutée à la base de données de RadioMonitor, qui suit les tendances musicales en France. La diffusion de "Berceuse du reve bleu" sur Intensite est un signe encourageant, indiquant que le titre commence à circuler sur les ondes et pourrait toucher un nouveau public.
Paul Misraki: Un Collaborateur Clé
Paul Misraki, compositeur et parolier prolifique, a joué un rôle important dans la carrière de Rina Ketty. Il a écrit pour elle des chansons telles que "Rendez-moi mon cœur", inspirée de "Sombreros et Mantilles", mais également connu pour ses adaptations et traductions, notamment de l'ouvrage "La vie après la vie" de Raymond A. Moody, Jr. Sa collaboration avec Rina Ketty a contribué à enrichir son répertoire et à consolider son statut d'artiste populaire. Misraki était un touche-à-tout talentueux, s'illustrant également dans la musique de film et l'opérette.
Conclusion
Rina Ketty reste une figure attachante de la chanson française, une voix singulière qui a su toucher le cœur de son public. Son parcours, marqué par le succès, les épreuves et l'exil, témoigne d'une vie riche et passionnée. De ses débuts à Montmartre à sa retraite paisible à Cannes, en passant par ses années au Canada, Rina Ketty a laissé une empreinte indélébile dans l'histoire de la musique. La redécouverte récente de titres comme "Berceuse du reve bleu" témoigne de la pérennité de son œuvre et de son attrait pour les générations futures. Son héritage musical continue de vivre, porté par la nostalgie et l'émotion.
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